Alors que le gouvernement sénégalais s'apprête à organiser un Conseil interministériel sur la performance du secteur électrique, les syndicats de Senelec mettent en avant des résultats historiques. Mais dans le même temps, une information non confirmée fait état d'une échéance de 165 milliards de FCFA pesant sur PETROSEN, la société nationale des hydrocarbures, et de démarches infructueuses auprès de la BOAD. Ce double signal illustre les tensions entre les acquis opérationnels et les fragilités financières du système énergétique sénégalais.
Performance électrique vs. fragilité financière
La Senelec affiche des records techniques, mais une dette de 165 milliards FCFA pèse sur PETROSEN. Le double visage du secteur.
- Rendement 83,1 %
- Pertes 16,9 %
- Temps de coupure historiquement bas
- Capacité excédentaire → exportations
- 165 milliards FCFA sur PETROSEN
- BOAD : démarches infructueuses
- Baisse tarifaire imposée (−18 mds)
- Angle mort du débat public
Un bilan technique salué, des interrogations sur le motif de l'État
La Convergence syndicale des travailleurs de la Senelec (Csts) a réagi vivement, le 12 mai 2026, à l'annonce d'un Conseil interministériel sur la performance et la soutenabilité du secteur de l'électricité. Dans un communiqué, elle dresse un tableau flatteur de l'exercice 2025 : rendement global passé de 81,2 % à 83,1 %, taux de pertes réduit à 16,9 %, temps de coupure historiquement bas, et capacité de production excédentaire permettant des exportations vers la Gambie et la Guinée-Conakry. La Senelec afficherait même un bénéfice de plusieurs dizaines de milliards de FCFA, malgré une baisse tarifaire imposée par l'État qui lui a coûté 18 milliards de FCFA. Pour les syndicats, ces performances devraient écarter toute idée de crise.
La dette de PETROSEN : un angle mort du débat électrique
Parallèlement, une information non officielle, mais largement relayée, fait état d'une pression financière majeure sur PETROSEN. Le consortium de créanciers réclamerait 165 milliards de FCFA avant le 27 mai 2026. Selon le journaliste Madiambal Diagne, le président Bassirou Diomaye Faye aurait sollicité la BOAD, sans succès, celle-ci estimant avoir déjà épuisé sa marge de manœuvre après le récent accompagnement sur les Eurobonds. Si ces affirmations restent à confirmer, elles éclairent un possible point de fragilité : la dette du secteur pétrolier-gazier pourrait contraindre les finances publiques et, par ricochet, la capacité de l'État à soutenir le secteur électrique.
Gouvernance inclusive ou contrôle accru ? Les vrais enjeux du conseil interministériel
La démarche gouvernementale peut être lue de deux manières. D'un côté, elle traduit une volonté légitime de consolider les acquis et d'anticiper les risques, dans un contexte où la soutenabilité financière de Senelec dépend encore largement des subventions publiques. De l'autre, elle suscite la méfiance des syndicats, qui y voient une possible remise en cause de l'autonomie de gestion. La Csts réclame d'être associée aux décisions stratégiques, signe que le climat social pourrait se tendre si l'État adoptait une approche verticale. La question centrale est celle de l'équilibre entre performance opérationnelle et viabilité financière, dans un secteur où les coûts de production restent élevés, malgré les progrès techniques.
Le contexte régional : un secteur en mutation sous contrainte financière
Le Sénégal n'est pas un cas isolé dans l'UEMOA. La BOAD, dont le Togo est actionnaire, voit ses marges de manœuvre se réduire après des années de soutien aux États. Par ailleurs, l'essor des énergies renouvelables et l'intégration régionale via le West African Power Pool modifient les équilibres. Le Sénégal, qui exporte désormais de l'électricité, doit aussi faire face à la concurrence de sources plus compétitives. La pression sur les finances publiques, exacerbée par les échéances de dette de PETROSEN, pourrait contraindre le gouvernement à réformer le secteur électrique au-delà de la simple performance technique, en abordant des sujets comme la tarification, la gouvernance de la holding énergétique et le rôle des partenaires privés.
Au-delà des chiffres flatteurs de Senelec, l'organisation du Conseil interministériel et les rumeurs sur la dette de PETROSEN invitent à interroger la solidité du modèle énergétique sénégalais. La performance opérationnelle ne suffit pas si elle repose sur des subventions croissantes ou un endettement non maîtrisé. L'épisode révèle aussi les difficultés de coordination entre les différentes sociétés d'État et les limites des institutions financières régionales. Alors que la région ouest-africaine accélère sa transition énergétique, le Sénégal doit trouver un équilibre entre les impératifs sociaux, la soutenabilité budgétaire et l'efficacité industrielle.