Le Mali, troisième producteur d'or d'Afrique, crée un Office malien des substances précieuses pour contrôler l'or artisanal, après que des écarts massifs entre exportations déclarées et volumes enregistrés à l'importation ont révélé un commerce illicite drainant chaque année entre 1,98 et 3,77 milliards de dollars. Cette mesure s'inscrit dans une réforme minière agressive engagée depuis 2023, où l'État a porté sa participation dans les projets miniers à au moins 35 % et accru la fiscalité. Elle reflète une tendance régionale de renforcement du contrôle étatique sur les ressources extractives, avec des implications géopolitiques et financières majeures.
L'or qui fuit le Mali
Entre 30 et 57 tonnes d'or malien quittent chaque année le pays sans déclaration. L'État riposte avec un nouveau régulateur.
Soit l'équivalent de 13,5 milliards $ cumulés sur 2012-2022 (300 tonnes d'or non déclarées)
personnes travaillent sur les sites d'orpaillage
sites artisanaux à superviser par le nouveau régulateur
Chronologie de la réforme minière malienne
L'État porte sa participation dans les mines à 35 % minimum et augmente la fiscalité
Rapport SWISSAID révèle 30 à 57 tonnes d'or non déclaré par an (1,98 à 3,77 milliards $)
Création de l'Office malien des substances précieuses pour tracer l'or artisanal
Le circuit de l'or artisanal malien
Mali en bref
Selon le FMI, le Mali affiche un solde budgétaire de -1,6 % du PIB, une dette publique de 41,9 % du PIB et une inflation de 2,3 %.
Un régulateur pour colmater les fuites
Le gouvernement malien a officialisé la création de l'Office malien des substances précieuses, chargé de centraliser et superviser le commerce de l'or et des minéraux précieux issus de l'exploitation artisanale et à petite échelle. Cette structure doit permettre de tracer la production issue de 350 à 400 sites miniers, où travaillent près de 2 millions de personnes. Selon les autorités, une part significative de cet or échappe aux circuits officiels, privant l'État de recettes fiscales et de devises essentielles.
Des milliards de dollars d'or non déclaré
Un rapport de l'ONG suisse SWISSAID publié en 2024 estimait que 30 à 57 tonnes d'or malien sont exportées chaque année sans déclaration, représentant entre 1,98 et 3,77 milliards de dollars de commerce annuel. Sur la période 2012-2022, le cumul des exportations non déclarées atteindrait 300 tonnes, soit 13,5 milliards de dollars perdus pour l'économie nationale. Ces chiffres illustrent l'ampleur d'une contrebande qui fragilise la souveraineté économique du pays et alimente des réseaux informels transfrontaliers.
Une réforme minière en profondeur
La création de l'office s'inscrit dans une réforme d'ampleur du secteur minier malien, initiée avec un nouveau code minier adopté en 2023 par le régime militaire en place. Ce texte a relevé la part de l'État dans les projets miniers de 20 % à au moins 35 %, augmenté les taxes sur les opérateurs et renforcé les mécanismes de contrôle. En juin 2026, Bamako a également signé un accord décennal avec une minière canadienne pour un actif aurifère de 900 millions de dollars, illustrant un rééquilibrage des relations avec les investisseurs étrangers.
Une tendance régionale vers le contrôle des ressources
Le Mali n'est pas un cas isolé. Au Burkina Faso voisin, la justice a récemment annulé un accord d'achat d'or de 2014 avec Franco‑Nevada, ordonnant le versement de 5,2 milliards de francs CFA à une société locale. Ces décisions traduisent une volonté commune des États sahéliens de reprendre la main sur leurs ressources minières, souvent au cœur des vulnérabilités économiques et sécuritaires de la région. Le durcissement des conditions d'exploitation pourrait toutefois refroidir les investisseurs étrangers, alors que les besoins de capitaux restent immenses.
Enjeux géopolitiques et souveraineté énergétique
Au-delà des recettes, l'or artisanal est un levier de souveraineté. Sa traçabilité permet de limiter le financement de groupes armés et de renforcer le contrôle des frontières. Les revenus ainsi captés pourraient être réinvestis dans des secteurs clés comme l'énergie, où le Mali subit des déficits chroniques. Toutefois, la réussite de cette réforme dépendra de la capacité de l'Office à s'imposer face aux réseaux informels et à garantir des prix compétitifs aux mineurs pour les inciter à se formaliser.
Le pari de Bamako est ambitieux : transformer une économie souterraine en source de développement. Mais l'efficacité de l'Office malien des substances précieuses se mesurera à sa capacité à réduire durablement le gap entre production et exportations déclarées. Dans une région où la course à la souveraineté sur les ressources s'accélère, cette expérience pourrait faire école ou buter sur les mêmes obstacles que les réformes précédentes.
Données de référence : Solde budgétaire : -1.6% (FMI)