Le directeur du Centre public ivoirien antipollution (CIAPOL), Yapo Ossey Bernard, a lancé un nouvel avertissement sur les dégâts environnementaux causés par l’orpaillage clandestin et certaines activités industrielles. Lors d’une rencontre à Abengourou, il a déploré la mortalité massive de poissons dans le fleuve Bandama après le déversement de 4 000 tonnes de mélasse par une unité sucrière. Cet incident illustre les pressions croissantes sur les ressources en eau dans un pays où l’exploitation aurifère artisanale explose et où la régulation reste fragile.

Infographie — Or · Gouvernance

L’orpaillage clandestin en Côte d’Ivoire n’est pas un phénomène nouveau, mais son ampleur atteint aujourd’hui un seuil critique. Selon des données récentes, l’État perdrait plus de 7 milliards d’euros en recettes fiscales du fait de cette activité illégale. Derrière ce chiffre se cache une réalité plus préoccupante : des cours d’eau pollués au mercure et au cyanure, des sols dégradés et des conflits d’usage de l’eau. Le CIAPOL, en première ligne, peine à imposer ses prérogatives face à des opérateurs économiques souvent réticents à financer des études d’impact environnemental.

Une régulation contournée par l’industrie légale elle-même L’alerte du directeur du CIAPOL ne vise pas uniquement les orpailleurs illégaux. Il interpelle aussi les industries légales, y compris des sucreries, qui déversent accidentellement des polluants massifs dans les fleuves. Le fait qu’il doive « convaincre des industriels qu’une étude d’impact n’est pas une contrainte mais un avantage concurrentiel » révèle une culture d’entreprise encore peu imprégnée des enjeux environnementaux. La régulation ivoirienne, pourtant existante dans les textes, s’applique de manière inégale, souvent subordonnée à la bonne volonté des acteurs.

Cette situation n’est pas propre à la Côte d’Ivoire. Dans toute l’Afrique de l’Ouest, l’exploitation aurifère — qu’elle soit industrielle ou artisanale — connaît un essor sans précédent, porté par la hausse des cours mondiaux de l’or. Les États, en quête de devises et de recettes, peinent à mettre en place des contrôles efficaces. Le cas ivoirien cristallise ainsi un dilemme régional : comment concilier le développement minier avec la préservation des ressources hydriques, dont dépendent des millions de personnes ?

L’urgence d’une réforme de la gouvernance minière Le CIAPOL préconise le renforcement de la vigilance, des inspections régulières et l’obligation d’études d’impact environnemental et social avant toute installation. Ces mesures, bien que nécessaires, se heurtent à des obstacles pratiques : manque de moyens humains et financiers, complexité du foncier minier, et pression économique. La Côte d’Ivoire ambitionne de devenir un producteur majeur d’or en Afrique, mais ce statut ne pourra se construire sur des bases environnementales fragilisées.

Plus largement, cet épisode met en lumière les limites des politiques de régulation minière en Afrique de l’Ouest. Les récentes annonces de formation d’ingénieurs au barrage de Souapiti en Guinée ou les investissements dans les énergies renouvelables au Togo montrent une prise de conscience des enjeux de durabilité. Mais dans le secteur de l’or, l’écart entre les discours et les pratiques demeure considérable.

L’alerte du CIAPOL sonne comme un rappel que la gouvernance des ressources naturelles ne peut se réduire à des incantations réglementaires. Elle exige une volonté politique ferme, des moyens de contrôle conséquents et une implication des communautés locales. Alors que la demande mondiale d’or reste soutenue, les pays ouest-africains sont face à un choix structurant : prendre le chemin d’une exploitation minière responsable ou laisser s’aggraver un passif environnemental dont le coût dépassera de loin les gains immédiats.