Le projet aurifère Diamba Sud, porté par la canadienne Fortuna Mining, franchit une étape décisive avec une étude de faisabilité qui promet un retour sur investissement en un an, sur la base d'un cours de l'or à 3 500 dollars l'once. Alors que l'Afrique de l'Ouest connaît une ruée vers l'or sans précédent, ce nouveau projet sénégalais pose avec acuité la question de la souveraineté minière et de la répartition des richesses. Il s'inscrit dans une dynamique régionale où les États tentent de mieux capter la valeur ajoutée extractive, mais peinent encore à transformer cette manne en développement durable.

Infographie — Or · Production

Un projet porté par des cours historiques

L'annonce faite le 9 juillet par Fortuna Mining confirme que le projet Diamba Sud, situé dans l'est du Sénégal, se rapproche de la décision finale d'investissement. L'étude de faisabilité, validée avec l'obtention de l'étude d'impact environnemental, révèle une valeur actuelle nette d'environ un milliard de dollars et une période de récupération de l'investissement initial inférieure à un an. Des performances qui reposent sur un prix de l'or historiquement élevé, aujourd'hui au-dessus de 3 500 dollars l'once, dans un contexte de tensions géopolitiques et de demande soutenue des banques centrales. Les premiers travaux – construction d'une route d'accès, installation de logements, commandes d'équipements – ont déjà démarré, et la première coulée est attendue pour la mi-2028.

Le Sénégal dans la course régionale

Avec Diamba Sud, le Sénégal entend renforcer sa place parmi les producteurs d'or de l'Afrique de l'Ouest, aux côtés du Mali, de la Guinée et de la Côte d'Ivoire. La région représente déjà une part croissante de la production mondiale, portée par l'essor de projets industriels et l'explosion de l'orpaillage artisanal. Les données historiques de mai 2026 montrent que le Port de Lomé, principal hub logistique de la sous-région, a traité plus de 30,6 millions de tonnes de marchandises en 2024, dont une part croissante liée au secteur minier. Ce maillage logistique facilite l'exportation du minerai, mais renforce aussi la dépendance des États vis-à-vis des corridors portuaires gérés par des voisins.

Des retombées économiques attendues… sous conditions

Pour le Sénégal, les bénéfices sont multiples : redevances, création d'emplois directs et indirects, développement d'infrastructures dans une région enclavée. Toutefois, l'expérience des pays voisins incite à la prudence. Au Mali, la révision du code minier en 2023 a permis d'augmenter la part de l'État, mais les tensions avec les compagnies étrangères persistent. En Guinée, le colossal barrage de Souapiti, dont la construction a débuté en 2015, illustre les retards et les dérives budgétaires que peuvent connaître les grands projets extractifs. Diamba Sud, avec un investissement initial estimé à environ 500 millions de dollars, devra naviguer entre viabilité économique et exigences sociales – emploi local, respect de l'environnement, partage des profits.

Enjeux de souveraineté et de gouvernance

L'arrivée d'un nouvel opérateur canadien pose la question de la souveraineté minière du Sénégal. Le pays dispose d'un code minier attractif, mais la faiblesse des capacités institutionnelles limite souvent le contrôle effectif des activités. La CEDEAO, dans son « Pacte d'avenir » dévoilé en mai 2026 (source koaci.com), ambitionne de renforcer l'intégration économique par une harmonisation des politiques extractives. Mais la mise en œuvre reste lente, et chaque État négocie seul ses contrats. Diamba Sud pourrait servir de test pour une approche plus régionale, notamment en matière de contenu local et de partage des bénéfices.

Par ailleurs, la cours de l'or élevé attire aussi des acteurs informels, accentuant les risques de contrebande et de financement de groupes armés. La frontière entre orpaillage légal et illégal est poreuse, et les États peinent à sécuriser leurs zones minières. Le projet Diamba Sud, s'il se concrétise, apportera des infrastructures et une présence étatique renforcée dans l'est sénégalais, zone historiquement marginalisée.

Une tendance lourde aux implications multiples

L'annonce de Diamba Sud n'est pas un événement isolé : elle s'inscrit dans un mouvement de fond qui voit l'Afrique de l'Ouest devenir un pôle aurifère mondial. La hausse des prix, la proximité des marchés asiatiques et la relative stabilité politique de certains pays attirent les investisseurs. Mais cette ruée pose des défis de gouvernance, de durabilité et de souveraineté. Le Sénégal, avec Diamba Sud, a l'opportunité de montrer qu'un nouveau modèle est possible, où la mine devient un levier de développement et non une source de tensions.

La ruée vers l'or en Afrique de l'Ouest n'est pas près de s'arrêter. Diamba Sud pourrait ajouter une pièce maîtresse au puzzle minier sénégalais, mais aussi régional. Au-delà des bénéfices escomptés, c'est la capacité des États à transformer cette manne en bien-être collectif qui sera jugée. Le projet interroge sur la préparation des institutions, l'équilibre entre investisseurs étrangers et intérêts nationaux, et la coordination régionale nécessaire pour éviter une course aux ressources qui profiterait surtout aux acteurs déjà installés. L'Afrique de l'Ouest, riche en or, devra prouver qu'elle peut aussi en tirer de l'or sociétal.