Le 30 juillet 2026, le PDG d'Endeavour Mining, Ian Cockerill, a fermement démenti les rumeurs d'un rachat des actifs africains de Barrick, invoquant la volonté de réduire l'exposition aux risques politiques. Cette déclaration intervient alors que le Mali, où Endeavour possède le projet Kalana, a durci sa législation minière après les coups d'État de 2020 et 2021. Elle révèle une tendance plus large de recomposition des stratégies des majors dans une région marquée par l'instabilité et la renégociation des contrats.

Infographie — Or · Production

Un rejet sans équivoque des rumeurs de fusion

Ian Cockerill a qualifié de « surprenante » l’information rapportée par Reuters en juin, selon laquelle Barrick Gold envisagerait de scinder ses actifs africains pour les apporter à Endeavour Mining, avec une cotation à Londres. Pour le dirigeant, une telle opération n’aurait de sens que si elle réduisait le risque politique – ce qui n’est pas le cas au Mali, où Barrick exploite la mine Loulo-Gounkoto. Endeavour est en train de se retirer du Mali, après avoir déprécié son projet Kalana de 9,5 millions de dollars en 2025, suite à une dépréciation de 133,1 millions l’année précédente. « Cela n’a guère de sens de penser à retourner dans un endroit comme le Mali », a-t-il tranché.

Le Mali, laboratoire d’une nouvelle régulation minière

Depuis l’arrivée au pouvoir de la junte militaire, le code minier malien a été profondément révisé. Les clauses de stabilité ont été supprimées, des audits fiscaux en cours de cycle ont été imposés, et la part des actionnaires locaux dans les projets est passée de 20 % à 35 %. Ces mesures visent à accroître les retombées locales, mais elles ont aussi accru l’incertitude pour les investisseurs. Endeavour n’est pas le seul groupe à revoir sa présence : plusieurs juniors ont suspendu leurs activités, tandis que les géants comme Barrick tentent de s’adapter. La décision d’Endeavour de se concentrer sur des pays jugés plus sûrs, comme la Côte d’Ivoire avec le projet Assafou (investissement de 1 milliard de dollars), illustre ce mouvement de recentrage.

Exploration et découverte : un autre modèle de croissance

Plutôt que de recourir à des acquisitions, Endeavour mise sur l’exploration pour renouveler ses réserves. Depuis 2016, le groupe a découvert 22,4 millions d’onces d’or, à un coût de découverte de 25 dollars l’once – un niveau jugé performant dans le secteur. Le budget d’exploration 2026 est fixé à 100 millions de dollars, dont 44 millions déjà dépensés. Cette stratégie permet de maîtriser les risques politiques en choisissant ses terrains d’opération. Assafou, en Côte d’Ivoire, pays stable et favorable aux investisseurs, incarne cette approche. Toutefois, même là, des accidents mortels comme celui survenu en mai à la mine Lafigué rappellent que les défis opérationnels persistent.

Les implications pour la souveraineté énergétique régionale

Le désengagement d’Endeavour du Mali et sa prudence vis-à-vis des fusions interviennent dans un contexte de durcissement des conditions pour les compagnies étrangères. Au Niger, la conclusion en mai 2026 de nouveaux mémorandums avec des partenaires chinois après un an de tensions avec la CNPC montre que la région négocie désormais en position de force. Parallèlement, l’orpaillage artisanal, source de revenus pour des milliers de personnes, continue de faire des victimes : un éboulement au Mali en juin a causé au moins 10 morts. Ces événements soulignent la complexité de la gouvernance minière ouest-africaine.

L’attitude d’Endeavour Mining reflète une tendance plus large : les majors minières réévaluent leur exposition à l’Afrique de l’Ouest, entre opportunités géologiques et pressions réglementaires et sécuritaires. La capacité des États à attirer des investissements tout en maximisant leurs recettes sera déterminante pour l’avenir du secteur. Reste à savoir si d’autres groupes suivront l’exemple d’Endeavour, ou si des modèles alternatifs, comme le partenariat sino-nigérien, émergeront pour redessiner la carte minière régionale.