Fin 2025, le Burkina Faso a achevé une restructuration majeure de son secteur aurifère : six des quinze mines industrielles appartiennent désormais à des opérateurs burkinabè, dont trois directement à l'État via la SOPAMIB. Ce transfert de contrôle, qui rompt avec une longue domination étrangère, s'inscrit dans une dynamique régionale de souveraineté sur les ressources naturelles. Cette quête, qui touche aussi le secteur énergétique, pose des questions cruciales sur les capacités de financement et de gestion des États ouest-africains.

Infographie — Or · Gouvernance

L'annonce faite par le Burkina Faso en mai 2026 confirme une tendance amorcée sous la présidence d'Ibrahim Traoré. Le pays a multiplié les réformes depuis 2022 pour réduire la part des multinationales dans l'exploitation de son or, principale ressource d'exportation. Selon Mines Actu Burkina, seules trois mines industrielles sur quinze étaient sous contrôle national avant Traoré ; elles sont aujourd'hui six, tandis que l'État via la SOPAMIB détient directement trois opérations. Le lancement d'une raffinerie nationale en 2023 illustre cette ambition de capter davantage de valeur ajoutée.

Cette politique de souveraineté minière ne surgit pas dans le vide. Elle s'explique par le contexte géopolitique régional : la rupture avec la France, la création de l'Alliance des États du Sahel (AES), et une volonté affichée de renégocier des contrats jugés déséquilibrés. Elle répond aussi à une réalité économique : selon des sources de mai 2026, près de 10 milliards de dollars s'évaporent chaque année des caisses des États ouest-africains via le commerce informel, dont une part importante concerne l'or. Le contrôle national est présenté comme un moyen de rapatrier ces flux.

De l'or à l'énergie, la logique est similaire. Au même moment, la Guinée a lancé un programme de formation d'ingénieurs au pied du barrage de Souapiti, un signal que la maîtrise des infrastructures hydroélectriques devient stratégique. La souveraineté énergétique est un autre pilier de cette quête, car sans énergie abondante et bon marché, la transformation locale des matières premières reste un vœu pieux. Les deux secteurs sont liés : l'orpaillage artisanal et l'exploitation minière industrielle nécessitent une électricité fiable, tandis que les revenus de l'or pourraient financer les barrages.

Cependant, cette volonté de contrôle se heurte à des obstacles concrets. Le déficit d'infrastructures en Afrique de l'Ouest est estimé à 118 milliards de dollars, selon l'Infrastructure Consortium for Africa. Les États manquent de capitaux et de technologies pour exploiter seuls des gisements souvent complexes. Même le partenariat récent entre la BOAD et PROPARCO, qui a débloqué 200 millions d'euros pour le financement du secteur privé, montre que la coopération internationale reste indispensable. La dépendance aux financements extérieurs limite la souveraineté réelle.

Il serait trompeur de voir cette évolution comme un simple rejet des multinationales. Les firmes étrangères apportent des compétences techniques, des marchés internationaux et des standards de gouvernance. Le défi pour le Burkina Faso et ses voisins est de construire une capacité nationale sans sacrifier l'efficacité économique. La transition doit être progressive : si l'État se substitue trop rapidement aux opérateurs privés, il risque de répéter les erreurs des rentes minières du passé, gérées avec opacité.

Au-delà du cas burkinabè, cette dynamique traduit un basculement plus large en Afrique de l'Ouest. Les États veulent transformer leur modèle de développement en utilisant les ressources comme levier, non plus comme simple monnaie d'échange. La question sous-jacente est celle de la gouvernance : comment faire en sorte que le contrôle national profite réellement aux populations, plutôt qu'aux élites ? Les prochains mois diront si la souveraineté retrouvée sera synonyme de prospérité partagée.

L'expérience burkinabè servira de test pour la région. Si elle réussit, elle pourrait inspirer d'autres pays ouest-africains à suivre la même voie, de l'or au gaz en passant par l'uranium. Si elle échoue, elle rappellera que la souveraineté ne se décrète pas : elle se construit avec des institutions solides, des compétences locales et des financements adaptés. L'Afrique de l'Ouest est à un carrefour, entre volontarisme politique et réalités économiques.