Après plus de deux ans de chute libre, le prix du carbonate de lithium a rebondi à 165 000 yuan la tonne, porté par la fermeture de la mine chinoise CATL en août 2025, qui représentait 3 % de l’offre mondiale. Ce répit inattendu profite directement aux projets ouest-africains, du Mali au Nigeria, où plusieurs mines et usines de transformation se préparent à entrer en production. Mais alors que CATL a obtenu l’autorisation de redémarrer, le risque d’une nouvelle surabondance plane sur le marché.
Un répit sous tension
Fermeture CATL → prix +165 000 ¥/t → reprise autorisée → spectre surabondance
de l’offre mondiale retirée
par la fermeture de la mine CATL en août 2025. Ce goulet d’étranglement a fait repasser le carbonate de lithium de qualité batterie à 165 000 ¥/t.
Sources : Cauris · Données vérifiées · Article « Lithium : le rebond des prix redonne de l’air aux producteurs ouest-africains mais ravive le spectre de la surabondance »
Un rebond né d’un goulet d’étranglement
Le marché du lithium, qui avait subi l’une des corrections les plus sévères de l’histoire des métaux de batterie, connaît depuis le début de l’année 2026 un redressement spectaculaire. Le carbonate de lithium de qualité batterie, tombé à des niveaux historiquement bas en 2024-2025, a franchi la barre des 165 000 yuan la tonne, effaçant les pertes de plusieurs trimestres. Ce retournement s’explique d’abord par la fermeture en août 2025 de la mine Jianxiawo de CATL, dans la province chinoise du Jiangxi, après l’expiration de son permis d’exploitation. Ce site représentait à lui seul environ 3 % de la production mondiale de carbonate de lithium, ce qui a brutalement réduit l’offre disponible.
En parallèle, la demande chinoise est restée soutenue malgré le ralentissement des ventes de véhicules électriques. Les fabricants de batteries, engagés dans une guerre des prix sur le plus grand marché automobile du monde, ont continué à s’approvisionner pour sécuriser leurs stocks. Le développement rapide des systèmes de stockage d’énergie a également absorbé une partie de l’excédent. Cette conjonction de facteurs a permis d’inverser la tendance et de redonner de la visibilité aux producteurs.
L’Afrique de l’Ouest dans le sillage du rebond
La remontée des cours tombe à point nommé pour les États ouest-africains qui misent sur le lithium comme levier de diversification économique. Le Mali, avec la mine de Goulamina (exploitée par Leo Lithium) et le projet de Bougouni, ambitionne de devenir un acteur régional de poids. De son côté, le Nigeria a lancé en 2025 la construction de la plus grande usine de traitement de lithium d’Afrique de l’Ouest, dans l’État de Kogi, afin de capter une partie de la chaîne de valeur. Le rebond des prix améliore la rentabilité de ces projets, dont certains étaient suspendus ou ralentis en raison des bas cours.
Cependant, la dynamique positive est fragile. Les signes d’un retour en force de l’offre se multiplient. CATL, désormais en possession de toutes les autorisations nécessaires, pourrait relancer sa mine Jianxiawo à tout moment, bien qu’aucune date n’ait été officialisée. Plusieurs producteurs australiens, qui avaient mis leurs installations sous cocon, préparent également leur redémarrage. Ce regain de production menace de faire basculer le marché vers une nouvelle surabondance, comme ce fut le cas après le boom de 2022.
Entre souveraineté et dépendance
Pour les États ouest-africains, l’enjeu dépasse la simple conjoncture des prix. La maîtrise de leur chaîne de valeur minière constitue un test de souveraineté économique. Alors que la demande mondiale de batteries devrait continuer de croître à long terme, la volatilité actuelle rappelle les risques d’une dépendance excessive aux marchés chinois, tant pour l’approvisionnement en amont que pour le raffinage. La décision chinoise de fermer puis de rouvrir la mine de CATL illustre le pouvoir discrétionnaire de Pékin sur l’équilibre mondial du métal.
Dans ce contexte, les pays ouest-africains tentent de nouer des partenariats plus diversifiés. Le Nigeria, par exemple, mise sur sa nouvelle usine pour attirer des investisseurs occidentaux et sud-coréens, afin de réduire la prédominance chinoise dans le raffinage du lithium. Le Mali, bien que toujours confronté à des défis sécuritaires et institutionnels, a multiplié les accords avec des opérateurs australiens et canadiens. Le rebond des prix offre une fenêtre d’opportunité pour accélérer ces stratégies, mais le retour probable de la surabondance pourrait en réduire la portée.
Le rebond du lithium illustre la cyclicité d’un marché encore immature, où les décisions d’un seul acteur – en l’occurrence CATL – suffisent à changer la donne. Pour les pays ouest-africains, la volatilité actuelle souligne l’urgence de bâtir des filières résilientes, capables de résister aux chocs de prix. Si la demande de batteries ne cesse de progresser, la capacité à produire du lithium raffiné localement et à négocier des contrats stables dans la durée déterminera si la région parvient à transformer cet avantage minier en véritable levier de développement.