En octobre 2025, le Sénégal a enregistré un excédent commercial de 34,5 milliards de FCFA, une inversion spectaculaire après un déficit de 81,9 milliards le mois précédent. Cette performance est portée par le doublement des ventes de pétrole brut, désormais première exportation du pays. Pourtant, ce bond révèle à la fois l'émergence d'une économie extractive et la persistance de déséquilibres structurels.

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Le bulletin mensuel de l'Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) confirme une tendance qui se dessinait depuis la mise en production du champ Sangomar en juin 2024. Les exportations sénégalaises ont bondi de 63,7 % sur un mois, atteignant 688,7 milliards de FCFA fin octobre 2025, tirées par trois piliers : le pétrole brut (215,6 milliards de FCFA), les produits raffinés (150,1 milliards) et l'or non monétaire (145,5 milliards). Ce dernier a vu sa valeur tripler, signalant une montée en puissance du secteur minier parallèlement aux hydrocarbures.

Un excédent fragile

Cet excédent commercial de 34,5 milliards de FCFA, le premier depuis plusieurs mois, ne doit pas masquer les vulnérabilités. Les exportations de poissons frais de mer ont chuté à 10,8 milliards de FCFA, et celles de ciment hydraulique à 7,2 milliards, illustrant la difficulté des filières traditionnelles à maintenir leur compétitivité face à l'afflux de ressources extractives. Sur un an, la hausse des exportations atteint 93,5 %, un rythme qui interroge sur la durabilité du modèle : le Sénégal devient-il un « pays-mine » au détriment de sa diversification économique ?

L'essor du secteur extractif, entre promesses et risques géopolitiques

Le bond des exportations pétrolières coïncide avec la première phase de production du champ Sangomar, opéré par Woodside, et l'arrivée prochaine du gaz de Grand Tortue Ahmeyim. Le Sénégal est en train de rejoindre le cercle des producteurs ouest-africains, aux côtés du Nigeria, du Ghana et de la Côte d'Ivoire. Mais cette entrée intervient dans un contexte de volatilité des cours du brut et de transition énergétique mondiale. Les autorités sénégalaises, qui misent sur un modèle de financement endogène pour le gaz — comme le suggérait un article de Sanslimitesn en mai 2026 — tentent de préserver une souveraineté que l'arrivée des majors pourrait fragiliser.

Le triplement des exportations d'or non monétaire ajoute une autre dimension : le pays exploite ses ressources aurifères à un rythme accéléré, grâce notamment à la mine de Sabodala-Massawa. Cette double manne — or et pétrole — offre une fenêtre de tir pour financer des infrastructures et des programmes sociaux, mais expose aussi le Sénégal aux retournements des marchés de matières premières.

La méforme des secteurs traditionnels rappelle que le « tout-extractif » n'est pas une panacée. La pêche et le ciment, longtemps piliers des exportations, souffrent de la concurrence régionale et de la baisse de la demande. Le Sénégal doit donc gérer une transition économique délicate : utiliser les revenus pétroliers pour moderniser ces filières tout en évitant la malédiction des ressources qui a frappé d'autres pays africains.

Le défi de la répartition des richesses

Au-delà des chiffres macroéconomiques, la question de la redistribution se pose. L'excédent commercial, s'il améliore les réserves de change, ne garantit pas une amélioration des conditions de vie des Sénégalais. La part des recettes pétrolières allouée au budget national via le Fonds intergénérationnel est encore faible. Les débats sur la gestion des revenus extractifs animent la scène politique, alors que le pays s'apprête à organiser des élections en 2027.

Le Sénégal vit un moment charnière : l'émergence d'un secteur pétrolier et minier capable de transformer sa balance commerciale. Mais cette transformation rapide pose des questions de fond sur la durabilité du modèle de développement, la diversification économique et la souveraineté face aux investisseurs étrangers. L'excédent d'octobre 2025 est un signal fort, mais il ne doit pas faire oublier la nécessité d'une gestion prudente et inclusive des ressources naturelles. À l'échelle ouest-africaine, le pays rejoint un groupe de producteurs où la concurrence pour attirer les capitaux et maîtriser les chaînes de valeur s'intensifie, dans un contexte de transition énergétique mondiale qui pourrait redessiner la carte des rentes.