Le 6 juillet 2026, Orange Cameroun a décerné le Grand Prix national du POESAM à Intellibra, une plateforme d'IA pour le dépistage du cancer du sein. Cette distinction, au-delà de son impact médical, révèle une dynamique de fond : l'essor d'un écosystème tech capable de générer des solutions locales et de réduire la dépendance de l'Afrique de l'Ouest aux secteurs extractifs comme l'or et les hydrocarbures. Dans un contexte de volatilité des cours des matières premières, cette diversification par l'innovation mérite une attention particulière.

Infographie — Or · Production

Une innovation locale récompensée

Lauréate de la 16ᵉ édition du Prix Orange de l'Entrepreneur Social en Afrique et au Moyen-Orient (POESAM) au Cameroun, Juvis Anzia a remporté 8 millions FCFA pour Intellibra, une solution d'intelligence artificielle dédiée au dépistage du cancer du sein. Ce projet, encore en phase de validation clinique, s'inscrit dans une tendance régionale où les startups utilisent l'IA pour répondre à des défis sanitaires criants. Le deuxième prix, Ndemri, d'Isaac Touza, cible l'amélioration des rendements agricoles, tandis que le Prix spécial féminin a récompensé Gaiacore, une irrigation intelligente. Ces innovations reflètent un potentiel de transformation économique souvent sous-estimé.

Un écosystème en maturation

Depuis quelques années, l'Afrique de l'Ouest connaît une effervescence technologique portée par des hubs comme Yaoundé, Abidjan ou Dakar. Des incubateurs, des fonds d'amorçage et des concours comme le POESAM catalysent l'émergence de talents locaux. En 2025, le même concours avait distingué une plateforme d'orientation scolaire au Cameroun. Cette continuité montre une volonté de structurer un secteur capable de créer de la valeur ajoutée et des emplois qualifiés. Pour les économies ouest-africaines, souvent dépendantes des exportations de matières premières, cette voie offre une alternative crédible.

L'extractif face à l'innovation numérique

Le secteur minier, notamment aurifère, reste prépondérant dans plusieurs pays de la région : le Ghana, le Burkina Faso, le Mali, la Côte d'Ivoire. Mais la volatilité du cours de l'or et les défis sécuritaires liés à l'exploitation artisanale incitent à chercher d'autres leviers de croissance. Les revenus tirés de l'or financent une part importante des budgets nationaux, mais cette manne est fragile. Par contraste, l'économie numérique, bien que modeste, offre des perspectives de croissance plus stables et moins exposées aux chocs externes. Le développement de solutions locales d'IA, comme Intellibra, participe à la construction d'une souveraineté technologique qui pourrait, à terme, renforcer l'autonomie des États.

Un enjeu de souveraineté économique

Au-delà de l'aspect sanitaire, l'essor de l'IA en Afrique de l'Ouest interroge les modèles de développement. La dépendance aux technologies importées et aux investissements étrangers dans le numérique reste forte, mais des initiatives comme le POESAM encouragent une appropriation locale. L'enveloppe de 8 millions FCFA accordée à Intellibra finance les essais cliniques et la mise sur le marché, autant d'étapes cruciales pour passer de l'invention à l'innovation commercialisable. Cette capacité à internaliser la chaîne de valeur technologique est un indicateur de la maturité de l'écosystème.

Quel impact sur les politiques publiques ?

Les gouvernements de la région, conscients des limites du modèle extractif, multiplient les stratégies de promotion du numérique. Le Togo, par exemple, mise sur les technologies financières, tandis que la Côte d'Ivoire développe ses infrastructures numériques. Pourtant, le financement de la recherche et le soutien aux startups restent insuffisants. Le POESAM, avec ses dotations modestes, ne comble pas le vide, mais il crée un signal positif. La présence de solutions agricoles et d'irrigation intelligente montre que le numérique peut aussi renforcer la souveraineté alimentaire, autre enjeu stratégique.

L'édition 2026 du POESAM au Cameroun illustre une transformation silencieuse mais profonde : l'émergence d'une génération d'entrepreneurs qui construisent des réponses locales aux défis du continent. Si ces innovations restent de taille modeste, elles dessinent une trajectoire de diversification économique qui gagne à être soutenue. La question n'est plus de savoir si l'Afrique de l'Ouest doit miser sur le numérique, mais comment les politiques publiques et les investissements peuvent accélérer ce mouvement, en complément ou en alternative aux ressources extractives.