La fermeture du détroit d'Ormuz a réduit d'un tiers la production gazière du Moyen-Orient, perturbant les exportations de GNL du Qatar et des Émirats arabes unis. Selon le dernier rapport mensuel du Forum des pays exportateurs de gaz (GECF), les importations mondiales de GNL ont reculé de 2,9 % en juin, avec une chute de 21 % des achats européens. Dans ce contexte de resserrement de l'offre, les projets de GNL en Afrique de l'Ouest, notamment le Grand Tortue Ahmeyim (GTA) entre le Sénégal et la Mauritanie, pourraient voir leur attractivité renforcée.
Un choc d'offre sans précédent depuis la guerre en Ukraine
La crise du détroit d'Ormuz a provoqué une onde de choc sur les marchés mondiaux du gaz. En immobilisant près de 160 méthaniers et en allongeant les routes maritimes via le cap de Bonne-Espérance, elle a fait bondir les coûts de transport et les primes d'assurance. Le GECF estime que l'offre mondiale de GNL a été amputée d'environ un cinquième. Cette baisse n'a été que partiellement compensée par une hausse de 3,3 % de la production américaine sur un an. L'Europe, déjà fragilisée par la réduction des approvisionnements russes depuis 2022, subit de plein fouet la raréfaction des cargaisons. Selon le rapport, les importations européennes de GNL ont plongé de 21 % en glissement annuel en juin.
L'Asie capte les cargaisons disponibles
Parallèlement, les cargaisons de GNL ont été redirigées vers les marchés asiatiques, où les prix sont plus élevés. Les importations asiatiques ont ainsi renoué avec la croissance pour la première fois depuis février, tirées par la Chine, l'Inde, l'Indonésie, la Thaïlande et le Vietnam. Cette concurrence entre bassins de consommation accentue la pression sur les prix et les volumes. Pour les pays africains producteurs, ce rééquilibrage des flux constitue une aubaine potentielle, à condition de pouvoir monter en puissance rapidement.
Les projets ouest-africains en première ligne
Dans ce paysage tendu, l'Afrique de l'Ouest dispose de ressources gazières encore largement inexploitées. Le champ de Grand Tortue Ahmeyim (GTA), situé à la frontière maritime du Sénégal et de la Mauritanie, est l'un des projets les plus avancés. Développé par BP, Kosmos Energy, la Société des Pétroles du Sénégal (Petrosen) et la Société Mauritanienne des Hydrocarbures (SMH), il vise une capacité de 2,5 millions de tonnes par an (Mtpa) dans une première phase, avec un potentiel d'extension à 10 Mtpa. Le projet Sangomar, opéré par Woodside, est pour sa part un champ pétrolier, mais il produit également du gaz associé. Toutefois, les infrastructures de liquéfaction à terre ou en mer restent à finaliser.
Des délais et des coûts historiquement élevés
Les projets gaziers ouest-africains ont connu des retards et des dépassements budgétaires récurrents. GTA, dont la mise en service était initialement prévue en 2022, a vu son calendrier glisser en raison de la complexité technique du gisement et des disruptions liées à la pandémie et à la guerre en Ukraine. Les investisseurs ont fait preuve de prudence, notamment face aux incertitudes fiscales et réglementaires dans la région. La crise actuelle pourrait toutefois modifier leur perception du risque. Avec des prix du GNL qui restent élevés et une demande mondiale qui ne faiblit pas, la rentabilité des projets s'améliore.
Une fenêtre à ne pas manquer
Si le Sénégal et la Mauritanie parviennent à accélérer leurs programmes de développement gazier, ils pourraient capter une partie des parts de marché perdues par le Moyen-Orient. La proximité géographique avec l'Europe, couplée à une stabilité politique relative par rapport à d'autres régions productrices, constitue un atout. Cependant, les défis demeurent : il faut finaliser les financements, sécuriser les contrats d'achat à long terme et éviter les dérives budgétaires. La compétition avec d'autres fournisseaux émergents, comme le Mozambique ou la Tanzanie, est également rude.
Une évolution temporelle notable
Il y a deux mois, en mai 2026, le débat sur le pétrole sénégalais était dominé par les anticipations de hausse des prix du Brent liées à la menace sur Ormuz. Aujourd'hui, la crise est devenue une réalité tangible, confirmée par les chiffres du GECF. L'attention se déplace désormais des prix du pétrole vers la sécurité d'approvisionnement en gaz. Pour le Sénégal, qui ambitionne de devenir un acteur régional de l'énergie, le moment est crucial. La capacité à transformer cette opportunité en projets concrets dépendra de la rapidité d'exécution et de la coopération entre États et opérateurs privés.
La crise d'Ormuz rappelle brutalement la vulnérabilité des chaînes d'approvisionnement énergétiques mondiales face aux risques géopolitiques. Pour l'Afrique de l'Ouest, elle offre une occasion de repositionner ses ressources gazières comme un complément crédible aux sources traditionnelles. Reste à savoir si les décideurs sauront saisir cette fenêtre avant qu'elle ne se referme, avec la fin potentielle des tensions ou l'émergence d'autres concurrents.