Le producteur aurifère Resolute Mining, présent au Mali, au Sénégal et en Côte d’Ivoire, a renoué avec les bénéfices au premier semestre 2026, affichant un résultat net de 110 millions de dollars. Cette performance, portée par la hausse des cours de l’or et l’optimisation de ses opérations, contraste avec la fragilité des contextes politiques ouest-africains. La capitalisation boursière de la BRVM a dépassé les 15 800 milliards de FCFA en mai, mais les incertitudes réglementaires et les tensions géopolitiques rappellent que la rentabilité des mines reste suspendue à des équilibres instables.

Infographie — Or · Production

La reprise de Resolute Mining illustre la résilience du secteur aurifère ouest-africain dans un environnement de prix élevés. Avec ses deux mines principales – Syama au Mali (chiffre d’affaires annuel de 539 millions de dollars) et Mako au Sénégal (326 millions de dollars) – le groupe a su transformer une perte en un bénéfice net solide, soutenu par une forte qualité de résultats et un retour sur capitaux propres élevé. Cette performance s’inscrit dans une dynamique régionale favorable : la BRVM, la bourse régionale de l’UEMOA, a vu sa capitalisation franchir la barre des 15 800 milliards de FCFA en mai 2026, signe d’un intérêt soutenu pour les valeurs minières.

**Des projets de croissance prometteurs mais exposés** Au-delà de l’exploitation existante, Resolute Mining mise sur des projets de développement en Côte d’Ivoire, comme Doropo et ABC, récemment autorisés et dont les études de faisabilité confirment des réserves importantes et une durée de vie prolongée. Ces actifs pourraient renforcer la production régionale du groupe et diversifier son exposition géographique. Cependant, tous ces projets sont situés dans des juridictions considérées à risque élevé, où les conditions de permis, les régimes fiscaux et la stabilité politique peuvent affecter les coûts et les volumes. La Côte d’Ivoire, bien que plus stable que le Mali, n’est pas exempte de tensions liées à la redistribution des revenus miniers.

**Le contexte géopolitique, facteur clé de risque** L’actualité récente rappelle que l’environnement politique ouest-africain reste imprévisible. Au Mali, les autorités militaires ont multiplié les renégociations de contrats miniers, tandis qu’au Sénégal, la nomination d’Ahmadou Al Aminou Lo au poste de Premier ministre, à moins de deux semaines de la reprise des négociations avec le FMI et la Banque mondiale, ajoute une couche d’incertitude sur la politique fiscale et les investissements étrangers. Par ailleurs, la BCEAO, garante de la stabilité monétaire, voit son rôle de plus en plus questionné dans un contexte de pression sur les réserves de change.

**L’or, valeur refuge régionale, mais à quel prix ?** L’intérêt pour l’or ouest-africain ne se dément pas, notamment de la part d’investisseurs internationaux en quête de diversification. La visite récente d’un ministre délégué français chargé de l’Investissement en Mauritanie, après celle d’un inspecteur général des FAR, souligne l’attention portée aux ressources du Sahel. Pourtant, cette ruée vers l’or s’accompagne de défis logistiques et sécuritaires. Resolute Mining, en affichant des fondamentaux solides, attire les regards des investisseurs, mais sa valorisation reste indexée sur la perception du risque souverain dans les pays hôtes. Le filtre « Low Risk Leaders » qui a identifié le titre comme stable ne doit pas occulter la nature cyclique des régulations minières.

**Une équation délicate entre rentabilité et souveraineté** La capacité de Resolute à maintenir ses marges dépendra de sa relation avec les États hôtes, qui cherchent à accroître leur part des revenus miniers. Les révisions de codes miniers se multiplient en Afrique de l’Ouest, et les compagnies doivent naviguer entre exigences de contenu local, taxes accrues et stabilisation des contrats. La performance récente de Resolute, bien que rassurante, ne préjuge pas de sa capacité à absorber ces chocs réglementaires. La région offre des opportunités, mais chaque mine est un pari politique.

**La diversification ivoirienne comme contrepoids** Les projets ivoiriens de Resolute apparaissent comme un contrepoids stratégique aux risques maliens et sénégalais. La Côte d’Ivoire, sous la présidence d’Alassane Ouattara, a maintenu une relative stabilité et un cadre favorable aux investisseurs. Cependant, l’élection présidentielle de 2025 a laissé des tensions latentes, et le secteur minier n’est pas à l’abri d’un durcissement du discours souverainiste. La diversification géographique de Resolute est donc un atout, mais il ne suffit pas à éliminer le risque systémique.

**Un secteur en pleine ébullition, mais sous surveillance** Au-delà du cas Resolute, le secteur aurifère ouest-africain connaît une dynamique de consolidation et d’expansion. Les cours de l’or, portés par les incertitudes mondiales, offrent une fenêtre de rentabilité exceptionnelle. Mais cette manne attire aussi des convoitises politiques et des tensions sociales. La BRVM, en tant que baromètre régional, reflète ces espoirs et ces craintes : sa capitalisation record de mai 2026 témoigne de l’appétit des investisseurs, mais les volumes échangés et la volatilité récente suggèrent une prudence persistante.

La trajectoire de Resolute Mining illustre les promesses et les fragilités du secteur aurifère en Afrique de l’Ouest. Tandis que les prix élevés de l’or dopent les comptes des producteurs, les risques politiques et réglementaires rappellent que la rentabilité n’est jamais acquise. La question centrale pour les années à venir sera de savoir comment concilier l’attractivité des ressources ouest-africaines avec les aspirations de souveraineté économique des États, dans un contexte où la demande mondiale d’or reste soutenue.