Toubani Resources a annoncé, le 13 juillet 2026, avoir engagé des discussions avec AFG Bank pour un prêt de 40 millions USD destiné à la mine d'or Kobada au Mali, abandonnant l'option Coris Bank en raison de délais d'approbation jugés trop longs. Ce changement de partenaire bancaire intervient alors que la BCEAO maintient un taux directeur inchangé et que les réserves de change de l'UEMOA atteignent 40 595 milliards FCFA. Au-delà du simple montage financier, ce choix révèle les contraintes de financement des projets miniers dans un environnement monétaire régional marqué par une liquidité abondante mais une lourdeur administrative persistante.

Infographie — Or · Mali

La bascule de Coris vers AFG Bank : un signal sur le marché bancaire ouest-africain

Le 13 juillet, Toubani Resources a officialisé sa décision de solliciter un prêt de 40 millions USD auprès d'AFG Bank pour son projet aurifère Kobada, abandonnant le montage précédemment envisagé avec Coris Bank. La raison invoquée est sans appel : les délais d'approbation jugés trop longs. Ce retrait illustre une tension croissante entre les exigences de célérité des développeurs miniers et les processus de validation des banques de la zone UEMOA, soumises aux contraintes réglementaires de la BCEAO.

En mars 2026, lorsque Toubani prenait la décision finale d'investissement pour Kobada, le coût total du projet était estimé à 216 millions USD. La société avait alors sécurisé un accord de streaming de 160 millions USD avec la singapourienne Eagle Eye Asset Holdings, et une levée de fonds de 48 millions USD par émission d'actions. Le recours à un prêt bancaire, d'abord envisagé chez Coris Bank, avait pour objectif de consolider la trésorerie. L'abandon de Coris au profit d'AFG Bank suggère que le marché bancaire ouest-africain n'est pas homogène dans sa capacité à répondre rapidement aux besoins des grands projets extractifs.

La politique monétaire de la BCEAO en toile de fond

Ce changement de partenaire intervient dans un contexte monétaire régional particulier. Le 10 juin 2026, le Comité de politique monétaire de la BCEAO, réuni à Dakar, a entamé ses travaux pour la deuxième session ordinaire de l'année. Depuis plusieurs trimestres, la banque centrale maintient un taux directeur stable, dans un environnement où l'inflation semble maîtrisée mais où les pressions sur les réserves de change restent un sujet de vigilance. Les réserves de la BCEAO s'élevaient à 40 595 milliards FCFA fin 2025, un niveau élevé qui confirme une situation de liquidité abondante dans le système bancaire régional.

Pourtant, cette liquidité ne se traduit pas nécessairement par une rapidité d'exécution des financements. Les banques commerciales, soumises à des normes prudentielles strictes émises par la BCEAO, doivent évaluer les risques avec soin, surtout pour des projets dans un pays comme le Mali, membre de l'Alliance des États du Sahel (AES) et confronté à des défis sécuritaires et politiques. Le choix d'AFG Bank, une institution panafricaine basée en Côte d'Ivoire, pourrait refléter une appétence au risque plus affirmée ou une capacité à structurer des financements syndiqués plus rapidement.

Kobada dans le paysage minier malien et régional

Le projet Kobada, situé dans le sud du Mali, est l'un des plus importants développements aurifères en cours dans le pays. Sa première coulée est prévue pour le troisième trimestre 2027. Le Mali est le troisième producteur d'or en Afrique, mais le secteur minier est sous pression depuis l'arrivée au pouvoir des militaires en 2020 et les révisions des codes miniers. La capacité de Toubani à boucler son financement malgré ces incertitudes est un signe de la résilience du secteur minier ouest-africain.

Les données récentes de l'Agence Ecofin montrent que les prix des matières premières exportées par l'UEMOA ont rebondi en mars 2026 après un recul en février. Cette embellie profite aux projets miniers, même si l'or reste une valeur refuge dont le cours est soutenu par des facteurs globaux. Dans ce contexte, la mine Kobada bénéficie d'une fenêtre favorable pour son développement.

Les implications pour le financement des infrastructures en Afrique de l'Ouest

Le montage financier de Kobada — combinaison de streaming, d'equity et de dette bancaire — est emblématique des stratégies de financement innovantes qui émergent dans la région. Le recours à un investisseur singapourien (Eagle Eye) et à une banque panafricaine (AFG) illustre la diversification des sources de capitaux. Cependant, le retrait de Coris Bank soulève des questions sur la capacité des banques locales à participer à des projets de cette envergure dans des délais compétitifs.

Pendant ce temps, d'autres acteurs internationaux renforcent leur présence dans la région. Le 10 juillet, la compagnie américaine Murphy Oil a obtenu une autorisation d'exploration en Mauritanie, après des découvertes en Côte d'Ivoire. Ces mouvements montrent que l'Afrique de l'Ouest attire les investissements extractifs, mais que le financement reste un goulot d'étranglement. La BCEAO, par sa politique monétaire et sa supervision, joue un rôle clé dans la fluidité de ces financements.

Le financement de Kobada illustre les mutations du paysage bancaire ouest-africain, où les banques doivent concilier prudence réglementaire et réactivité face à des projets miniers de grande envergure. Alors que l'UEMOA connaît une liquidité abondante et que les prix des matières premières repartent à la hausse, la capacité des institutions financières régionales à accompagner ces développements sera déterminante pour l'attractivité de la zone. La décision de Toubani de se tourner vers AFG Bank plutôt que Coris Bank pourrait annoncer une recomposition des partenariats bancaires dans le secteur extractif, un secteur clé pour les économies de l'Union.