Le projet aurifère Afema, dans le sud-est de la Côte d'Ivoire, attire les convoitises de trois grands groupes miniers internationaux, illustrant l'attractivité de la région. Parallèlement, la flambée des cours de l'or exacerbe les tensions sécuritaires au Sahel, où les groupes djihadistes étendent leur contrôle sur les sites miniers. Ces dynamiques contrastées dessinent les nouveaux enjeux de l'or ouest-africain, entre opportunités économiques et défis de souveraineté.
Or ouest-africain : convoitises internationales et défis sécuritaires
Le projet Afema attire trois géants miniers, tandis que la flambée des cours exacerbe les tensions au Sahel. Opportunités économiques contre défis de souveraineté.
Un projet stratégique au cœur des convoitises
Le projet aurifère Afema, situé dans le sud-est de la Côte d'Ivoire, suscite l'intérêt de trois géants miniers : PDI Gold, Perseus Mining et B2Gold Corp, selon des informations rapportées par le quotidien australien The Australian. Ces groupes seraient en lice pour acquérir la junior minière Turaco Gold, propriétaire du gisement. Si cette rumeur n'est pas officiellement confirmée, elle témoigne de l'importance croissante de l'Afrique de l'Ouest dans la stratégie d'approvisionnement en or des grands acteurs internationaux. Avec 4,65 millions d'onces de ressources (environ 144 tonnes), Afema représente un actif de premier plan, capable d'alimenter la production ivoirienne pendant plus d'une décennie.
Une histoire mouvementée et une montée en puissance récente
Le projet Afema n'est pas nouveau. Il a connu une exploitation artisanale dans les années 1990, produisant environ 125 000 onces avant son arrêt en 1998. Le permis a ensuite changé de mains à plusieurs reprises : Taurus Gold en 2013, Sodim Limited en 2017, une coentreprise avec Teranga Gold en 2018, puis l'intégration dans le portefeuille d'Endeavour Mining en 2021. Repris par Turaco Gold en mars 2024, le projet a bénéficié d'une intensification des forages, faisant passer les ressources de 2,52 à 4,65 millions d'onces en deux ans. Cette progression spectaculaire illustre l'effet de levier de l'exploration moderne dans un contexte de cours élevés, qui rend les gisements auparavant marginaux économiquement viables.
L'étude de préfaisabilité : un projet d'envergure
L'étude de préfaisabilité publiée en juin 2026 esquisse un projet de taille : une production moyenne de 200 000 onces par an pendant plus de dix ans, pour une valeur actuelle nette de plusieurs centaines de millions de dollars. Ces chiffres confirment le potentiel d'Afema à devenir l'un des piliers de l'industrie aurifère ivoirienne, aux côtés des mines déjà en exploitation dans le pays. La Côte d'Ivoire, qui a vu sa production d'or augmenter régulièrement ces dernières années, s'affirme ainsi comme une destination crédible pour les investissements miniers, bénéficiant d'une stabilité politique relative et d'un cadre réglementaire attractif.
Le Sahel : l'or comme enjeu de sécurité et de souveraineté
Cependant, cette effervescence contraste avec la situation dans les pays voisins du Sahel, où la flambée des prix de l'or a exacerbé les tensions sécuritaires. Selon une analyse d'ACLED, 75% des violences liées aux mines se concentrent au Burkina Faso, et les groupes djihadistes contrôlent désormais des sites clés comme la mine d'Inata. Plutôt que d'attaquer directement les mines, ils établissent leur contrôle sur les communautés environnantes et les routes d'accès, tissant une toile qui leur permet d'asseoir leur autorité. Cette stratégie d'encerclement, observée tant dans les zones industrielles qu'artisanales, vise à contrôler les ressources et les infrastructures qui soutiennent l'activité minière, tout en recrutant parmi les populations locales et en s'approvisionnant en explosifs.
Une économie de prédation qui fragilise les États
Le cas de la mine d'Inata, dans le nord du Burkina Faso, illustre cette dynamique. Première cible des terroristes en 2018, elle a été fermée par la junte en 2024. Depuis juin, la mine et sa région sont passées sous le contrôle de JNIM. Cette évolution prive l'État burkinabè d'une source de revenus potentielle et offre aux djihadistes une base logistique et économique. La fermeture de la mine, décidée pour des raisons sécuritaires, a paradoxalement renforcé la mainmise des groupes armés sur la zone. Cette situation met en lumière la vulnérabilité des États sahéliens, qui peinent à sécuriser leurs ressources naturelles face à des groupes armés bien implantés.
Des trajectoires divergentes mais interconnectées
Ces deux dynamiques, l'attractivité de la Côte d'Ivoire et l'insécurité au Sahel, sont en réalité interconnectées. Les investisseurs internationaux, en quête de stabilité, se tournent vers des pays comme la Côte d'Ivoire, tandis que les pays sahéliens, confrontés à l'instabilité, voient leur secteur minier fragilisé. La compétition pour les ressources aurifères s'intensifie, et les États ouest-africains doivent composer avec des réalités géopolitiques complexes. L'or, ressource convoitée, devient à la fois un levier de développement et un facteur de tension, redéfinissant les équilibres régionaux.
Alors que les cours de l'or restent élevés et que la demande mondiale demeure soutenue, l'Afrique de l'Ouest se trouve à un carrefour. Les investissements dans l'exploration et l'exploitation minière pourraient transformer des économies entières, mais ils s'accompagnent de défis sécuritaires et de gouvernance majeurs. Comment les États parviendront-ils à concilier attractivité pour les investisseurs et contrôle effectif de leurs ressources ? La réponse à cette question déterminera l'avenir du secteur aurifère régional.