Le Groupement professionnel des miniers de Côte d’Ivoire a présenté le 8 juillet 2026 le septième numéro de son magazine O’Mines, dédié au financement du secteur minier. Avec pour thème « Quel financement pour la mine ivoirienne de demain ? », cette édition met en lumière le rôle croissant des banques locales, comme AFG Bank, dans un contexte où l’État cherche à réduire sa dépendance aux capitaux étrangers. Cette initiative intervient alors que le Ghana vient de sortir du programme du FMI et que la Guinée peine à boucler le financement de Simandou, révélant une tendance régionale : la recherche de modèles de financement souverains.

Infographie — Mines · Guinée

Le choix de la thématique financière par le GPMCI n’est pas anodin. Alors que la Côte d’Ivoire ambitionne de multiplier par cinq sa production minière d’ici 2030, la question des ressources nécessaires pour explorer, exploiter et transformer les minerais devient cruciale. Le magazine O’Mines, dans sa septième édition, explore les mécanismes de financement adaptés à chaque étape de la chaîne de valeur, de l’exploration à la commercialisation. L’entretien avec Daniel Touré, directeur général d’AFG Bank Côte d’Ivoire, souligne l’implication croissante des institutions financières locales dans ce secteur traditionnellement dominé par des banques internationales ou des fonds d’investissement étrangers.<br><br>Ce virage vers un financement endogène s’inscrit dans une dynamique plus large de souveraineté économique en Afrique de l’Ouest. La Côte d’Ivoire, déjà premier producteur de caoutchouc et d’anacarde, veut devenir un acteur minier de premier plan. Mais pour cela, elle doit convaincre les banques locales de prendre des risques sur des projets à long terme, souvent perçus comme trop spéculatifs. La présence d’AFG Bank comme partenaire de la cérémonie de lancement illustre cette confiance nouvelle.<br><br>### Le contexte régional : entre sortie du FMI et mégaprojets en suspens<br><br>Cette initiative ivoirienne intervient dans un environnement régional contrasté. En mai 2026, le Ghana annonçait la fin de son programme de Facilité élargie de crédit avec le FMI, après trois années d’austérité. Accra mise désormais sur la consolidation budgétaire et la relance de ses propres secteurs extractifs, notamment l’or et le cacao. Pendant ce temps, la Guinée est toujours en négociations pour le financement du gigantesque projet Simandou, dont le coût dépasse les 20 milliards de dollars. La difficulté à mobiliser des capitaux internationaux pour ce projet montre les limites d’un modèle trop dépendant des bailleurs extérieurs.<br><br>La Côte d’Ivoire, elle, tente de construire une voie médiane : attirer les investisseurs étrangers tout en développant un écosystème financier local capable de co-investir. Le message du président du GPMCI, Dr Yacouba Diarra, repris dans le magazine, insiste sur la nécessité de « bâtir des solutions adaptées à nos réalités ». Cela passe par une meilleure connaissance des risques miniers par les banques locales, et par des instruments de financement innovants, comme les obligations minières ou les fonds de garantie adossés aux réserves de l’État.<br><br>### Fiscalité et transparence : les autres piliers du financement<br><br>Le troisième axe du magazine est consacré à la fiscalité minière, avec la contribution d’un expert en droit et fiscalité. Ce volet est essentiel : sans un cadre fiscal clair et stable, les banques hésitent à s’engager. Or, la Côte d’Ivoire a récemment révisé son code minier pour renforcer les redevances et la part de l’État dans les projets. Cette orientation pourrait à la fois rassurer les financeurs locaux sur la soutenabilité des projets et inquiéter les investisseurs étrangers, traditionnellement attachés à des régimes stables.<br><br>Le pari ivoirien est donc double : faire émerger une offre de financement locale tout en maintenant un cadre attractif pour les capitaux étrangers. La réussite de cette stratégie dépendra de la capacité des banques à évaluer les risques techniques et géopolitiques, et de l’État à garantir la stabilité réglementaire. Le magazine O’Mines, en mettant ces questions sur la place publique, contribue à un débat nécessaire pour l’avenir du secteur.

Loin d’être un simple outil de communication, le magazine O’Mines du GPMCI témoigne d’une prise de conscience : le financement du secteur minier ne peut plus reposer uniquement sur des acteurs externes. En Afrique de l’Ouest, où les États cherchent à affirmer leur souveraineté économique, la capacité à mobiliser des capitaux locaux devient un indicateur clé de maturité. Reste à savoir si les banques ivoiriennes sauront relever le défi de financer des projets dont l’horizon de rentabilité dépasse souvent une décennie. La réponse à cette question pourrait redéfinir les équilibres miniers dans toute la région.