Le 10 juin 2026, le West African Power Pool (WAPP) a brisé le silence sur la multiplication des coupures d'électricité dans la sous-région. Dans un communiqué, l'organisation régionale pointe une demande record de plus de 16 000 MW, l'indisponibilité de certaines grandes unités de production et des facteurs saisonniers affectant l'hydroélectricité. Derrière ces explications techniques se dessine une réalité plus profonde : malgré les investissements accélérés dans les énergies renouvelables, notamment au Togo, les infrastructures existantes peinent à suivre le rythme de la croissance économique et démographique.
⚡ Crise électrique en Afrique de l’Ouest
Le WAPP alerte sur une demande record et des infrastructures sous tension
Pression inédite sur le réseau ouest-africain, portée par l’urbanisation rapide et l’essor économique.
Centrales thermiques vieillissantes et barrages hydroélectriques affectés par les variations climatiques.
Les échanges transfrontaliers atténuent les coupures à la marge, sans résorber le déséquilibre structurel.
Variations climatiques qui réduisent la production hydroélectrique et accentuent les délestages.
Malgré les projets solaires et éoliens (notamment au Togo), les infrastructures existantes ne suivent pas la croissance démographique et économique.
📊 Contexte économique régional
PIB Afrique de l’Ouest et Centrale : 736,4 milliards USD (Banque mondiale).
PIB par habitant : 1 411 USD.
Investissements directs étrangers : 2,4 % du PIB.
“La demande record de 16 000 MW illustre une pression inédite sur le système électrique ouest-africain.”
— West African Power Pool (WAPP), juin 2026
Des causes multiples, un constat partagé
Selon le WAPP, les délestages actuels résultent d'une combinaison de facteurs agissant simultanément sur plusieurs réseaux nationaux. La demande record de 16 000 MW enregistrée récemment illustre une pression inédite sur le système électrique ouest-africain, portée par l'urbanisation rapide, l'essor des activités économiques et la hausse des besoins domestiques. Parallèlement, l'indisponibilité de certaines unités de production majeures – qu'il s'agisse de centrales thermiques vieillissantes ou de barrages hydroélectriques affectés par des variations climatiques – réduit l'offre disponible. Cette situation met en lumière un déséquilibre structurel que les interconnexions régionales, bien qu'utiles, ne parviennent à résorber qu'à la marge.
Le rôle crucial mais limité des interconnexions
Le WAPP souligne que les échanges transfrontaliers d'électricité ont permis, dans plusieurs cas, d'atténuer l'ampleur des coupures et de renforcer la résilience des réseaux nationaux. L'intégration régionale est en marche : le Pool énergétique ouest-africain constitue l'un des maillons les plus avancés de la coopération régionale en Afrique. Cependant, la capacité de transport reste insuffisante face aux besoins croissants, et les disparités entre pays – certains excédentaires, d'autres déficitaires – compliquent la gestion des flux. La récente demande record dépasse les capacités actuelles de transit, révélant la nécessité d'accélérer les investissements dans les lignes haute tension.
L'urgence d'accélérer les investissements
Le WAPP insiste sur le besoin urgent d'investir dans la production, le transport et les interconnexions pour renforcer la sécurité énergétique de la région et soutenir l'intégration croissante des énergies renouvelables. Or, les signaux antérieurs étaient déjà préoccupants. En mai 2026, Togo First rapportait qu'au Togo, les centrales thermiques occupaient encore une place prépondérante dans le mix électrique, malgré l'accélération des investissements renouvelables. Ce constat illustre le décalage entre les intentions affichées et les réalités de terrain : la transition énergétique progresse, mais trop lentement pour compenser la croissance de la demande et le vieillissement du parc thermique. Par ailleurs, des initiatives comme la Plateforme industrielle d'Adétikopé (PIA) – visitée par le FMI en mai – montrent que des pôles de développement émergent, augmentant encore la pression sur le réseau.
Quand la politique s'invite dans l'énergie
Au-delà des aspects techniques, la gestion de l'énergie en Afrique de l'Ouest est également tributaire de contextes politiques parfois instables. Au Sénégal, la contestation d'une révision constitutionnelle et les tensions entre l'exécutif et le législatif, rapportées par lactuacho.com le 12 juin 2026, risquent de paralyser des réformes cruciales dans le secteur électrique. Or, sans stabilité institutionnelle, il devient difficile d'attirer les investissements à long terme nécessaires à la modernisation des infrastructures. Ce lien entre gouvernance et performance énergétique est souvent sous-estimé dans les analyses purement techniques.
Vers une recomposition du mix énergétique
La crise actuelle pose la question de la pertinence des choix énergétiques passés. La dépendance aux énergies fossiles et à l'hydroélectricité, toutes deux soumises à des aléas de prix ou climatiques, a montré ses limites. Le WAPP appelle à une intégration accrue des renouvelables, mais celle-ci nécessite des investissements dans le stockage et la digitalisation des réseaux pour gérer l'intermittence. Par ailleurs, la coopération régionale apparaît comme la voie la plus prometteuse : mutualiser les ressources, diversifier les sources et optimiser les échanges pourrait atténuer les crises à court terme et poser les bases d'un système plus résilient.
La mise en lumière par le WAPP des fragilités du système électrique ouest-africain intervient à un moment charnière. Alors que la demande continue de croître sous l'effet de la démographie et du développement économique, la marge de manœuvre se réduit. Les solutions existent – interconnexions, renouvelables, efficacité énergétique – mais leur mise en œuvre se heurte à des contraintes financières, politiques et techniques. L'énergie, nerf de la croissance, devient un révélateur des tensions et des opportunités de la construction régionale.