TotalEnergies a lancé un appel d'offres pour installer une centrale solaire de 7,1 MW sur le site de son mégaprojet gazier Mozambique LNG, à Afungi. Cette initiative, présentée comme un équilibre entre exportations et développement local, intervient après la levée du cas de force majeure et la reprise de la construction en janvier 2026. Elle offre un cas d'école pour les pays ouest-africains confrontés aux mêmes dilemmes entre exploitation d'hydrocarbures et transition énergétique.
TotalEnergies : gaz + solaire, un signal pour l’Afrique de l’Ouest
Le mégaprojet Mozambique LNG intègre une centrale solaire de 7,1 MW. Un cas d’école entre hydrocarbures et transition.
- Mégaprojet GNL Area 1
- Construction suspendue en 2021 (attaques jihadistes)
- Reprise en janvier 2026
- Financement international reconfiguré
- 13 224 modules PV sur 6,5 ha
- Panneaux déjà acquis
- Alimentation chantier (site isolé)
- Réseau national défaillant
Réduire l’empreinte carbone + sécuriser l’électricité du site
(attaques jihadistes)
+ appel d’offres solaire
(estimation)
Le modèle mozambicain (gaz + solaire sur site) préfigure une tendance : concilier exploitation fossile et transition.
Ce projet solaire révèle une inflexion dans la stratégie énergétique du groupe.
— TotalEnergies · 2026
Le projet solaire, composé de 13 224 modules photovoltaïques sur 6,5 hectares, sera temporairement dédié aux besoins du chantier. TotalEnergies indique que les panneaux sont déjà acquis, preuve d'une exécution rapide. La mise en place de cette centrale photovoltaïque s'inscrit dans le redémarrage du projet géant de gaz naturel liquéfié (GNL) de l'Area 1, dont la construction avait été suspendue en avril 2021 après les attaques jihadistes à Cabo Delgado. Le retour sur site a été officialisé le 29 janvier 2026, après une reconfiguration du financement international et une amélioration relative de la sécurité.
Ce geste répond à une double logique : réduire l'empreinte carbone des opérations gazières – un argument clé pour rassurer les financiers – et sécuriser l'approvisionnement électrique d'un site isolé, là où le réseau national mozambicain est défaillant. Au-delà de l'autoconsommation pendant les travaux, ce projet solaire révèle une inflexion dans la stratégie énergétique du groupe français en Afrique, entre volonté de verdir son image et nécessité de sécuriser des approvisionnements électriques locaux fragiles.
Le PDG Patrick Pouyanne a esquissé en février 2026 une vision plus large : « Il faut trouver un bon équilibre entre les exportations et le développement local ». Il a évoqué la possibilité d'exporter une partie du gaz mozambicain vers l'Afrique du Sud via un terminal dans le sud du pays, tout en utilisant une partie pour produire de l'électricité destinée au Mozambique. Cette approche hybride – gaz pour l'exportation, solaire pour la consommation locale – pourrait préfigurer un modèle pour d'autres grands projets gaziers en Afrique de l'Ouest.
Pour les pays ouest-africains riches en hydrocarbures, ce cas illustre les dilemmes de la transition énergétique menée par les majors. Le Nigeria, le Sénégal ou la Mauritanie, qui développent leurs propres projets gaziers (Nigeria LNG, Grand Tortue Ahmeyim), sont confrontés aux mêmes exigences de verdissement et de développement local. Le choix de TotalEnergies au Mozambique montre que l'intégration de renouvelables peut être un levier pour sécuriser les financements et apaiser les critiques, sans remettre en cause l'exploitation des hydrocarbures.
Cependant, le calendrier global du mégaprojet reste flou : le premier gaz liquéfié n'est plus attendu avant le premier semestre 2029, soit cinq ans de retard sur le planning initial. La centrale solaire, si elle contribue à l'autonomie énergétique du chantier, ne résout pas les défis sécuritaires et politiques qui ont suspendu le projet pendant près de cinq ans. Elle pose aussi la question de l'utilisation après la construction : ces infrastructures photovoltaïques pourraient-elles être cédées aux communautés locales, devenant un véritable outil de développement ?
Au-delà du cas mozambicain, ce mariage entre gaz et solaire interroge la capacité des majors à concilier rentabilité des hydrocarbures et exigences de transition. Pour l'Afrique de l'Ouest, l'expérience d'Afungi pourrait servir de test grandeur nature : le solaire y est-il un simple cache-misère ou un premier pas vers un mix énergétique plus durable ? La réponse dépendra autant des choix des opérateurs que de la pression des États et des bailleurs de fonds.