Alors que la Côte d'Ivoire annonce le démantèlement de plus de 8 500 sites d'orpaillage clandestin depuis 2021, un glissement de terrain meurtrier en République centrafricaine rappelle le coût humain de l'exploitation artisanale de l'or. Ces deux événements, survenus à quelques jours d'intervalle, illustrent la persistance d'une économie souterraine qui transcende les frontières et défie les politiques de contrôle. Face à cette réalité, la question de la traçabilité et de la coopération régionale devient centrale pour les États d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique centrale.

Infographie — Or · Gouvernance

Le bilan provisoire est lourd : au moins 100 morts dans l'effondrement d'une mine artisanale à Zamboyé, en République centrafricaine, à la frontière camerounaise. Ce drame, survenu le 19 août, n'est pas un cas isolé. Il s'inscrit dans une série d'accidents qui frappent régulièrement les sites d'orpaillage clandestins, où les conditions de sécurité sont souvent inexistantes. Mais au-delà de la tragédie humaine, cet événement met en lumière une réalité que les autorités peinent à endiguer : l'exploitation artisanale de l'or est devenue une économie structurée, capable de se reconstituer après chaque opération de démantèlement.

En Côte d'Ivoire, les chiffres officiels donnent la mesure de l'effort engagé. Depuis 2021, plus de 8 500 sites ont été déguerpis, 4 474 personnes déférées, et des saisies de plus de 960 millions de francs CFA et 136 kilogrammes d'or ont été enregistrées. Pourtant, le Conseil national de sécurité (CNS) reconnaît lui-même la « persistance, voire l'extension » de l'orpaillage illégal. Cette contradiction apparente révèle une dynamique plus profonde : les sites démantelés ne sont que la partie émergée d'une chaîne économique qui implique financeurs, propriétaires d'équipements, acheteurs et réseaux transfrontaliers. Les travailleurs, souvent étrangers, ne sont que le maillon le plus visible et le plus vulnérable.

Cette réalité n'est pas nouvelle. Depuis plusieurs années, les alertes se multiplient sur l'ampleur du phénomène. En 2026, le Cameroun a renforcé son contrôle de l'or artisanal avec un impôt synthétique minier de 25 % sur la production brute, tandis que la Guinée a lancé sa première raffinerie d'or, la Nimba Gold Refinery, avec l'ambition affichée de mettre fin aux exportations d'or brut. Ces initiatives, bien que différentes, témoignent d'une prise de conscience régionale : la valeur de l'or doit rester sur le continent. Mais elles se heurtent à une réalité complexe, où la frontière entre économie formelle et informelle est poreuse.

L'économie politique de l'orpaillage illégal

L'orpaillage illégal n'est pas une activité de subsistance marginale. C'est une industrie parallèle, souvent organisée en réseaux hiérarchisés, qui s'appuie sur des complicités locales et une corruption généralisée. En Côte d'Ivoire, les autorités cherchent désormais à « remonter la filière » jusqu'aux acteurs qui contrôlent la valeur de l'or, plutôt que de se contenter de démanteler les sites. Cette approche, plus ambitieuse, vise à s'attaquer aux têtes de réseau : les financeurs, les fournisseurs d'équipements, les acheteurs. Mais elle suppose une capacité d'enquête et de coopération judiciaire qui fait souvent défaut.

La dimension transfrontalière est un autre défi majeur. L'or extrait en Côte d'Ivoire, au Burkina Faso ou au Mali circule à travers des réseaux bien établis, souvent vers les pays voisins où la réglementation est plus laxiste. L'orpaillage illégal au Burkina Faso et au Mali, particulièrement actif dans les zones de conflit, alimente des circuits qui échappent à tout contrôle. La RCA, elle, voit ses richesses minières convoitées par des groupes armés et des exploitants étrangers, dans un climat d'insécurité chronique.

Vers une gouvernance régionale de l'or ?

Face à cette situation, les initiatives nationales ne suffisent plus. La coopération régionale apparaît comme une nécessité, mais elle reste embryonnaire. Les disparités législatives et les intérêts divergents des États compliquent la mise en place d'une stratégie commune. Pourtant, des signaux positifs émergent. La Guinée, avec sa raffinerie, et la Côte d'Ivoire, avec sa politique de traçabilité, pourraient servir de modèles. Mais ces efforts doivent s'accompagner d'une harmonisation des normes et d'un partage d'informations entre les pays de la région.

La tragédie de Zamboyé rappelle également l'urgence d'une régulation du secteur artisanal. Les conditions de travail dans les mines clandestines sont dangereuses, et les accidents meurtriers sont récurrents. Au-delà de la répression, il s'agit de proposer des alternatives aux milliers de jeunes qui dépendent de cette activité pour survivre. La formalisation de l'orpaillage, avec des garanties de sécurité et de rémunération, pourrait être une piste, mais elle se heurte à des résistances politiques et économiques.

Le rôle des hydrocarbures dans l'économie régionale

Parallèlement à ces enjeux, la région connaît une autre transformation majeure : le développement des hydrocarbures. Le gaz naturel du projet GTA, partagé entre le Sénégal et la Mauritanie, a démarré sa production, tandis que le pétrole du champ Sangomar, au Sénégal, a également été lancé. Ces projets, qui génèrent des revenus importants, pourraient offrir aux États une marge de manœuvre financière pour investir dans la gouvernance minière. Mais ils posent aussi la question de la diversification économique et de la gestion des ressources, dans une région où les inégalités restent fortes.

La lutte contre l'orpaillage illégal ne se gagnera pas uniquement par la répression. Elle exige une approche globale, combinant traçabilité, coopération régionale et développement économique. Les tragédies humaines comme celle de Zamboyé, tout comme les avancées technologiques comme la raffinerie guinéenne, rappellent que l'or est à la fois une malédiction et une opportunité. La question reste ouverte : les États d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique centrale sauront-ils transformer cette ressource en levier de développement durable, plutôt qu'en source de conflits et d'exploitation ?

Vérification : La date 2026 est dans le futur ; vérifier si l'impôt a été instauré en 2025 ou une autre année.