Le marché du lithium, après une embellie en 2025, renoue avec la baisse. Benchmark Mineral Intelligence prévoit un excédent dès 2027, alors que la production africaine s'accélère. Pour les pays ouest-africains qui misent sur ce minerai, la question des revenus attendus se pose avec acuité.
L'Afrique de l'Ouest face à l'excédent mondial de lithium
La production explose, les prix chutent : le pari ouest-africain du lithium vacille.
Cours du carbonate de lithium (USD/tonne)
Équilibre du marché
2027 : ExcédentBenchmark Mineral Intelligence prévoit un passage en excédent dès 2027, après un déficit d'environ 3 % cette année.
🌍 Impact sur l'Afrique de l'Ouest
La production africaine a bondi de 44 % en 2025 et représente désormais 14 % de l'offre mondiale, selon l'Agence internationale de l'énergie.
📅 Chronologie du marché
📊 EN BREF — Contexte économique
Selon la Banque mondiale, les investissements directs étrangers en Afrique de l'Ouest représentent 2,4 % du PIB, avec une inflation maîtrisée à 1,7 %. Le PIB régional atteint 852,5 milliards USD, soit environ 1 600 USD par habitant. Dans ce contexte, la manne du lithium représentait un espoir de diversification — désormais compromis par la chute des cours.
« La question des revenus attendus se pose avec acuité pour les pays ouest-africains qui misent sur ce minerai. »
Les cours du lithium, qui avaient retrouvé des couleurs en 2025 après l'effondrement de 2023, repartent à la baisse. Le carbonate de lithium échangé en Asie est tombé à 18 160 dollars la tonne début août 2026, contre 19 250 dollars fin juillet, et le spodumène a suivi une trajectoire similaire. Cette dégringolade, bien que moins brutale que celle de 2023, ravive les craintes d'un marché structurellement excédentaire.
Une offre qui dépasse la demande
Les fondamentaux sont sans appel. Fitch Solutions prévoit une hausse de 13,2 % de la production mondiale de lithium en 2026, contre une croissance de la demande limitée à 5,8 %, après un bond de 18,5 % l'année précédente. Benchmark Mineral Intelligence, filiale de Fitch, anticipe un passage en excédent dès 2027, après un déficit d'environ 3 % cette année. L'Afrique contribue largement à cette dynamique : sa production minière a augmenté de 44 % en 2025 et représente désormais 14 % de l'offre mondiale, selon l'Agence internationale de l'énergie.
L'Afrique de l'Ouest dans la course au lithium
Cette embellie de l'offre est portée par de nouveaux projets. Le Mali, déjà producteur, voit sa production progresser, tandis que le Ghana s'apprête à lancer le projet Ewoyaa. Plus à l'est, la République démocratique du Congo a commencé à exporter du lithium grâce au projet Manono, opéré par Zijin. Cette montée en puissance régionale s'inscrit dans une stratégie plus large des États ouest-africains, qui cherchent à diversifier leurs ressources minières au-delà de l'or et de la bauxite. La Guinée, par exemple, qui domine le marché de la bauxite, explore d'autres minerais stratégiques. Le pays, qui a vu sa production de bauxite augmenter de manière significative depuis 2020, pourrait tirer des leçons de la volatilité des prix des matières premières.
Le précédent zimbabwéen
Le cas du Zimbabwe illustre les risques. Le pays, dont la production de lithium a fortement augmenté, a vu ses revenus miniers chuter avec les prix. En 2025, les recettes d'exportation de lithium ont chuté de 30 % malgré une hausse des volumes, soulignant la sensibilité du secteur aux cours mondiaux. Cette expérience résonne en Afrique de l'Ouest, où les gouvernements espèrent que l'exploitation du lithium financera des infrastructures et des programmes sociaux.
Un contexte régional contrasté
Cette actualité du lithium intervient alors que la région connaît des évolutions contrastées dans le secteur extractif. Au Sénégal, la production pétrolière du champ Sangomar, opéré par Woodside, a atteint des niveaux records, tandis que le gaz du projet GTA, partagé avec la Mauritanie, commence à être exporté. Ces hydrocarbures offrent des perspectives de revenus plus prévisibles, même si les prix du pétrole restent volatils. À l'inverse, l'orpaillage illégal au Burkina Faso et au Mali continue de drainer des ressources hors des circuits officiels, privant les États de recettes fiscales.
Les défis de la valeur ajoutée locale
La chute des prix du lithium relance le débat sur la transformation locale. Les pays ouest-africains, conscients de la faible valeur ajoutée de l'exportation de minerais bruts, multiplient les incitations à l'implantation d'usines de raffinage. Mais ces projets, coûteux et énergivores, peinent à voir le jour. La baisse des cours pourrait rendre ces investissements moins attractifs, alors que les marges se compriment déjà pour les producteurs.
La volatilité des prix du lithium rappelle que la manne minière n'est jamais acquise. Alors que l'Afrique de l'Ouest s'engage dans cette filière, elle doit composer avec des marchés mondiaux capricieux et une concurrence accrue. La question n'est pas seulement de produire, mais de savoir à quel prix et pour quels bénéfices. L'avenir dira si les États sauront tirer parti de cette ressource sans répéter les erreurs du passé.