En mars 2026, les prix de l'or exporté par les pays de l'UEMOA ont bondi de 62,9%, offrant une manne inespérée aux États producteurs. Mais cette embellie bute sur un obstacle persistant : le déficit d'infrastructures électriques, alors que plus de 4 000 kilomètres de lignes haute tension du West African Power Pool (WAPP) peinent à acheminer l'énergie jusqu'aux sites miniers. Entre promesses de souveraineté et réalités de terrain, le secteur aurifère ouest-africain illustre les contradictions d'une région en quête d'industrialisation.

Infographie — Or · Production

La flambée des cours de l'or, qui a vu les prix grimper de près de 63% dans la zone UEMOA au premier trimestre 2026, a relancé l'appétit des opérateurs miniers. Depuis 2023, la demande mondiale pour le métal jaune, portée par les tensions géopolitiques et les achats des banques centrales, avait déjà soutenu une tendance haussière. Mais le décrochage observé en mars 2026, accentué par les incertitudes sur les politiques monétaires, a offert une aubaine aux producteurs ouest-africains, qui figurent parmi les premiers exportateurs mondiaux d'or. Le Ghana, le Burkina Faso, le Mali et la Côte d'Ivoire, qui assurent près de 20% de la production africaine, ont vu leurs recettes fiscales s'envoler.

La dépendance énergétique, talon d'Achille de la filière

Pourtant, cette manne financière bute sur un goulot d'étranglement physique : l'approvisionnement électrique des mines. L'exploitation aurifère consomme d'importantes quantités d'énergie, notamment pour le concassage, le broyage et le traitement du minerai. Dans une région où l'électrification rurale atteint à peine 50% en moyenne, les compagnies minières dépendent souvent de centrales diesel coûteuses ou de réseaux nationaux instables. Le projet West African Power Pool (WAPP), qui a déjà construit 4 000 km de lignes haute tension pour interconnecter 15 pays, a été conçu pour répondre à ce besoin. Avec un investissement total de plusieurs milliards de dollars, il vise à mutualiser les capacités de production, notamment hydroélectriques en Guinée et au Ghana, et gazières au Nigeria. Cependant, à ce jour, le raccordement effectif des zones minières reste partiel.

Nigeria : le géant pétrolier se tourne vers l'or

Le Nigeria, premier producteur de pétrole du continent, compte diversifier ses ressources. Son sous-sol recèle plus de 40 substances minérales, dont l'or, le minerai de fer et le zinc. Le gouvernement fédéral a lancé en 2025 un plan de développement minier visant à porter la contribution du secteur au PIB de 0,3% à 3% d'ici 2030. L'envolée des cours de l'or accélère cette dynamique : plusieurs licences d'exploration ont été attribuées dans les États de Zamfara, Kaduna et Osun. Mais l'absence d'un réseau électrique fiable freine l'industrialisation du traitement du minerai, obligeant les opérateurs à exporter le minerai brut vers des raffineries étrangères.

Un enjeu de souveraineté régionale

Au-delà de la simple question énergétique, le boom de l'or pose la question de la souveraineté économique des États ouest-africains. La forte hausse des prix offre une fenêtre de tir pour renégocier les contrats miniers, souvent signés dans les années 2000 avec des conditions avantageuses pour les multinationales. Plusieurs pays, comme le Mali et le Burkina Faso, ont déjà entamé des révisions de leur code minier pour augmenter la part de l'État dans les recettes. Parallèlement, la création d'une bourse régionale des matières premières, portée par la CEDEAO, vise à mieux capter la valeur ajoutée. Mais ces ambitions se heurtent à la réalité des infrastructures : sans électricité suffisante, impossible de transformer localement le minerai en lingots.

Le paradoxe est saisissant : alors que les cours de l'or atteignent des sommets, les mines ouest-africaines continuent de fonctionner en sous-capacité faute d'énergie. Les investissements dans le WAPP, bien que substantiels, tardent à produire leurs effets. Selon les données de la Banque mondiale, le taux d'accès à l'électricité dans les zones minières hors réseau stagne autour de 30%. Les compagnies minières, confrontées à des pannes récurrentes, se tournent vers des solutions solaires photovoltaïques ou des mini-réseaux, mais à un coût qui grève leurs marges.

L'or ouest-africain confirme sa place de moteur économique régional, mais sa transformation en levier de développement durable reste conditionnée à la résolution du déficit énergétique. L'interconnexion électrique via le WAPP, couplée à une volonté politique de valorisation locale, pourrait permettre aux pays producteurs de convertir cette manne conjoncturelle en base industrielle pérenne. La question reste de savoir si les États sauront coordonner leurs efforts pour faire de l'or un symbole de souveraineté partagée, plutôt qu'une simple commodité exportée.

Données de référence : Inflation : 0.1% (FMI) · Croissance du PIB réel : 6.5% (FMI)