La Banque africaine de développement a approuvé un prêt de 114 millions de dollars pour la construction de la première gigafactory de batteries pour véhicules électriques en Afrique, à Kénitra au Maroc. Porté par le chinois Gotion High-Tech, le projet représente un investissement total de 5,6 milliards de dollars. Cette décision intervient alors que plusieurs projets d'hydrocarbures en Afrique de l'Ouest peinent à se concrétiser, et ouvre des perspectives nouvelles pour la transformation locale des ressources minérales.
La première gigafactory africaine
114 M$ de la BAD pour un projet à 5,6 milliards — 70% d’intégration locale, 85% de la production vers l’Europe.
- Première gigafactory de batteries pour véhicules électriques en Afrique (Kénitra, Maroc).
- Porté par le chinois Gotion High-Tech, prêt de la BAD de 114 M$.
- Production de batteries LFP, avec un taux d’intégration locale de 70 %.
- L’Afrique de l’Ouest (Mali, Ghana, Côte d’Ivoire) dispose de lithium mais manque d’infrastructures.
Un projet aux dimensions industrielles inédites
La gigafactory de Kénitra produira des batteries lithium-fer-phosphate (LFP) avec une capacité initiale de 10 GWh, devant être portée à 100 GWh à terme. Elle créera plus de 600 emplois directs et vise un taux d'intégration locale de 70 %, avec la fabrication sur place de cathodes et d'anodes. Grâce au port de Tanger Med, 85 % de sa production est destinée au marché européen, livrable en 8 à 10 jours. Ce positionnement répond à l'interdiction des véhicules thermiques neufs dans l'Union européenne à partir de 2035.
L'Afrique de l'Ouest face à un nouveau modèle industriel
Bien que le Maroc ne soit pas membre de la CEDEAO, ce projet préfigure un nouveau modèle d'industrialisation sur le continent. Les pays d'Afrique de l'Ouest, notamment le Mali, le Ghana et la Côte d'Ivoire, disposent de réserves de lithium et autres minéraux critiques pour les batteries. Cependant, ils souffrent d'un déficit d'infrastructures et de stabilité politique pour attirer des investissements de cette envergure. La gigafactory pourrait créer une demande régionale en matières premières, mais aussi le risque de perpétuer une logique d'exportation de produits bruts si des chaînes de valeur locales ne sont pas développées en parallèle.
Les enseignements du contexte extractif régional
Les difficultés rencontrées par le projet Mozambique LNG, contraint à la force majeure en raison de l'insécurité, et la relance réussie du secteur pétrolier angolais grâce à des réformes structurelles illustrent les défis des méga-projets énergétiques en Afrique. La stabilité politique et la vision industrielle du Maroc contrastent avec ces expériences. L'implication de la BAD dans ce projet signale un recentrement stratégique vers la manufacture à valeur ajoutée, plutôt que le seul soutien aux filières extractives.
Souveraineté énergétique : entre promesses et interrogations
Le projet participe à la transition énergétique globale, mais soulève des questions de souveraineté : 85 % de la production est captée par l'Europe. Pour l'Afrique de l'Ouest, cela pose la question de l'accès à des batteries abordables pour électrifier les mobilités urbaines et rurales. À l'inverse, l'usine pourrait servir de catalyseur pour des industries locales de véhicules électriques, réduisant la dépendance aux importations de pétrole. L'enjeu est de savoir si des mécanismes régionaux, comme la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), pourront favoriser une redistribution intra-africaine de cette production.
Au-delà du Maroc, cette gigafactory pose la question de la place de l'Afrique dans les chaînes de valeur de la transition énergétique. Si elle confirme la capacité du continent à attirer des mégaprojets industriels, elle interroge aussi sur la répartition des bénéfices et la nécessité d'un marché intérieur régional suffisamment intégré pour retenir une part de la production. L'Afrique de l'Ouest, riche en matières premières mais en retard dans la transformation, observe ce précédent avec attention.