La SENELEC intensifie sa lutte contre les branchements clandestins, qui lui coûtent plus de 80 milliards de francs CFA par an. Ces pertes colossales hypothèquent ses capacités d'investissement alors que le pays vise l'accès universel à l'électricité d'ici 2029. Cette annonce, couplée à la distribution de dividendes de la CIE en Côte d'Ivoire et au financement de la BIDC, révèle les fragilités et les disparités des politiques énergétiques ouest-africaines.

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La lutte contre la fraude électrique est un indicateur clef de la santé financière des compagnies nationales. Au Sénégal, la SENELEC a annoncé le 23 juin 2026 le renforcement de ses dispositifs de contrôle pour traquer les branchements clandestins et les détournements d'énergie. Selon Makhtar Diop, responsable de l'agence de Kaolack, ces infractions représentent un préjudice annuel de 80 milliards de francs CFA, une somme qui obère lourdement les investissements nécessaires à l'extension et à la modernisation du réseau. L'entreprise a également fait état de 156 000 nouveaux abonnés depuis le début de l'année et de 12 600 localités désormais électrifiées, mais ces progrès sont compromis par des pertes techniques et non techniques persistantes.

Cette situation n'est pas propre au Sénégal. Dans la région, les compagnies d'électricité affrontent des défis structurels liés à la gouvernance, au vieillissement des infrastructures et à la pression démographique. La Compagnie ivoirienne d'électricité (CIE), opérateur privé coté à la BRVM, a ainsi distribué 13,1 milliards de francs CFA de dividendes pour 2025 et vu son action bondir de 22,8 % en mai 2026, signe de la confiance des investisseurs dans un modèle délégué. En revanche, la SENELEC, entreprise publique, peine à générer les marges nécessaires à son développement, malgré des injections de capitaux comme les 25 millions d'euros apportés par la Banque islamique de développement (BIDC) en juin 2026 via une facilité de Mourabaha syndiquée.

Les dessous de la fraude et ses implications géopolitiques

Le phénomène des branchements illicites dépasse la simple perte financière. Il révèle une forme de contestation sociale face à des tarifs jugés élevés ou à une qualité de service défaillante, mais aussi une incapacité des États à faire respecter la loi. Au Sénégal, la SENELEC mise sur les compteurs prépayés Woyofal pour responsabiliser les consommateurs, mais l'ampleur de la fraude – 80 milliards de francs CFA – équivaut à près de 5 % du budget national de l'énergie. Ces fuites réduisent d'autant la capacité de l'entreprise à investir dans les énergies renouvelables, pourtant cruciales pour réduire la dépendance aux combustibles fossiles importés.

À l'échelle régionale, la question électrique est devenue un enjeu de souveraineté. La Côte d'Ivoire, grâce à son mix énergétique dominé par le gaz et l'hydroélectricité, exporte de l'électricité vers le Mali, le Burkina Faso et le Ghana, renforçant son leadership. Le Sénégal, qui mise sur le gaz de Grand Tortue Ahmeyim et le solaire, cherche à atteindre l'accès universel d'ici 2029, mais doit d'abord assainir ses comptes. La fraude fragilise cet objectif et contraint le pays à recourir à des financements extérieurs, comme ceux de la BIDC, ce qui pose la question de l'endettement et de l'autonomie décisionnelle.

En parallèle, la Guinée voisine illustre les difficultés des entreprises publiques : les articles de juin 2026 évoquent des problèmes récurrents de gestion, et les mêmes causes produisent les mêmes effets. La comparaison entre modèles – privé versus public – n'est pas univoque : la CIE, malgré ses dividendes, doit composer avec des tarifs régulés et des exigences sociales, tandis que la SENELEC, bien que publique, peut bénéficier de soutiens politiques, mais pâtit d'une gouvernance parfois opaque.

Une dynamique entre progrès et vulnérabilités

La période récente montre des avancées indéniables : extension du réseau, augmentation des abonnés, mobilisation de financements. Mais les pertes liées à la fraude et les défis d'exploitation demeurent des obstacles majeurs. Le bond de l'action CIE et le financement de la BIDC suggèrent que les investisseurs et les institutions régionales parient sur une amélioration, mais les fondamentaux – recouvrement des coûts, maintenance des infrastructures, lutte contre la fraude – restent à consolider. La souveraineté énergétique régionale ne se décrète pas : elle se construit sur une gestion rigoureuse et une volonté politique de réformer des systèmes parfois hérités des indépendances.

Alors que l'Afrique de l'Ouest accélère ses projets d'intégration électrique (WAPP, gazoducs), les fragilités nationales comme celles du Sénégal ou de la Guinée rappellent que la performance des opérateurs conditionne la réussite de ces ambitions. La lutte contre la fraude n'est pas qu'une question de police : elle touche à la légitimité du service public, à la confiance des citoyens et à la capacité des États à garantir un accès équitable et durable à l'énergie.

Données de référence : Solde budgétaire : -7.9% (FMI)