Le groupe canadien Fortuna Mining s'apprête à lancer le méga-projet aurifère de Diamba Sud, au Sénégal, avec un investissement de 400 millions de dollars et une première coulée prévue pour 2028. Ce chantier, qui attend son permis final dans les semaines à venir, pourrait faire passer le Sénégal du statut de producteur modeste à celui de poids lourd régional. Il s'inscrit dans un contexte de recomposition du secteur minier ouest-africain, où États et investisseurs étrangers redéfinissent leurs relations autour de l'or.

Infographie — Or · Production

Un Sénégal qui mise sur l’or pour bousculer la hiérarchie régionale

Longtemps cantonné à l’exploitation des phosphates et des sables minéralisés, le Sénégal affiche désormais des ambitions claires dans le secteur aurifère. Le projet Diamba Sud, porté par le canadien Fortuna Mining, en est l’illustration la plus éclatante. Situé dans la région de Kédougou, déjà connue pour ses gisements, ce complexe devrait produire jusqu’à 230 000 onces d’or par an à son pic, faisant plus que doubler la production nationale actuelle, estimée à environ 334 000 onces en 2025. Le directeur général de Fortuna, Jorge Ganoza, a salué la rapidité de l’administration sénégalaise, qui a validé l’évaluation environnementale en seulement neuf mois – un record comparé aux délais observés au Pérou, au Mexique ou en Amérique du Nord. Ce signal de célérité administrative n’est pas anodin : il témoigne d’une volonté politique claire d’attirer les capitaux étrangers dans le secteur minier, après une période de tensions politiques internes n’ayant pas, selon le dirigeant, freiné l’appétit des investisseurs.

La région dans une dynamique de transformation minière

L’arrivée de Fortuna au Sénégal intervient alors que l’Afrique de l’Ouest connaît une profonde mutation de son paysage minier. Depuis le début de l’année 2026, plusieurs signaux convergent. Au Burkina Faso, Ouagadougou renforce son contrôle sur le secteur aurifère par une restructuration visant à réduire la domination des opérateurs étrangers. Au Nigeria, la stratégie de diversification économique passe par un accord avec la Turquie pour exploiter un potentiel minier évalué à 750 milliards de dollars. La Guinée, de son côté, a signé en mai un protocole avec les États-Unis sur les minéraux critiques, plaçant le pays au cœur des chaînes d’approvisionnement occidentales. En Côte d’Ivoire, le gouvernement a adopté en juin quatre décrets d’attribution de permis miniers. Parallèlement, un accident mortel dans une mine artisanale au Mali, début juin, a rappelé les risques persistants du secteur informel. Ainsi, la dynamique n’est pas homogène : elle alterne entre volonté d’appropriation nationale et ouverture aux investissements, entre formalisation et informalité.

Le pari de la stabilité politique et réglementaire

Le projet Diamba Sud se distingue par la confiance affichée de son promoteur dans l’environnement sénégalais. Jorge Ganoza a explicitement mentionné que les turbulences politiques récentes – sans les préciser – n’ont pas affecté le calendrier d’investissement. Cette déclaration est stratégique : dans une région où les risques politiques et sécuritaires pèsent lourdement sur les décisions d’investissement (le Sahel est marqué par des coups d’État et des insurrections), le Sénégal tente de se positionner comme une exception stable. L’obtention du permis final, attendue dans les semaines à venir, sera un test décisif. Si Dakar confirme sa capacité à délivrer rapidement un titre minier pour un projet de cette envergure, cela renforcera son attractivité face à des concurrents comme le Burkina ou le Mali, où les délais et l’incertitude réglementaire sont plus fréquents.

Un investissement qui interroge le partage de la valeur

Au-delà des aspects administratifs, le montant de l’investissement – 400 millions de dollars – pose la question du partage de la valeur entre l’État et l’investisseur. Dans un contexte où plusieurs pays de la région (Burkina, Mali, Guinée) ont renégocié les termes des contrats miniers pour accroître la part de l’État, le Sénégal devra trouver un équilibre. Le gouvernement n’a pas encore communiqué en détail sur les conditions fiscales et les participations publiques dans le projet. Les précédents récents – comme l’accord sur les minéraux critiques avec les États-Unis en Guinée – montrent que les États sont de plus en plus exigeants. Fortuna Mining, qui exploite déjà la mine de Yaramoko au Burkina Faso, connaît bien la sous-région et ses évolutions réglementaires. Le projet sénégalais pourrait servir de modèle pour de futurs investissements, à condition que les termes soient jugés acceptables par les deux parties.

Un calendrier qui place le Sénégal dans la course

La première coulée d’or de Diamba Sud est prévue pour 2028. Ce délai, relativement court pour un projet minier de cette ampleur, suppose que les travaux de construction avancent rapidement après l’obtention du permis. Si le calendrier est tenu, le Sénégal pourrait voir sa production d’or dépasser les 500 000 onces par an, le rapprochant des niveaux du Burkina Faso (environ 1,7 million d’onces en 2025) ou du Mali (environ 1,5 million). Cette montée en puissance ne se fera pas sans défis : recrutement de main-d’œuvre qualifiée, infrastructures de transport et d’énergie, gestion des impacts environnementaux. Mais le signal envoyé par le gouvernement et l’opérateur est clair : le Sénégal entend jouer un rôle central dans la compétition minière ouest-africaine.

Au-delà du Sénégal, c’est toute la région qui se repositionne sur le marché aurifère mondial. Entre les États qui cherchent à capter davantage de rente, les investisseurs qui arbitrent en fonction de la stabilité et de la rapidité administrative, et les géopolitiques chinoise, turque et américaine qui s’invitent dans le secteur minier, l’Afrique de l’Ouest devient un laboratoire des nouvelles relations entre ressources naturelles et développement. Le projet Diamba Sud, par son ampleur et son contexte, pourrait bien être un révélateur de ces tendances.