Eni a annoncé un bénéfice net de 3,3 milliards d’euros au deuxième trimestre 2026, soit six fois plus qu’un an plus tôt. La production d’hydrocarbures a bondi de 11 % grâce à la montée en puissance de gisements en Afrique de l’Ouest, notamment le projet Baleine en Côte d’Ivoire. Ces résultats records surviennent dans un contexte de prix du pétrole élevé après les tensions au Moyen-Orient, mais aussi de diversification des partenariats énergétiques dans la région.

Infographie — Or · Production

Le groupe italien Eni a dévoilé le 29 juillet des résultats trimestriels exceptionnels. Le bénéfice net attribuable aux actionnaires atteint 3,319 milliards d’euros, contre 543 millions un an plus tôt, largement au-dessus des prévisions des analystes (2 milliards). Le bénéfice net ajusté a doublé, à 2,333 milliards, tandis que le chiffre d’affaires grimpe de 30 % à 24,4 milliards d’euros. Le groupe attribue cette performance à « la croissance des volumes, la maîtrise des coûts et un contexte de prix favorable », avec un Brent moyen à 104,52 dollars le baril contre 67,82 dollars au T2 2025.

Un portefeuille africain en pleine expansion

La production d’hydrocarbures a progressé de 7 % sur un an à 1,789 million de barils équivalent pétrole par jour, et de 11 % en croissance sous-jacente, portée par l’Afrique de l’Ouest. Eni cite explicitement la montée en puissance de projets dans le golfe de Guinée, où le consortium Eni-Petroci-Vitol a lancé la phase 3 du gisement Baleine en juin 2026, comme le rapportait récemment la presse ivoirienne. Ce gisement, découvert en 2021, devrait porter la production nationale de la Côte d’Ivoire à plus de 200 000 barils par jour d’ici 2027. La branche Exploration & Production a généré 4,769 milliards d’euros d’Ebit ajusté, soit le double du T2 2025.

Des retombées fiscales et stratégiques pour les États hôtes

Pour les pays d’Afrique de l’Ouest, ces résultats confirment que les investissements pétroliers et gaziers restent une source majeure de recettes, malgré la transition énergétique. La Côte d’Ivoire, qui ambitionne de devenir un hub pétrolier régional, bénéficie directement des royalties et de la part de l’État via la société nationale Petroci. Le succès d’Eni renforce sa crédibilité auprès des investisseurs internationaux, dans un contexte où la région cherche à sécuriser ses approvisionnements énergétiques. Par ailleurs, le Niger a levé 180 milliards de FCFA sur le marché financier régional en mai, signe que les pays du Sahel (AES) explorent des voies alternatives de financement, en parallèle des partenariats avec les majors.

Un contexte géopolitique et commercial mouvant

Les résultats d’Eni interviennent dans un environnement géopolitique marqué par la volatilité des prix du pétrole. Le conflit au Moyen-Orient a provoqué une hausse brutale au T2, avant que l’accord entre l’Iran et les États-Unis ne fasse redescendre les cours. Eni anticipe désormais un Brent à 85 dollars pour l’ensemble de 2026, et relève sa prévision de croissance de production à 5 %. Parallèlement, la Chine a élargi à 53 pays africains son programme d’exonération de droits de douane depuis décembre 2024, ce qui pourrait stimuler les exportations de pétrole brut africain vers l’Asie et renforcer la demande pour le brut ouest-africain.

Des enjeux de souveraineté énergétique

L’envolée des profits d’Eni ravive les débats sur le partage de la rente pétrolière. Si les États hôtes engrangent des recettes accrues grâce aux clauses de partage de production, les groupes comme Eni renforcent leur capacité à investir dans de nouveaux projets – et à racheter leurs actions (3,4 milliards d’euros annoncés). Pour l’Afrique de l’Ouest, la question est de savoir si ces flux financiers serviront à diversifier les économies et à accélérer l’accès à l’énergie, ou s’ils creuseront la dépendance aux hydrocarbures. Le succès du projet Baleine, mais aussi les ambitions gazières du Sénégal et de la Mauritanie, montrent que la région veut jouer un rôle accru dans l’équilibre énergétique mondial.

En toile de fond, la communication croissante autour de la Confédération des États du Sahel, avec des bulletins d’information dédiés diffusés par l’ORTM, illustre une volonté d’affirmation politique et médiatique qui pourrait également se traduire dans la gestion des ressources extractives.

Les résultats records d’Eni confirment que l’Afrique de l’Ouest demeure un théâtre stratégique pour les majors pétrolières, malgré les appels à la transition énergétique. La montée en puissance des projets comme Baleine, couplée aux initiatives de financement régional et aux nouvelles routes commerciales vers l’Asie, redessine la carte énergétique de la région. Reste à savoir si cette manne permettra aux États de renforcer leur souveraineté économique et de préparer l’après-pétrole.

Données de référence : Croissance du PIB réel : 6.5% (FMI)