Le 27 juillet 2026, le ministre sénégalais de l'Intégration africaine, Cheikh Niang, et son homologue algérien des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, ont scellé à Alger un renforcement de leur coopération dans le secteur pétrolier et gazier. La rencontre, qui a réuni les dirigeants de Sonatrach et Petrosen, vise à activer un mémorandum d'entente et à permettre au Sénégal de bénéficier de l'expertise algérienne, alors que le pays entre dans une nouvelle ère avec les premières productions du champ Sangomar. Ce rapprochement intervient dans un contexte régional marqué par la volatilité des prix du brut et les aspirations croissantes des États ouest-africains à contrôler leurs ressources.
Sénégal-Algérie : un axe pétrolier pour la souveraineté
Dakar mise sur l'expertise algérienne pour maîtriser sa nouvelle manne pétrolière, alors que le champ Sangomar entre en production.
Les acteurs du partenariat
Les clés du rapprochement
Dakar veut contrôler l'ensemble de la chaîne de valeur, de l'extraction à la commercialisation, en s'appuyant sur le savoir-faire algérien.
L'Algérie (Sonatrach) apporte son expérience en échange d'un accès aux nouvelles réserves sénégalaises et à la façade atlantique.
La coopération intervient dans un marché pétrolier instable, où les États ouest-africains cherchent à sécuriser leurs revenus.
« Ce partenariat va permettre au Sénégal de bénéficier de l'expertise algérienne pour asseoir sa souveraineté sur ses ressources. »
Contexte économique sénégalais
Selon la Banque mondiale et le FMI. Le déficit courant reflète les importations liées au développement pétrolier ; l'inflation maîtrisée offre une marge de manœuvre.
Un partenariat stratégique entre deux poids lourds africains
La rencontre entre Cheikh Niang et Mohamed Arkab ne se résume pas à un simple échange de courtoisies diplomatiques. Elle traduit une volonté commune d'élever les relations bilatérales au rang de partenariat stratégique, centré sur l'industrie des hydrocarbures. Les discussions ont porté sur l'ensemble de la chaîne de valeur : exploration, production, développement des champs, raffinage et pétrochimie. L'activation du mémorandum d'entente signé entre Sonatrach et Petrosen, évoqué dans le communiqué, ouvre la voie à des investissements croisés et à un transfert d'expertise significatif.
Le Sénégal cherche à capitaliser sur ses découvertes récentes
Pour le Sénégal, ce partenariat arrive à un moment décisif. Le pays a entamé la production de son champ pétrolier offshore Sangomar, une étape qui transforme son profil économique mais qui expose aussi à des défis techniques et de gouvernance. En se tournant vers l'Algérie, Dakar cherche à diversifier ses partenaires traditionnels, souvent des majors occidentales (Woodside, bp, etc.), et à renforcer sa capacité à gérer de manière autonome ses ressources. L'expertise algérienne en matière de raffinage et de pétrochimie est particulièrement recherchée, car le Sénégal aspire à ne pas se limiter à l'exportation de brut, mais à développer une industrie de transformation créatrice de valeur ajoutée.
Un contexte géopolitique et régional porteur
Cette dynamique s'inscrit dans un environnement régional plus large. Plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest, comme le Ghana et la Côte d'Ivoire, sont devenus producteurs de pétrole et de gaz, et cherchent à maximiser les retombées pour leurs économies. La volatilité des prix du brut, accentuée depuis mai 2026 par les perturbations du détroit d'Ormuz – évoquées dans les sources antérieures –, renforce la nécessité pour les États de sécuriser leurs revenus et de contrôler leurs chaînes d'approvisionnement. Par ailleurs, le climat politique sénégalais connaît des remous : après le limogeage du gouvernement et la nomination d'un nouveau Premier ministre en mai 2026, les autorités actuelles (sous la présidence de Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo) cherchent à rassurer sur leur capacité à gérer les ressources nationales de manière souveraine.
L'Algérie, un partenaire africain de poids
L'Algérie, de son côté, affirme son rôle de leader régional dans le secteur des hydrocarbures. Forte de son expérience historique avec Sonatrach, elle voit dans ce partenariat une opportunité d'étendre son influence en Afrique de l'Ouest, tout en diversifiant ses alliances dans un contexte de concurrence énergétique mondiale. Le timing est astucieux : alors que les prix du pétrole restent sous pression, Alger propose une coopération sud-sud qui évite les conditionnalités souvent associées aux partenaires occidentaux. Pour le Sénégal, c'est l'assurance de bénéficier d'un accompagnement technique tout en conservant la maîtrise de ses ressources.
Vers une souveraineté énergétique à l'africaine ?
Ce rapprochement illustre une tendance de fond en Afrique : la quête de souveraineté énergétique passe désormais par des partenariats intra-africains. Les nouveaux producteurs, comme le Sénégal, ne veulent plus se contenter d'un rôle de simple exportateur de matières premières. Ils aspirent à maîtriser toute la chaîne de valeur, de l'exploration à la distribution, en passant par le raffinage. L'exemple algérien, avec son modèle de compagnie nationale intégrée, sert de référence. Toutefois, ce chemin est semé d'embûches : la capacité à attirer les investissements, à former les talents locaux et à assurer une gestion transparente des revenus reste cruciale. La collaboration avec un acteur établi comme Sonatrach pourrait aider à relever ces défis, à condition que les intérêts des deux parties s'alignent sur le long terme.
Alors que le Sénégal multiplie les consultations – la rencontre avec Alger faisant suite à d'autres échanges avec des partenaires variés –, une question demeure : ce virage vers une coopération panafricaine dans les hydrocarbures peut-il inspirer d'autres États de la région ? Ou restera-t-il une expérience isolée, tributaire des aléas politiques et des fluctuations du marché mondial ? L'évolution des relations entre Sonatrach et Petrosen sera scrutée de près, car elle pourrait préfigurer un nouveau modèle de développement énergétique en Afrique de l'Ouest.