Les 16 et 17 juillet 2026, Abidjan a accueilli un Forum ministériel sur les minéraux critiques, où les dirigeants ouest-africains ont réaffirmé leur volonté de ne plus se limiter à l'exportation de matières premières brutes. Cette ambition, portée par la révolution énergétique mondiale, se heurte toutefois à des obstacles structurels majeurs, notamment un déficit chronique d'électricité et des chaînes de valeur encore embryonnaires. L'évolution récente du West African Power Pool (WAPP), qui a déjà connecté 15 pays via 4 000 km de lignes haute tension, offre toutefois une lueur d'espoir pour alimenter de futures usines de transformation.

Infographie — Énergie · Transition

L’Afrique de l’Ouest détient près de 30 % des réserves mondiales de minerais stratégiques – cobalt, lithium, manganèse, nickel, cuivre, graphite, terres rares – indispensables aux batteries, véhicules électriques et technologies numériques. Pourtant, la région continue d’exporter massivement ces ressources à l’état brut, captant une fraction infime de la valeur ajoutée. Ce « piège historique », comme l’ont rappelé les participants du Forum d’Abidjan, prive les États de recettes fiscales, d’emplois industriels et de transfert de compétences.

Une fenêtre d’opportunité portée par la demande mondiale

La transition énergétique mondiale accélère la demande pour ces minéraux. En mars 2026, les prix de l’or – une des principales exportations de l’UEMOA – ont bondi de 62,9 % sur un an, signe de l’appétit des marchés pour les matières premières stratégiques. Parallèlement, le Nigeria, premier producteur de pétrole d’Afrique, revendique plus de 40 substances minérales dans son sous-sol, dont l’or et le minerai de fer, ce qui élargit le potentiel extractif de la région.

Les infrastructures électriques, clé de la transformation locale

Transformer les minerais sur place exige une énergie abondante et stable. Or, le déficit d’électrification reste un frein majeur. Le WAPP, soutenu par la Banque mondiale, constitue une réponse régionale : plus de 4 000 km de lignes à haute tension relient désormais 15 pays ouest-africains, permettant aux compagnies d’électricité d’échanger leur production. Cette interconnexion pourrait, à terme, fournir l’énergie nécessaire à des unités de raffinage et de fabrication de batteries, mais elle reste encore insuffisante face à la demande.

Des défis géopolitiques et fiscaux persistants

La volonté de monter en gamme se heurte à des intérêts bien établis. Les grands groupes étrangers, souvent chinois ou occidentaux, contrôlent l’essentiel des mines et préfèrent exporter le brut pour le transformer dans leurs usines. Par ailleurs, les États peinent à imposer une fiscalité plus lourde sans risquer de voir les investisseurs se détourner. Le Forum d’Abidjan a néanmoins marqué une prise de conscience collective : la région veut désormais négocier des partenariats plus équilibrés, en s’appuyant sur le cadre de l’UEMOA et de la CEDEAO pour harmoniser les politiques minières.

Des signaux contrastés sur le terrain

L’actualité récente illustre cette tension. D’un côté, le groupe Dangote a relevé à 4 milliards de dollars son investissement dans un projet d’engrais au Nigeria, montrant que la transformation locale est possible. De l’autre, les recettes d’exportation de l’or brut restent prépondérantes, et le Cameroun – bien qu’hors UEMOA – conserve une marge d’endettement qui lui permet de lever des fonds pour ses infrastructures, contrairement à plusieurs voisins plus endettés.

La route vers la souveraineté minière est encore longue. Les annonces d’Abidjan devront être suivies d’actions concrètes : investissements dans les centrales électriques, formation de la main-d’œuvre, et mise en place de zones économiques spéciales dédiées à la transformation. Le WAPP offre une base technique, mais c’est la volonté politique qui fera la différence.

Le Forum d'Abidjan s'inscrit dans une tendance plus large : partout en Afrique, les pays veulent extraire davantage de valeur de leurs ressources. Pour l'Afrique de l'Ouest, l'enjeu est existentiel : soit elle parvient à briser le cycle de l'exportation brute pour créer des emplois et des recettes, soit elle restera dépendante des cours mondiaux et des décisions d'acteurs extérieurs. La réponse dépendra de sa capacité à conjuguer ambition politique, coopération régionale et investissements dans les infrastructures clés.