Premier producteur d'or en Côte d'Ivoire avec plus du quart de la production nationale, Endeavour Mining a publié son rapport quinquennal de développement durable. Il fait état d'une contribution de 1 710 milliards de FCFA à l'économie ivoirienne entre 2021 et 2025, principalement via impôts, taxes et achats locaux. Ce chiffre, qui intervient dans un contexte de renforcement des exigences de contenu local et de transition énergétique, relance le débat sur la répartition des richesses extractives en Afrique de l'Ouest et leur lien avec les projets d'infrastructures énergétiques régionaux.

Infographie — Or · Production

Une contribution massive mais inégalement répartie

Le rapport d'Endeavour Mining met en lumière une injection de 1 710 milliards de FCFA dans l'économie ivoirienne sur cinq ans, soit l'équivalent de près de 2,8 milliards USD. Ce montant provient essentiellement des impôts, taxes et redevances, mais aussi des achats auprès de fournisseurs locaux, un levier clé du contenu local. L'entreprise revendique plus de 14 000 emplois, dont 95 % occupés par des nationaux. Ces chiffres confirment le poids stratégique du secteur aurifère en Côte d'Ivoire, devenu le premier producteur d'or d'Afrique de l'Ouest, devant le Ghana, grâce à des opérateurs comme Endeavour.

Pourtant, cette manne interroge sur sa répartition. Si les recettes fiscales alimentent le budget de l'État, leur affectation à des projets structurants, notamment dans l'énergie, reste floue. Or, le contexte régional est marqué par une quête de souveraineté énergétique, comme en témoignent les investissements dans le barrage hydroélectrique de Souapiti en Guinée et la persistance des centrales thermiques au Togo. La question se pose donc : les revenus de l'or contribuent-ils réellement à réduire la dépendance énergétique de la région ?

Or et énergie : des synergies à construire

L'exploitation minière est elle-même gourmande en électricité. Au Mali, au Burkina Faso et en Côte d'Ivoire, les mines d'or représentent une part significative de la demande énergétique. Endeavour Mining, qui opère dans ces trois pays, a tout intérêt à voir se développer des sources d'énergie stables et compétitives. Le lancement d'un programme de formation d'ingénieurs au pied du barrage de Souapiti, en mai 2026, illustre cette convergence entre besoins miniers et production hydroélectrique. De même, l'engagement de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) dans le financement d'infrastructures régionales crée un cadre favorable à des projets multi-pays.

Cependant, les synergies restent à concrétiser. Le rapport d'Endeavour Mining ne détaille pas la part de ses contributions qui pourrait être fléchée vers des programmes énergétiques. Par ailleurs, la volatilité des cours de l'or, combinée aux délais de réalisation des barrages, complique la planification. La Côte d'Ivoire, qui mise sur le gaz naturel et les énergies renouvelables, pourrait utiliser une fraction des recettes minières pour accélérer sa transition, mais les mécanismes de redistribution entre ministères et agences manquent de transparence.

Le pacte d'avenir de la CEDEAO : une opportunité à saisir

Parallèlement, la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) a dévoilé en mai 2026 un « Pacte d'avenir » en six piliers visant à consolider l'intégration régionale. Parmi ces piliers, l'harmonisation des politiques minières et énergétiques pourrait offrir un cadre pour mieux lier les revenus de l'extraction aux investissements dans les infrastructures communes. Le port de Lomé, qui a traité plus de 30 millions de tonnes de marchandises en 2024, illustre déjà l'importance des hubs logistiques pour l'exportation de l'or et l'importation d'équipements miniers. Mais pour que cette intégration profite à tous, il faudrait que les États s'accordent sur des règles de partage de la valeur ajoutée.

En définitive, la contribution d'Endeavour Mining souligne le potentiel de l'or comme levier de développement, mais expose aussi les limites d'un modèle où les retombées restent fragmentées. La capacité des États à transformer ces flux financiers en investissements durables dans l'énergie et les infrastructures déterminera si l'or africain devient un moteur de souveraineté régionale ou une simple rente extractive.

La publication de ce rapport à l'été 2026 coïncide avec la mise en œuvre du Pacte d'avenir de la CEDEAO, qui ambitionne de renforcer l'intégration régionale via six piliers. L'enjeu pour les États ouest-africains sera de faire de l'extraction aurifère non seulement une source de revenus, mais un véritable outil de transformation structurelle. La question posée par la contribution d'Endeavour Mining dépasse ainsi le simple bilan comptable : elle interroge la capacité des économies locales à capter durablement la valeur ajoutée des ressources minières pour financer leur souveraineté énergétique et leur développement.