Alors que Resolute Mining affiche une rentabilité de 21,9% sur ses actifs aurifères maliens et sénégalais, les récents incidents sécuritaires – dont l’explosion d’une mine artisanale ayant tué un lycéen dans la forêt du Baoulé en mai 2026 – rappellent que la production d’or en Afrique de l’Ouest se joue sur un fil. Derrière les performances financières, ce sont les fragilités structurelles des États hôtes et les équilibres géopolitiques qui sont en jeu, alors que la région cherche à renforcer sa souveraineté énergétique et minière.

Infographie — Or · Production

Une rentabilité qui attire, des risques qui persistent

La publication de Resolute Mining dans le screener Low‑Risk Leaders de Simply Wall St met en lumière un paradoxe ouest‑africain. Avec un retour sur fonds propres de 21,9% et une production combinée de plus de 865 millions de dollars de chiffre d’affaires (Syama au Mali : 539 M$, Mako au Sénégal : 326 M$), le groupe australien figure parmi les valeurs minières les plus solides du continent. Mais cette santé financière contraste avec un environnement opérationnel marqué par l’insécurité, les tensions fiscales et les blocages administratifs.

Les sources historiques de mai 2026 font état d’une escalade sécuritaire au Mali : quatre frappes aériennes sur Kidal, une explosion de mine artisanale meurtrière à Kita, et des discussions au plus haut niveau entre le ministre de l’Agriculture malien et la SFI pour relancer le financement agricole. Ce climat d’instabilité pèse directement sur les opérations minières, exposées aux attaques djihadistes, aux conflits fonciers et aux risques de nationalisation.

Les États ouest‑africains : entre besoin de recettes et volonté de contrôle

Pour le Mali, le Sénégal et la Côte d’Ivoire, l’or représente une manne fiscale cruciale. Les revenus miniers contribuent au budget national, mais leur collecte est souvent entravée par l’économie informelle et la contrebande. Le projet Doropo de Resolute en Côte d’Ivoire illustre l’enjeu : le pays mise sur l’essor minier pour diversifier ses recettes, mais doit composer avec des procédures de permis longues et des revendications locales. Parallèlement, le gouvernement malien tente de renégocier les termes des conventions minières pour accroître sa part, tandis que le Sénégal multiplie les incitations aux investisseurs tout en renforçant ses exigences environnementales.

Une dépendance aux acteurs étrangers qui interroge la souveraineté

Resolute Mining, société cotée à la Bourse de Perth, incarne la dépendance de la région aux capitaux étrangers. Si ses mines génèrent emplois et taxes, les bénéfices rapatriés en Australie alimentent un débat récurrent sur la juste répartition de la valeur. La question de la souveraineté minière est d’autant plus sensible que les États ouest‑africains cherchent à financer leur transition énergétique et à stabiliser leurs finances publiques. L’initiative de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) pour harmoniser les codes miniers peine à aboutir, chaque pays défendant ses avantages compétitifs.

Quelles perspectives pour le secteur ?

L’évolution récente – entre incidents sécuritaires, pression fiscale et envolée du cours de l’or – pousse les opérateurs à revoir leurs modèles. Resolute mise sur l’efficacité opérationnelle (modernisation de Syama, extension de Mako) et sur des projets greenfields comme Doropo pour sécuriser sa croissance. Mais ces investissements sont conditionnés à une stabilité politique et juridique qui reste aléatoire. Par ailleurs, l’émergence de champions régionaux et l’intérêt chinois pour les actifs aurifères pourraient rebattre les cartes à moyen terme.

La solidité affichée par Resolute Mining ne doit pas occulter les vulnérabilités structurelles du secteur aurifère ouest‑africain. Entre instabilité sécuritaire, revendications fiscales et dépendance aux capitaux étrangers, les mines d’or de la région illustrent les contradictions d’une économie extractive en quête de souveraineté. À l’heure où les cours de l’or restent élevés, la capacité des États à négocier un meilleur partage de la rente sans décourager les investissements déterminera la trajectoire du secteur.