Le Sénégal et l'Algérie ont franchi une nouvelle étape dans leur coopération énergétique, avec l'annonce d'un rapprochement entre Sonatrach et Petrosen pour passer de la formation à l'investissement direct. Cette décision, prise lors de la rencontre entre les ministres Mohamed Arkab et Cheikh Niang, intervient alors que Dakar cherche à structurer son jeune secteur pétrolier pour en maximiser les retombées. Elle illustre la volonté du nouveau gouvernement sénégalais de diversifier ses partenariats et de renforcer sa souveraineté face aux majors occidentales.

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De la formation à l’investissement

Depuis 2022, l’axe énergétique Alger-Dakar se consolide progressivement. La récente rencontre à Alger entre le ministre algérien des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, et son homologue sénégalais de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères, Cheikh Niang, marque un saut qualitatif. Jusqu’ici, la coopération se limitait à la formation des cadres pétroliers – un accord signé en février 2026 entre l’Institut algérien du pétrole et l’Institut national du pétrole et du gaz du Sénégal. Désormais, le partenariat s’étend à l’investissement et au transfert d’expertise dans toute la chaîne de valeur : exploration, production, développement de gisements, raffinage et pétrochimie. Un signal fort pour un Sénégal qui veut structurer son industrie naissante.

Une stratégie de souveraineté

Cette montée en gamme du partenariat intervient dans un contexte politique et économique particulier. Le 25 mai 2026, Ahmadou Al Aminou Lo a été nommé Premier ministre, succédant à un gouvernement marqué par le discours souverainiste d’Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye. Le limogeage de l’ancien exécutif et la nouvelle feuille de route suggèrent une volonté d’accélérer l’exploitation des ressources nationales, tout en cherchant des partenaires alternatifs aux majors occidentales. En s’appuyant sur Sonatrach, un acteur étatique africain expérimenté, Dakar espère maximiser ses recettes pétrolières et renforcer son contrôle sur la filière.

Le Sénégal, entré dans le cercle des producteurs avec le champ Sangomar, doit relever le défi de la maîtrise technique et de la valorisation locale de sa production. Or, la coopération avec Alger offre un transfert de savoir-faire moins dépendant des conditions imposées par les compagnies occidentales. L’enjeu est double : construire une industrie pétrolière nationale capable de générer des emplois et des revenus, et s’insérer dans les chaînes de valeur régionales, notamment via le gaz naturel liquéfié.

Des défis à surmonter

Cependant, ce rapprochement n’est pas sans limites. Sonatrach, malgré son envergure, fait face à ses propres contraintes financières et techniques. Par ailleurs, le Sénégal doit composer avec ses engagements envers ses partenaires historiques – TotalEnergies, Woodside, Kosmos – qui restent centraux dans l’exploitation du gaz et du pétrole. L’équilibre à trouver entre la souveraineté affichée et les réalités contractuelles sera crucial. Enfin, la montée en puissance de la production sénégalaise intervient dans un contexte mondial marqué par la volatilité des prix du pétrole et les tensions géopolitiques – notamment autour du détroit d’Ormuz, qui influe sur les prévisions de prix.

L’axe Alger-Dakar s’inscrit dans une tendance plus large de coopération Sud-Sud dans le secteur énergétique africain. D’autres pays, à l’instar du Nigeria ou de l’Angola, développent des modèles similaires avec des partenaires émergents. Pour le Sénégal, ce virage algérien pourrait bien être la clé d’une insertion réussie dans l’économie pétrolière mondiale, à condition de conjuguer pragmatisme industriel et ambition souveraine.

L’approfondissement du partenariat entre Dakar et Alger ouvre la voie à une reconfiguration des alliances énergétiques en Afrique de l’Ouest. Le Sénégal, en misant sur un acteur étatique africain, interroge le modèle historique de sous-traitance aux majors. Restera à voir si cette stratégie permettra de concrétiser les promesses de développement et de redistribution des richesses pétrolières, dans un environnement régional où les ambitions souverainistes se heurtent souvent aux poids des contrats et aux réalités du marché.