En mai 2026, les exportations de pétrole brut du Sénégal ont atteint 208,8 milliards de FCFA, détrônant l’or comme premier poste d’exportation. Cette bascule, portée par la montée en puissance du gisement Sangomar, intervient alors que les ventes d’or chutent de près de 60 % sur un mois. Si la balance commerciale s’améliore nettement sur un an, le solde mensuel redevient négatif, révélant les fragilités d’une économie encore très dépendante des cours des matières premières.

Infographie — Pétrole · Sénégal

Les données publiées par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) pour le mois de mai 2026 confirment un changement structurel dans le profil exportateur sénégalais. Avec 208,8 milliards de FCFA, le pétrole brut représente désormais près de 40 % des ventes à l’étranger du mois, loin devant l’or (59,6 milliards) et les produits pétroliers raffinés (50,9 milliards). Cette progression de 50 % par rapport à avril est directement liée à la montée en cadence du champ Sangomar, dont la production commerciale a débuté en juin 2024 après plusieurs années de retard.

Cette évolution s’inscrit dans une tendance plus large observée depuis le début de l’année 2026. Le cumul des exportations à fin mai atteint 2 629,6 milliards de FCFA, en hausse de 13,1 % par rapport à la même période en 2025. Parallèlement, les importations reculent de 13 % sur la même base, à 2 629,9 milliards de FCFA. Le déficit commercial cumulé n’est plus que de 0,3 milliard de FCFA, contre près de 700 milliards un an plus tôt. Une amélioration spectaculaire qui doit toutefois être nuancée par la volatilité mensuelle.

Le recul des exportations d’or – de 144,3 milliards en avril à 59,6 milliards en mai – illustre les aléas du secteur minier artisanal et semi-industriel, soumis à des variations de production et de prix. Les ventes de gaz naturel liquéfié (GNL) ont également fléchi, passant de 21,1 à 15,1 milliards de FCFA, tandis que les cigarettes, autre produit d’exportation notable, chutaient de 9,9 à 2 milliards. En revanche, l’acide phosphorique a progressé, confirmant la résilience du secteur des engrais.

Souveraineté énergétique et défis fiscaux

L’essor du pétrole brut pose la question de la transformation locale et de la valorisation sur le marché régional. Le Sénégal, membre de la CEDEAO, exporte actuellement l’essentiel de sa production vers les marchés asiatiques et européens. Pourtant, les capacités de raffinage régionales restent limitées, et la dépendance aux importations de produits pétroliers demeure forte. Les 50,9 milliards de FCFA d’exportations de produits raffinés en mai ne suffisent pas à couvrir les besoins intérieurs.

Sur le plan budgétaire, les recettes pétrolières commencent à alimenter les caisses de l’État, mais les mécanismes de fiscalité – partage de production, impôt sur les sociétés, redevances – ne produiront leurs pleins effets qu’à moyen terme. La révision du code pétrolier en 2025 a relevé la part de l’État dans les contrats, mais les investisseurs, notamment Woodside Energy, opérateur de Sangomar, bénéficient de clauses de stabilisation.

Regard régional et géopolitique

Cette montée en puissance du pétrole sénégalais intervient dans un contexte ouest-africain marqué par l’entrée en production du champ Grand Tortue Ahmeyim, à cheval entre le Sénégal et la Mauritanie. Les deux pays misent sur le GNL pour renforcer leur poids énergétique régional, alors que le Ghana et la Côte d’Ivoire voient leur production décliner. La coopération gazière avec la Mauritanie, via l’exploitation commune du gisement, illustre les enjeux de souveraineté partagée.

La baisse des exportations d’or n’est pas anodine dans un espace où l’orpaillage illégal et le financement du terrorisme sont des préoccupations sécuritaires. Au Sahel, la production d’or échappe souvent au contrôle étatique, et le recul des recettes officielles pourrait refléter une réorientation des flux vers des circuits informels.

Enfin, la question de la gestion des revenus pétroliers reste centrale. Le Sénégal a adopté une loi sur la transparence des recettes extractives et adhère à l’ITIE, mais la société civile et les partenaires techniques appellent à une utilisation prudente des fonds. Les leçons du Nigeria et de l’Angola – où l’abondance pétrolière n’a pas toujours profité au développement – sont régulièrement invoquées.

Les données de mai 2026 confirment que le pétrole est devenu le moteur des exportations sénégalaises, mais cette nouvelle donne pose des défis de diversification et de transformation locale. Alors que le solde commercial cumulé s’améliore, la volatilité mensuelle rappelle que la santé économique du pays reste tributaire des cours mondiaux. La gestion des recettes pétrolières et l’intégration régionale énergétique seront les clés pour éviter le syndrome hollandais et faire de cette manne un levier de développement durable.