Dans le bassin minier de Gafsa, la mobilisation des habitants contre l'usage massif de l'eau par l'industrie du phosphate a pris une ampleur inédite depuis le 10 juillet 2026. Les coupures d'eau, qui peuvent durer une semaine, opposent les besoins vitaux des populations aux exigences d'une filière stratégique pour l'économie tunisienne. Ce conflit dépasse les frontières tunisiennes et éclaire les arbitrages complexes auxquels sont confrontés les États ouest-africains riches en ressources extractives.
L'eau, le phosphate et les habitants : une équation impossible ?
Depuis le 10 juillet 2026, le bassin minier de Gafsa est le théâtre d'un conflit d'usage autour de la ressource la plus vitale : l'eau.
Coupures d'eau pouvant durer jusqu'à une semaine. Les habitants bloquent les routes pour exiger une répartition équitable.
Les laveries de la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG) consomment quotidiennement des tonnes d'eau pour traiter le minerai.
Le conflit d'usage autour de l'eau s'inscrit dans une histoire longue de l'exploitation du phosphate dans la région.
Mobilisation d'une ampleur inédite : les habitants bloquent les routes pour exiger une répartition équitable de l'eau.
Coupures d'eau pouvant durer jusqu'à une semaine pour les 124 000 habitants du bassin minier.
L'eau qui va au phosphate... c'est nous qui en avons le plus besoin.
Ce conflit dépasse les frontières tunisiennes. Il éclaire les arbitrages complexes auxquels sont confrontés les États ouest-africains riches en ressources extractives : comment concilier exploitation minière stratégique et besoins vitaux des populations locales ?
Un conflit d'usage entre besoins vitaux des populations et exigences d'une filière stratégique pour l'économie tunisienne.
Des coupures d'eau pouvant durer une semaine pour les habitants de Métlaoui, Redeyef, Moularès et Mdhilla.
Un enjeu régional : les États ouest-africains riches en ressources extractives observent ce précédent tunisien.
Un impact environnemental : rejets d'eaux usées chargées de résidus dans un écosystème déjà fragile.
Un conflit d'usage autour d'une ressource vitale
À Métlaoui, dans le gouvernorat de Gafsa, une pancarte résume le malaise : « L'eau qui va au phosphate... c'est nous qui en avons le plus besoin ». Depuis le 10 juillet 2026, les habitants bloquent des routes pour exiger une répartition équitable de l'eau, alors que les laveries de la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG), propriété de l'État, consomment quotidiennement des tonnes d'eau pour traiter le minerai. Les eaux usées, chargées de résidus, sont ensuite rejetées dans un environnement déjà fragile, tandis que les 124 000 habitants du bassin minier — Métlaoui, Redeyef, Moularès et Mdhilla — subissent des coupures pouvant durer jusqu'à une semaine. Le phosphate, après son traitement, est transporté vers le Groupe chimique tunisien à Mdhilla pour y être transformé en engrais, un processus qui génère à son tour des eaux usées mal maîtrisées.
Ce conflit d'usage n'est pas nouveau : il s'inscrit dans une histoire longue de l'exploitation minière dans la région, où les bénéfices économiques n'ont que rarement profité aux populations locales. Mais il prend aujourd'hui une acuité particulière, alors que la Tunisie, comme d'autres pays de la région, cherche à accroître sa production de phosphate pour répondre à la demande mondiale d'engrais, dans un contexte de tensions sur les marchés internationaux.
Une filière stratégique sous pression
La Tunisie est le troisième producteur africain de phosphate, derrière le Maroc et l'Égypte. La CPG et le Groupe chimique tunisien sont des piliers de l'économie nationale, fournissant des devises et des emplois dans une région déjà marginalisée. Cependant, la gestion de l'eau dans le bassin minier révèle les limites d'un modèle extractif qui ne prend pas en compte les externalités environnementales et sociales. L'étude « L'avenir du développement dans le bassin minier : avec ou sans phosphate », publiée en 2021 par la Fondation Rosa-Luxemburg, avait déjà alerté sur la dépendance du bassin à une ressource en eau souterraine limitée et sur la nécessité de diversifier l'économie locale.
La situation de Gafsa fait écho à d'autres tensions dans la région ouest-africaine, où l'exploitation des ressources extractives se heurte souvent aux besoins des populations. Au Sénégal, le développement du gaz naturel GTA Sénégal Mauritanie production, dont le premier gaz est attendu pour 2024, soulève des questions similaires sur la répartition des revenus et la gestion des ressources en eau. De même, la production de pétrole Sénégal Sangomar production, qui a débuté en 2024, promet des recettes importantes mais aussi des défis environnementaux.
Une souveraineté énergétique en question
Le conflit de Gafsa illustre un paradoxe : les pays riches en ressources minières et énergétiques peinent souvent à assurer la souveraineté énergétique et hydrique de leurs propres citoyens. Alors que le phosphate est essentiel pour la sécurité alimentaire mondiale, son extraction ne doit pas se faire au détriment de l'accès à l'eau potable. Les blocages de routes à Gafsa sont un rappel que la légitimité des industries extractives dépend de leur capacité à intégrer les préoccupations locales.
Cette dynamique n'est pas propre à la Tunisie. Au Burkina Faso et au Mali, l'orpaillage illégal Burkina Faso Mali, qui échappe au contrôle des États, pose la question de la gouvernance des ressources et de la redistribution des bénéfices. Dans un contexte de raréfaction des ressources en eau et de changement climatique, les arbitrages entre exploitation minière et besoins essentiels des populations deviendront de plus en plus fréquents.
Une économie Sénégal actualité 20 août 2026
L'économie Sénégal actualité 20 août 2026 illustre cette tendance : Dakar mise sur ses ressources pétrolières et gazières pour accélérer sa croissance, mais doit aussi gérer les attentes de sa population en matière d'emplois et de services de base. Les leçons de Gafsa pourraient être utiles aux décideurs ouest-africains, qui cherchent à éviter que l'exploitation des ressources ne devienne une source de conflits.
Le mouvement social de Gafsa, bien que local, porte un message universel : la transition vers des économies durables passe par une gestion inclusive des ressources naturelles. Alors que la demande mondiale de phosphate ne cesse de croître, la Tunisie devra trouver un équilibre entre la rentabilité de sa filière et les droits de ses citoyens à l'eau et à un environnement sain.
Vers une redéfinition des modèles extractifs ?
Le cas de Gafsa pourrait inciter les gouvernements à repenser leurs politiques minières, en intégrant des critères environnementaux et sociaux plus stricts. La pression des communautés locales, combinée aux exigences des bailleurs de fonds et des marchés internationaux, pourrait accélérer cette évolution. Mais les résistances sont fortes, tant les intérêts économiques sont importants.
La question de l'eau dans le phosphate tunisien n'est pas un simple problème technique ; elle touche à la justice sociale et à la viabilité à long terme des industries extractives. Alors que la région ouest-africaine s'engage dans une exploitation accrue de ses ressources, les leçons de Gafsa résonnent comme un avertissement : sans une gouvernance inclusive, les ressources naturelles peuvent devenir une source de fragilité plutôt que de prospérité.
Loin de se limiter à un affrontement local entre une entreprise publique et des habitants, le conflit de Gafsa cristallise les contradictions des économies extractives ouest-africaines. Alors que le continent s'engage dans une nouvelle ère d'exploitation pétrolière et gazière, la gestion de l'eau et des ressources associées deviendra un test décisif pour la stabilité politique et sociale. La question posée par les manifestants tunisiens — qui doit bénéficier de la richesse du sous-sol ? — trouvera probablement un écho croissant dans toute la région, où les populations aspirent à des retombées tangibles de l'exploitation des ressources.