Le cours de l'or a franchi la barre des 3 000 dollars l'once en 2026, une première historique. Pour l'Afrique de l'Ouest, qui regroupe certains des plus grands producteurs mondiaux – Ghana, Mali, Burkina Faso – cette conjoncture est une aubaine, mais aussi un test de souveraineté. Alors que les recettes fiscales et les redevances augmentent, les gouvernements accélèrent les réformes pour renégocier les conventions minières et imposer une transformation locale du minerai.

Infographie — Or · Production

Une fenêtre de rentabilité sans précédent

Depuis le début de l'année 2026, l'or s'échange à des niveaux records, porté par les tensions géopolitiques et la dépréciation du dollar. Cette flambée des prix transforme l'équation économique des mines ouest-africaines. Au Ghana, premier producteur du continent, les exportations aurifères ont bondi de 35 % au premier trimestre, selon les données de la Banque du Ghana. Au Burkina Faso, le secteur minier représente désormais près de 15 % du PIB, malgré une insécurité persistante.

Cette rentabilité accrue offre une marge de manœuvre budgétaire inespérée à des États souvent endettés. Mais elle soulève aussi des questions sur la répartition de la valeur entre compagnies étrangères et trésors publics. Historiquement, les conventions minières signées dans les années 2000 accordaient des avantages fiscaux très généreux aux investisseurs. Aujourd'hui, les gouvernements tentent de renégocier ces accords.

Les tentatives de réappropriation souveraine

Au Mali, le nouveau code minier adopté en 2023 impose une participation obligatoire de l'État de 30 % dans les nouveaux projets. En juin 2026, le gouvernement malien a ouvert des discussions avec les majors étrangères pour réviser les contrats en cours, arguant que les prix actuels justifient une hausse des redevances. Le Burkina Faso suit une trajectoire similaire, avec un projet de loi visant à porter la part de l'État de 10 à 20 % dans les mines existantes.

Au-delà de la fiscalité, la souveraineté énergétique régionale est en jeu. L'industrie minière est très gourmande en électricité : les sites d'extraction consomment jusqu'à 30 % de la production nationale dans certains pays. Avec la flambée de l'or, les compagnies cherchent à sécuriser leur approvisionnement énergétique, ce qui pousse les États à accélérer leurs projets hydroélectriques, comme le barrage de Souapiti en Guinée, évoqué dans les actualités de mai 2026. Mais ces infrastructures peinent à suivre la demande.

Géopolitique des filières aurifères

La ruée vers l'or modifie aussi les équilibres régionaux. La CEDEAO, dans son « Pacte d'avenir » dévoilé en 2025, a inclus une harmonisation des cadres miniers pour éviter la concurrence fiscale entre États membres. Cependant, les divergences persistent : le Ghana mise sur un partenariat public-privé pour attirer les investissements, tandis que le Mali et le Burkina Faso privilégient un contrôle étatique accru.

Parallèlement, l'or informel – souvent issu de mines artisanales – représente selon les estimations jusqu'à 40 % de la production régionale. Cette filière échappe en grande partie aux circuits officiels, privant les États de recettes substantielles. Plusieurs pays ont lancé des campagnes de formalisation, mais les résultats restent modestes.

Une dépendance qui interroge

La hausse du cours de l'or a un effet ambivalent. D'un côté, elle génère des liquidités qui pourraient financer des investissements structurants. De l'autre, elle accentue la vulnérabilité des économies aux fluctuations des matières premières. Les producteurs ouest-africains sont encore peu diversifiés : l'or représente plus de 70 % des exportations du Mali et du Burkina Faso.

Les autorités monétaires régionales, en particulier celles de l'UEMOA, observent avec attention les effets inflationnistes d'une manne soudaine. La pression sur le franc CFA – déjà contesté – pourrait s'accroître si les recettes en or ne sont pas converties en réserves de change suffisantes.

Cette conjoncture exceptionnelle révèle une double tension : les États veulent capter davantage de la rente minière, mais ils doivent aussi composer avec des acteurs privés puissants et des réalités sécuritaires complexes. À plus long terme, la question centrale reste celle de la transformation locale : tant que l'or brut continue de quitter la région sans valeur ajoutée, les économies ouest-africaines resteront prisonnières d'un modèle extractif dont elles peinent à maîtriser les retombées.