La Côte d'Ivoire révèle que 140 tonnes d'or ont été extraites clandestinement en 2025, soit près de trois fois sa production officielle. Pendant ce temps, le Burkina Faso enregistre des exportations record et attire de nouveaux investisseurs saoudiens. Deux réalités contrastées qui illustrent les défis de la gouvernance minière en Afrique de l'Ouest.

Infographie — Or · Gouvernance

Une production en pleine recomposition

L'Afrique de l'Ouest pèse près d'un quart de la production aurifère africaine, portée par le Ghana, le Mali et le Burkina Faso. Ces dernières années, la carte de l'or a été redessinée par l'arrivée de nouveaux acteurs et par une pression accrue des États pour capter une plus grande part de la valeur. Le récent sommet Mining On Top Africa, tenu à Paris en juillet 2026, a illustré cette évolution : ministres, financiers et industriels y ont débattu d'un nouvel équilibre dans la gestion des ressources minières, avec un accent mis sur la transformation locale et la transparence des contrats.

L'informel, un défi structurel

Le 5 septembre 2026, la Direction générale des Mines et de la Géologie de Côte d'Ivoire a présenté un état des lieux alarmant : 140 tonnes d'or auraient été extraites clandestinement en 2025, représentant une valeur marchande de plus de 4 600 milliards de FCFA. L'État ivoirien aurait pu percevoir 700 milliards de FCFA de recettes fiscales si cette production avait été déclarée. Ce chiffre est à mettre en regard des 48 tonnes d'or produites officiellement par le secteur industriel la même année. L'ampleur de l'économie souterraine dépasse donc très largement le cadre légal, posant la question du contrôle effectif des ressources minières.

Des acteurs industriels sous les projecteurs

Le phénomène n'est pas nouveau, mais son intensité semble s'accroître. En juillet 2026, le groupe Endeavour Mining revendiquait une contribution cumulée de 1 710 milliards de FCFA à l'économie ivoirienne entre 2021 et 2025, soulignant le poids du secteur industriel. Pourtant, la production illégale représenterait près de trois fois la production officielle du pays. Cette dichotomie révèle un double système : d'un côté, des opérateurs internationaux qui respectent les normes et contribuent au budget ; de l'autre, des réseaux clandestins qui échappent à tout contrôle, avec des conséquences environnementales et sécuritaires désastreuses. Les images montrées à Aboisso, dans le Sud-Comoé, illustrent la dégradation des cours d'eau et des forêts classées.

La pression des États pour formaliser

Parallèlement, l'orpaillage illégal demeure un défi majeur pour les autorités du Burkina Faso et du Mali, où des milliers de sites non réglementés échappent au contrôle de l'État. Cette situation alimente des tensions sécuritaires et prive les budgets nationaux de ressources cruciales. En réponse, les gouvernements multiplient les initiatives de formalisation, cherchant à encadrer l'activité tout en préservant les moyens de subsistance de millions de personnes. Cette pression pour légaliser s'inscrit dans un mouvement plus large de souveraineté économique qui touche également les hydrocarbures, comme en témoigne la montée en puissance du gaz naturel GTA Sénégal Mauritanie, dont les premières livraisons sont attendues pour alimenter les marchés régionaux et internationaux.

De nouveaux investisseurs attirés

Dans ce contexte contrasté, le Burkina Faso attire de nouveaux investisseurs saoudiens grâce à des exportations officielles record. Cette dynamique illustre l'attractivité persistante de l'or ouest-africain, malgré les défis de gouvernance. Les partenariats entre gouvernements et sociétés juniors, souvent canadiennes ou australiennes, se multiplient, explorant des gisements jusqu'ici délaissés. La course à la formalisation et à la transparence devient un critère de compétitivité pour les États, qui cherchent à rassurer les investisseurs tout en affirmant leur souveraineté sur leurs ressources.

Alors que la région s'engage dans une recomposition de son secteur extractif, la question de l'or dépasse la simple opposition entre formel et informel. Elle interroge la capacité des États à concilier attractivité pour les investisseurs, contrôle territorial et développement local. La transformation structurelle, tant attendue, dépendra de la résolution de cette équation complexe, où se joue une part de l'avenir économique de l'Afrique de l'Ouest.