Le secteur manufacturier africain a affiché une croissance de 14,6% entre 2020 et 2025, selon un rapport de la BAD. Pourtant, en Afrique de l'Ouest, cette progression n'a que partiellement compensé les reculs observés en Afrique australe. Derrière ces chiffres se dessine un enjeu de souveraineté énergétique, alors que la région dépend encore de centrales thermiques coûteuses et importe massivement ses besoins en pétrole. La donne évolue toutefois, avec des investissements récents dans l'hydroélectricité et une montée en compétence locale.

Infographie — Or · Production

Une croissance manufacturière fragile

Le rapport « Revue annuelle sur l’efficacité du développement (RAED) – édition 2026 » de la Banque africaine de développement (BAD), publié le 28 mai, indique que la valeur ajoutée du secteur manufacturier africain est passée de 281 milliards de dollars en 2020 à 322 milliards en 2025. Une progression de 14,6% qui traduit un regain de dynamisme, mais qui ne masque pas les fragilités structurelles. L'industrie manufacturière reste concentrée sur des activités à faible intensité technologique, comme les produits alimentaires et les minéraux non métalliques, et ne représente qu'une part modeste du PIB. En Afrique de l'Ouest, les progrès enregistrés n'ont que partiellement compensé les reculs de l'Afrique australe, où l'Afrique du Sud souffre de pénuries d'électricité et de goulets d'étranglement logistiques.

Le maillon faible : l'énergie

La performance manufacturière ouest-africaine est directement liée à la disponibilité et au coût de l'énergie. La région dépend encore massivement des centrales thermiques au gaz et au pétrole, comme le montre l'exemple du Togo, où elles occupent une place prépondérante dans le mix électrique malgré l'accélération des renouvelables. Ces installations sont vulnérables aux fluctuations des cours des hydrocarbures et pèsent sur les finances publiques. Parallèlement, des projets hydroélectriques d'envergure émergent, à l'image du barrage de Souapiti en Guinée, dont l'exploitation s'accompagne d'un programme de formation d'ingénieurs. Cette initiative, au-delà de la simple production d'électricité, constitue une déclaration stratégique : renforcer la souveraineté technique et énergétique de la région.

Or, pétrole et transformation locale

Les ressources extractives (or, pétrole, bauxite) constituent la principale source de revenus pour plusieurs États d'Afrique de l'Ouest, mais leur contribution au développement manufacturier reste limitée. L'or, par exemple, est souvent exporté sous forme brute, sans transformation locale. Pourtant, des hubs logistiques comme le port de Lomé, qui a traité plus de 30,6 millions de tonnes de marchandises en 2024, offrent des infrastructures pour une industrialisation en aval. La montée en compétence locale, notamment via la formation d'ingénieurs à Souapiti, pourrait favoriser l'émergence d'une industrie de transformation minière, réduisant la dépendance aux importations et créant de la valeur ajoutée.

Intégration régionale et perspectives

Au niveau régional, la CEDEAO a dévoilé un « Pacte d'avenir » en six piliers visant à consolider l'intégration économique. Ce pacte intervient dans un contexte où la demande énergétique croît sous l'effet de l'expansion manufacturière, mais où l'offre reste insuffisante et coûteuse. Les investissements dans les infrastructures énergétiques, comme le barrage de Souapiti ou les centrales renouvelables, sont donc cruciaux pour soutenir la transformation structurelle. Le rapport de la BAD souligne que les pays ouest-africains doivent accélérer la diversification de leur tissu productif pour sortir de la spécialisation dans les produits à faible technicité.

La progression du secteur manufacturier africain, bien que réelle, ne doit pas masquer les défis persistants de l'Afrique de l'Ouest en matière de souveraineté énergétique et de transformation des ressources. L'équilibre entre exploitation minière, production d'énergie et développement industriel déterminera la capacité de la région à s'insérer durablement dans les chaînes de valeur mondiales. Le renforcement des compétences locales et l'intégration régionale apparaissent comme des leviers essentiels pour transformer une croissance quantitative en développement qualitatif.