Le rapport 2025 de la GOGLA révèle que les ventes de kits solaires hors réseau en Afrique subsaharienne ont bondi de 15% en 2025, portées par le modèle Pay As You Go. En Afrique de l'Ouest, cette tendance interroge les stratégies des États, traditionnellement centrées sur les grands barrages et les centrales thermiques. Entre désenclavement énergétique des zones rurales et remise en cause des monopoles publics, le secteur extractif, gros consommateur d'électricité, suit de près cette évolution.
Solaire hors‑réseau : le bond ouest‑africain
Le modèle Pay‑As‑You‑Go (PAYG) fait exploser les ventes de kits solaires en Afrique subsaharienne. En Afrique de l’Ouest, la croissance interroge les stratégies électriques historiques des États.
⚡ Pay‑As‑You‑Go : levier d’inclusion
⚖️ Le paradoxe ouest‑africain
Grands barrages, centrales thermiques, monopoles publics
Désenclavement rural, remise en cause des monopoles, intérêt du secteur extractif
⛏️ Secteur extractif (or, pétrole) : gros consommateur d’électricité, suit de près l’évolution du solaire hors‑réseau.
Un marché en pleine accélération
Selon le rapport « The 2025 Global Off-Grid Solar Market Report » publié le 1er juin par la Global Off-Grid Lighting Association (GOGLA), les ventes de kits solaires hors réseau en Afrique subsaharienne ont atteint 9,26 millions d'unités en 2025, soit une croissance de 15 % par rapport à 2024 et de 29 % comparativement à 2023. Si l'Afrique de l'Est reste le principal moteur (7,43 millions de kits vendus, +13 %), l'Afrique de l'Ouest émerge comme un marché dynamique porté par des contextes nationaux où le déficit d'accès à l'électricité reste criant. Le rapport souligne un net recul des ventes au comptant (-10 % en Afrique de l'Est) et un essor fulgurant du modèle de paiement « Pay As You Go » (PAYG), qui a bondi de 45 % dans cette même sous-région.
Le PAYG, levier d'inclusion et de transformation
Le modèle PAYG permet aux ménages et petites entreprises d'acquérir un kit solaire sans avance de capital, en payant par petits montants via mobile money. Cette innovation financière réduit la barrière du coût initial et sécurise les revenus des fournisseurs. En Afrique de l'Ouest, où la bancarisation reste limitée mais le mobile money est largement adopté (notamment au Ghana, au Nigeria, en Côte d'Ivoire), le PAYG s'impose comme un outil d'extension rapide de l'accès à l'électricité, en particulier dans les zones rurales et périurbaines que les réseaux nationaux peinent à atteindre.
Une rupture avec les modèles traditionnels
Les États ouest-africains ont longtemps misé sur des infrastructures centralisées : barrages hydroélectriques (comme Souapiti en Guinée) et centrales thermiques. Si ces projets restent essentiels pour la fourniture de base, ils souffrent de délais de réalisation longs, de coûts élevés et de vulnérabilités climatiques ou géopolitiques. Le solaire hors réseau, déployé rapidement et à moindre coût, offre une alternative flexible. Cependant, il fragmente le marché et réduit la base de clients payants des compagnies publiques d'électricité, déjà en proie à des pertes techniques et commerciales.
Enjeux pour le secteur extractif
Les industries minières et pétrolières, grandes consommatrices d'électricité, sont particulièrement attentives à ces évolutions. Dans des pays comme le Burkina Faso, le Mali ou le Ghana, les mines d'or dépendent souvent de groupes électrogènes au diesel, coûteux et polluants. Le solaire hors réseau, couplé à du stockage, peut améliorer leur autonomie et réduire leurs coûts énergétiques. Mais il pourrait aussi affaiblir la demande adressée aux réseaux nationaux, privant les États de revenus issus de la vente d'électricité aux grands comptes.
Souveraineté et dépendance technologique
Le boom du solaire hors réseau pose aussi la question de la souveraineté énergétique. La majorité des équipements (panneaux, batteries, compteurs intelligents) est importée, principalement de Chine. Les États ouest-africains, qui cherchent à diversifier leurs partenaires et à créer des filières locales, doivent arbitrer entre accélération de l'accès et maîtrise industrielle. La CEDEAO, à travers ses politiques régionales, tente d'harmoniser les normes et de favoriser l'émergence d'un marché intégré, mais les progrès restent lents.
Perspectives pour la région
Le rapport GOGLA ne fournit pas de données spécifiques à l'Afrique de l'Ouest, mais les tendances globales suggèrent une adoption croissante. Le PAYG pourrait continuer de se développer, porté par l'innovation fintech et la baisse des coûts des équipements. Cependant, la durabilité du modèle dépend de la fiabilité des systèmes de paiement, de la maintenance des kits et de la gestion des déchets solaires. Sans cadre réglementaire adapté, le risque de saturation ou de défaillances techniques est réel.
Un défi pour les politiques publiques
Les gouvernements doivent repenser leur rôle. Plutôt que de concurrencer le hors réseau, ils pourraient l'intégrer dans une planification énergétique globale, par exemple en subventionnant les kits pour les ménages les plus pauvres ou en imposant des normes de qualité. La coexistence des réseaux centralisés et décentralisés est inévitable ; l'enjeu est d'en faire une synergie, pas une opposition. Le secteur minier, souvent considéré comme un moteur de croissance, pourrait être un pionnier de cette hybridation.
La révolution du Pay As You Go dans le solaire hors réseau n'est pas qu'une histoire de technologie ou de marché : elle redessine les contours de la souveraineté énergétique en Afrique de l'Ouest. En décentralisant la production, elle transfère une partie du pouvoir des États vers les consommateurs et les entreprises privées. La question reste ouverte de savoir si les États sauront accompagner cette transition sans perdre le contrôle stratégique de leur secteur énergétique, ni compromettre les investissements nécessaires à l'industrialisation et à la compétitivité régionale.