Le groupe italien ENI a publié le 29 juillet un bénéfice net de 4,4 milliards d’euros pour le premier semestre 2026, soit une progression de 156 % sur un an. Cette performance exceptionnelle doit beaucoup à la montée en puissance de ses actifs en Afrique de l’Ouest, où la production a bondi de 11 % au deuxième trimestre. Dans un contexte de volatilité des cours du brut, ce succès interroge sur les retombées réelles pour les États hôtes et sur les équilibres géopolitiques régionaux.

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Des chiffres qui parlent

Le chiffre d’affaires d’ENI a grimpé de 30 % au deuxième trimestre, à 24,4 milliards d’euros, dépassant largement les attentes du consensus FactSet. Le groupe attribue cette embellie à la hausse des volumes, au contrôle des coûts et à un environnement de prix favorable, après le rebond temporaire du Brent au-dessus de 100 dollars le baril provoqué par les tensions au Moyen-Orient. L’accord du 17 juin entre Washington et Téhéran, visant à rétablir le transit dans le détroit d’Ormuz, a ensuite fait refluer les cours, mais ENI a su tirer parti de cette fenêtre.

Le poids de l’Afrique de l’Ouest

C’est dans cette région qu’ENI réalise une part croissante de sa croissance organique. Le groupe a notamment mis en service de nouveaux projets au Nigeria, au Ghana et en Côte d’Ivoire, qui ont contribué à l’augmentation de 11 % de sa production totale au deuxième trimestre. ENI vise désormais une progression annuelle de 5 % en 2026, contre 3 à 4 % précédemment, signe de la confiance dans ses actifs ouest-africains. Cette dynamique s’inscrit dans une tendance plus large : plusieurs majors (TotalEnergies, Shell) renforcent également leur présence dans le golfe de Guinée.

Retombées pour les États : entre espoirs et défis

Pour les pays d’accueil, l’envol de la production pétrolière représente une manne budgétaire bienvenue, alors que les cours sont restés sous pression en 2025. Cependant, la question du partage de la rente et de la transformation locale reste centrale. Les contrats avec ENI, souvent conclus sous des régimes fiscaux stabilisés, limitent la part captée par les trésors nationaux. Par ailleurs, la transition énergétique mondiale incite ces États à diversifier leurs économies, mais les revenus pétroliers immédiats freinent les réformes structurelles.

Géopolitique des hydrocarbures

L’essor d’ENI en Afrique de l’Ouest n’est pas un fait isolé. Il intervient alors que la région devient un champ de compétition entre puissances traditionnelles (États-Unis, Europe) et émergentes (Chine, Inde). La signature en mai 2026 d’un accord sur les minéraux critiques entre la Guinée et les États-Unis illustre cette nouvelle donne. Dans le domaine pétrolier, les majors européennes comme ENI tentent de sécuriser leurs approvisionnements face à la volatilité du Moyen-Orient, tandis que les producteurs locaux cherchent à renforcer leur souveraineté.

Vers une reconfiguration des alliances ?

La coentreprise Searah, structurée par ENI avec le malaisien Petronas autour d’actifs gaziers en Asie du Sud-Est, montre que le groupe italien conserve une stratégie globale. Mais l’accent mis sur l’Afrique de l’Ouest suggère que la région est appelée à jouer un rôle croissant dans la sécurité énergétique européenne. Pour les États ouest-africains, cette attractivité offre une carte à jouer, à condition de négocier des conditions plus avantageuses et d’investir dans la valorisation locale des ressources.

Alors que le conflit au Moyen-Orient et l’accord irano-américain redessinent les routes du pétrole, l’Afrique de l’Ouest s’affirme comme un pôle de production incontournable. Mais la question demeure : les bénéfices record des majors profiteront-ils un jour aux populations locales, ou la région restera-t-elle un simple maillon d’une chaîne de valeur mondiale dominée par l’extérieur ?