Le groupe minier Endeavour Mining a présenté à Abidjan son premier Rapport d'impact pays, faisant état d'une contribution de 1 710 milliards de FCFA à l'économie ivoirienne entre 2021 et 2025. Ce document, qui détaille les retombées des mines d'Ity et de Lafigué, intervient dans un contexte où l'or devient un pilier stratégique pour plusieurs États ouest-africains, tandis que les infrastructures régionales – du port de Lomé aux barrages hydroélectriques – peinent à suivre le rythme de la croissance minière.

Infographie — Or · Production

Une contribution massive aux finances publiques et au tissu local

Le rapport décompose cette somme en 644 milliards de FCFA versés à l'État ivoirien sous forme d'impôts, redevances et dividendes, et 904 milliards consacrés aux achats auprès de fournisseurs nationaux. Ces chiffres confirment la place centrale du secteur aurifère dans l'économie ivoirienne, mais posent aussi la question de la répartition des bénéfices. Endeavour revendique 1 350 salariés directs dont 94 % d'Ivoiriens, et plus de 600 fournisseurs locaux, s'inscrivant dans une politique de contenu local qui gagne du terrain en Afrique de l'Ouest.

L'or, moteur ou frein de la souveraineté énergétique ?

L'exploitation minière est vorace en énergie. En Côte d'Ivoire, les mines d'Ity et de Lafigué dépendent en partie du réseau national, déjà sous tension. Paradoxalement, les recettes générées par l'or pourraient financer les investissements énergétiques dont la région a besoin. Le récent lancement d'un programme de formation d'ingénieurs au pied du barrage de Souapiti, en Guinée, illustre cette volonté de créer une synergie entre extraction minière et production hydroélectrique. Pourtant, comme le montre la persistance des centrales thermiques au Togo, la transition énergétique reste inachevée : les compagnies minières continuent de recourir à des solutions fossiles coûteuses.

Le contenu local comme levier d'intégration régionale

Avec 4 390 prestataires et 600 fournisseurs locaux, Endeavour participe à l'émergence d'un tissu industriel sous-traitant. Cette dynamique fait écho au « Pacte d'avenir » en six piliers dévoilé par la Cedeao en mai 2026, qui vise à consolider l'intégration économique. Le port de Lomé, hub logistique clé pour l'exportation de l'or, a traité plus de 30 millions de tonnes en 2024, confirmant son rôle de plaque tournante. Mais la dépendance à un seul opérateur minier expose le pays aux fluctuations du cours de l'or et aux décisions stratégiques du groupe.

Un modèle reproductible ? Les défis de la gouvernance

Les 12 milliards de FCFA investis par Endeavour dans des projets communautaires (santé, éducation) ont permis de toucher plus de 120 000 personnes. Cependant, la comparaison avec les 644 milliards versés à l'État interroge sur l'équilibre entre intérêts privés et développement local. Dans d'autres pays de la région, comme le Mali ou le Burkina Faso, les tensions autour des mines d'or ont parfois conduit à des révisions des codes miniers. Le rapport ivoirien pourrait servir de référence, mais sa transparence reste à vérifier sur le long terme.

La publication de ce rapport intervient à un moment charnière où l'Afrique de l'Ouest cherche à renforcer sa souveraineté économique tout en attirant les investissements étrangers. L'or, par son poids croissant, devient un test grandeur nature de la capacité des États à négocier des partenariats équilibrés avec les géants miniers. La question centrale demeure : ces retombées suffiront-elles à transformer structurellement les économies locales ?