Le glissement de terrain survenu le 18 août 2026 dans la mine d'or artisanale de Zamboyé, à l'ouest de la République centrafricaine, a fait au moins une centaine de morts, selon des sources locales. Cet accident, survenu quelques semaines après un autre drame à Bé-Mbari, met en lumière les risques humains persistants d'une exploitation aurifère largement informelle. Alors que les productions industrielles de pétrole et de gaz se développent au Sénégal et en Mauritanie, l'or artisanal demeure un angle mort des politiques de régulation en Afrique de l'Ouest.
La tragédie de Zamboyé : le prix humain de l'or artisanal
Glissement de terrain meurtrier dans une mine informelle, révélateur d'un secteur sans filet de sécurité.
Selon des sources locales, le glissement de terrain du 18 août 2026 a fait au moins une centaine de victimes. Un bilan encore incertain, entre 40 et plus de 100 morts, faute de contrôle étatique.
Une série noire dans la sous-région
Bé-Mbari (RCA)
Effondrement d'une mine près de la frontière camerounaise : plusieurs dizaines de morts.
Zamboyé (RCA)
Glissement de terrain : au moins 100 morts, dont 4 Camerounais. Opérations de sauvetage en cours.
Les failles d'un secteur en plein essor
Déficit de contrôle étatique
Sites souvent clandestins, sans équipement de sécurité, où évoluent des centaines de travailleurs.
Bilans incertains
Les autorités locales évoquent des chiffres allant d'une quarantaine à plus d'une centaine de victimes.
Main-d'œuvre transfrontalière
Au moins 4 ressortissants camerounais parmi les victimes, illustrant une mobilité régionale non encadrée.
Une zone frontalière à risque
Le paradoxe ouest-africain
Alors que les productions industrielles de pétrole et de gaz se développent au Sénégal et en Mauritanie, l'or artisanal demeure un angle mort des politiques de régulation en Afrique de l'Ouest. Un secteur informel qui échappe aux statistiques officielles et aux normes de sécurité, malgré son importance économique locale.
Le drame de Zamboyé, survenu à environ 50 kilomètres de Baboua, dans le département de Nana-Mambéré, s'inscrit dans une série noire qui touche l'ensemble de la sous-région. Selon les témoignages recueillis par l'AFP, l'effondrement de plusieurs galeries souterraines a enseveli des dizaines de mineurs, dont au moins quatre ressortissants camerounais. Les opérations de sauvetage, entamées mardi après-midi, se poursuivaient mercredi, alors que le bilan restait incertain, les autorités locales évoquant des chiffres allant d'une quarantaine à plus d'une centaine de victimes. Cette incertitude illustre le déficit chronique de contrôle étatique sur des sites souvent clandestins, où évoluent des centaines de travailleurs sans équipement de sécurité.
Cet accident n'est pas un cas isolé. Mi-juin, l'effondrement d'une mine à Bé-Mbari, également proche de la frontière camerounaise, avait déjà causé plusieurs dizaines de morts. Cette répétition de tragédies dans une zone pourtant riche en ressources minières interroge les politiques publiques des États concernés. En RCA, comme au Burkina Faso ou au Mali, l'orpaillage illégal s'est intensifié ces dernières années, porté par la hausse des cours du métal jaune et la précarisation des populations rurales. Les gouvernements, souvent confrontés à des crises sécuritaires et politiques, peinent à encadrer ces activités, qui échappent largement aux circuits formels.
La situation centrafricaine résonne particulièrement en Afrique de l'Ouest, où la fièvre de l'or artisanal s'est propagée. Au Burkina Faso et au Mali, l'orpaillage illégal alimente des économies parallèles, parfois liées à des groupes armés, tout en privant les États de recettes fiscales substantielles. Les tentatives de formalisation, comme la création de coopératives minières ou l'instauration de zones d'exploitation dédiées, se heurtent à la réalité du terrain : des sites isolés, des populations vulnérables et des capacités administratives limitées. La tragédie de Zamboyé rappelle que derrière les chiffres de production aurifère, souvent mis en avant par les gouvernements pour attirer les investisseurs, se cachent des conditions de travail dangereuses et une absence criante de normes de sécurité.
Un contraste saisissant avec l'essor des hydrocarbures côtiers
Ce drame intervient alors que la région connaît par ailleurs un développement rapide de ses ressources extractives industrielles. Au Sénégal, la production de pétrole sur le champ de Sangomar a atteint des niveaux records en 2026, marquant une étape clé pour l'économie nationale. De même, le gaz naturel du projet GTA, exploité conjointement par le Sénégal et la Mauritanie, a démarré sa production commerciale, ouvrant de nouvelles perspectives de revenus pour les deux pays. Ces projets, portés par de grands groupes internationaux, sont soumis à des normes environnementales et de sécurité strictes, et génèrent des revenus significatifs pour les États, qui les réinvestissent dans des infrastructures publiques.
Ce contraste entre l'exploitation industrielle des hydrocarbures et l'exploitation artisanale de l'or illustre les deux visages de l'extractivisme en Afrique de l'Ouest. D'un côté, une filière moderne, encadrée, source de devises et de croissance ; de l'autre, une filière informelle, dangereuse, qui échappe aux statistiques officielles et aux protections sociales. Les gouvernements de la région, qui multiplient les discours sur la diversification économique, peinent à réconcilier ces deux réalités. La question de la gouvernance des ressources minières artisanales demeure un défi majeur, que les récents accidents ne font que souligner avec une tragique éloquence.
Une évolution qui appelle une prise de conscience régionale
L'évolution récente montre que les cours de l'or, soutenus par les incertitudes économiques mondiales, continuent d'attirer des milliers de jeunes vers les mines artisanales, souvent au mépris de leur sécurité. Les initiatives de formalisation, comme le Programme de développement du secteur minier en Afrique de l'Ouest, soutenu par la Banque mondiale, peinent à produire des résultats tangibles. La tragédie de Zamboyé pourrait servir de catalyseur pour une réflexion régionale sur la sécurité des mines artisanales, à l'instar de ce qui a été fait dans certains pays d'Amérique latine. Mais sans volonté politique forte et sans moyens accrus, ces drames risquent de se reproduire, jetant une ombre sur le potentiel économique de l'or ouest-africain.
La frontière entre RCA et Cameroun, où se trouve Zamboyé, est emblématique de ces zones grises où l'État est peu présent. Les mineurs, souvent issus de communautés locales ou de pays voisins, travaillent dans des conditions extrêmes pour un gain souvent modeste. Les autorités, elles, sont tiraillées entre la nécessité de lutter contre l'exploitation illégale et le risque de priver des populations entières de leurs moyens de subsistance. Cette complexité exige des réponses nuancées, qui prennent en compte les réalités sociales et économiques locales, plutôt que des mesures répressives qui pourraient aggraver la précarité.
Alors que la production de pétrole et de gaz transforme les économies côtières de la région, l'or artisanal demeure un secteur oublié des politiques publiques. La tragédie de Zamboyé pose une question fondamentale : comment concilier le potentiel économique des ressources minières avec la sécurité et la dignité des travailleurs ? La réponse déterminera en grande partie la stabilité sociale et la crédibilité des gouvernements ouest-africains face à leurs citoyens et à la communauté internationale.