Le 26 août à Abidjan, Endeavour Mining et AFG Bank Côte d'Ivoire ont signé un accord pour bancariser plus de 1 150 personnes impactées par le futur projet aurifère d'Assafo-Dibibango, dans l'est du pays. Ce mécanisme, qui concerne 28 milliards de FCFA d'indemnisations, illustre une évolution notable dans la gestion des compensations liées aux grands projets extractifs en Afrique de l'Ouest. Alors que la Côte d'Ivoire affiche une croissance soutenue, cette initiative pourrait faire référence dans une région où la gouvernance minière est souvent critiquée.
Le partenariat entre la Société des Mines d'Assafo-Dibibango (SMAD), filiale locale du canadien Endeavour Mining, et AFG Bank Côte d'Ivoire vise à sécuriser le versement des compensations aux populations déplacées par le projet aurifère géant de Tanda. Ce projet, qui a obtenu ses autorisations environnementales en novembre 2025, est présenté par Endeavour comme le plus gros investissement de son histoire dans le pays. La démarche consiste à ouvrir des comptes bancaires dédiés pour chaque bénéficiaire, garantissant ainsi une traçabilité complète des fonds et réduisant les risques de détournement ou de litiges.
Cette initiative s'inscrit dans un contexte régional où la question de la redistribution des revenus miniers est devenue centrale. Au Sénégal et au Burkina Faso, où Endeavour opère également, les critiques sur l'impact social des mines se multiplient. En Côte d'Ivoire, le gouvernement a fait de la responsabilité sociétale des entreprises un axe majeur de sa politique minière. La bancarisation des indemnisés répond à une double exigence : d'une part, protéger les droits des populations affectées en leur offrant un accès direct et sécurisé aux fonds; d'autre part, renforcer l'inclusion financière dans des zones rurales historiquement exclues du système bancaire.
Le choix de confier cette mission à AFG Bank, filiale du groupe panafricain AFG Holding, n'est pas anodin. Avec 88 agences locales, la banque dispose d'un maillage territorial étendu, essentiel pour toucher des bénéficiaires dispersés. Cette collaboration marque une évolution dans le rôle des banques locales dans les grands projets extractifs : elles ne se contentent plus de financer les opérateurs, mais deviennent des acteurs de la gestion sociale des projets. Pour AFG Bank, c'est aussi un moyen de consolider sa présence dans le secteur minier, en plein essor en Afrique de l'Ouest.
Cette dynamique s'observe parallèlement à d'autres signaux de vitalité dans le secteur aurifère régional. Au Mali, la société Cora Gold a annoncé le 1er septembre la nomination de Russell White, un expert de 40 ans d'expérience, pour superviser la construction de sa mine de Sanankoro, dans le sud du pays. Ce recrutement illustre la confiance des investisseurs dans le potentiel aurifère malien, malgré un environnement sécuritaire difficile. White, qui a dirigé la mine de Mako au Sénégal, apporte une expertise précieuse en matière de construction et d'exploitation.
Au-delà de ces projets, la région ouest-africaine connaît une intensification de l'activité minière, portée par la hausse des cours de l'or et la demande mondiale. Cependant, cette croissance s'accompagne de défis majeurs, notamment la lutte contre l'orpaillage illégal, particulièrement actif au Burkina Faso et au Mali. Les gouvernements tentent de réguler ce secteur informel, source de revenus pour des milliers de personnes mais aussi de conflits et de dégradations environnementales. La bancarisation des indemnisés pourrait offrir un modèle pour formaliser certaines de ces activités, en canalisant les flux financiers vers le système bancaire.
En Côte d'Ivoire, le projet Assafo-Dibibango s'inscrit dans une stratégie nationale visant à accroître la production aurifère pour diversifier l'économie, encore largement dépendante du cacao. Le pays, qui affiche une croissance soutenue, ambitionne de devenir un hub minier régional. La réussite de ce projet, tant sur le plan opérationnel que social, sera scrutée de près par les investisseurs et les autorités. Elle pourrait également influencer les pratiques des autres compagnies minières présentes dans la région, comme le montre l'attention portée à la gouvernance des indemnisations.
La signature de cette convention intervient dans un climat où les discours souverainistes se renforcent en Afrique de l'Ouest, notamment au Sahel. Les États cherchent à reprendre le contrôle de leurs ressources naturelles et à maximiser les retombées locales. Dans ce contexte, des initiatives comme celle d'Endeavour et d'AFG Bank peuvent être perçues comme une réponse aux critiques de l'exploitation minière, en démontrant qu'il est possible de concilier rentabilité économique et responsabilité sociale. Elles pourraient aussi servir de modèle pour d'autres secteurs extractifs, comme le pétrole et le gaz, qui connaissent un essor similaire dans la région, avec des projets comme le GTA entre le Sénégal et la Mauritanie.
Enfin, cette évolution s'inscrit dans une tendance plus large de professionnalisation de la gestion des impacts sociaux des grands projets en Afrique. Les bailleurs de fonds internationaux et les institutions financières de développement exigent de plus en plus de garanties en matière de réinstallation et d'indemnisation. La bancarisation, en offrant une traçabilité irréprochable, pourrait devenir une norme dans la région. Elle répond également aux exigences des standards internationaux, comme ceux de la Société financière internationale (SFI), qui recommandent des mécanismes de compensation transparents et équitables.
L'initiative d'Endeavour et d'AFG Bank, bien que locale, a une portée régionale. Elle montre que la gouvernance minière en Afrique de l'Ouest évolue, passant d'une approche purement administrative à une gestion plus inclusive et plus transparente. Reste à voir si ce modèle sera reproduit et adapté dans d'autres juridictions, où les défis de la bancarisation des populations rurales restent importants. La question de la durabilité de ces comptes, de leur utilisation effective par les bénéficiaires et de l'éducation financière qui les accompagne sera cruciale pour évaluer l'impact réel de ce dispositif.
En définitive, cette convention est un test grandeur nature pour la gouvernance minière ouest-africaine. Elle illustre une prise de conscience croissante des acteurs économiques de la nécessité d'intégrer les populations locales dans la chaîne de valeur, non seulement comme bénéficiaires, mais aussi comme parties prenantes à part entière. Alors que la région s'apprête à accueillir de nouveaux projets d'envergure, notamment dans le domaine des hydrocarbures, les leçons tirées de cette expérience pourraient s'avérer précieuses pour l'ensemble du secteur extractif.
Cette initiative de bancarisation des indemnisés ouvre la voie à une réflexion plus large sur la place des populations dans les grands projets extractifs en Afrique de l'Ouest. Alors que la région connaît une fièvre de l'or et s'apprête à exploiter de nouvelles ressources, la question de la redistribution équitable des richesses reste posée. Les mécanismes de transparence mis en place aujourd'hui pourraient préfigurer les standards de demain, dans un contexte où les attentes des citoyens et des bailleurs de fonds ne cessent de croître.