Le Parlement de transition malien a adopté en juillet 2026 la loi instituant l’Office malien des substances précieuses (OMASP), un organe public chargé de réguler et sécuriser le commerce de l’or. Cette réforme, qui fait suite à un décret d’avril 2026, vise à endiguer la fuite de métal précieux estimée entre 30 et 57 tonnes par an, soit jusqu’à 3,77 milliards de dollars de pertes. Elle s’inscrit dans un mouvement plus large de reprise en main des ressources extractives en Afrique de l’Ouest, où l’or représente une part croissante des recettes publiques et des enjeux de souveraineté.

Infographie — Or · Mali

Le tabou de l’or informel

L’or est le premier produit d’exportation du Mali, représentant près de 75 % des exportations et environ 25 % des recettes publiques. Pourtant, une part considérable de la production échappe au contrôle de l’État. Selon une estimation de SWISSAID, entre 30 et 57 tonnes d’or quittent chaque année le pays par des canaux non déclarés, pour une valeur pouvant atteindre 3,77 milliards de dollars. Entre 2012 et 2022, le cumul des fuites aurait représenté quelque 300 tonnes, soit l’équivalent de 13,5 milliards de dollars. Ce phénomène prive Bamako de ressources cruciales, alors que le pays fait face à une insécurité chronique et à des besoins de financement massifs.

L’OMASP comme instrument de contrôle

La création de l’OMASP, placé sous la tutelle du ministère de l’Industrie et du Commerce, vise à centraliser les flux d’or, superviser les transactions et améliorer la traçabilité des exportations. L’office se voit confier un rôle de régulateur unique, capable de délivrer des agréments, d’inspecter les sites et de coordonner les ventes. Cette réforme s’appuie sur le nouveau code minier adopté en 2023, qui a porté à 30 % la participation combinée de l’État et des investisseurs locaux dans les projets industriels et alourdi la fiscalité sur les opérateurs étrangers. Les audits sectoriels récents ont déjà permis de recouvrer environ 761 milliards de francs CFA d’arriérés, signe que les autorités entendent durcir leur contrôle.

Une refonte industrielle en parallèle

Au-delà de la régulation commerciale, le gouvernement malien construit une raffinerie d’or à Sénou, d’une capacité prévue de 200 tonnes par an. Cet investissement, le premier du genre dans le pays, vise à transformer localement le minerai brut et à réduire la dépendance aux raffineries étrangères. Il complète la création de l’OMASP en offrant une capacité de valorisation qui pourrait attirer davantage de production déclarée. L’objectif affiché est de faire du Mali un hub régional de raffinage, concurrent du Ghana et de la Suisse, et de capter une plus grande part de la valeur ajoutée.

Un contexte sécuritaire qui pousse à la réforme

Les récentes tensions sécuritaires au Mali, notamment les frappes aériennes à Kidal en mai 2026 et la persistance d’attaques jihadistes, soulignent l’urgence pour l’État d’affirmer son autorité sur les zones d’exploitation artisanale, souvent éloignées et mal contrôlées. La forêt du Baoulé, théâtre en mai d’une explosion de mine artisanale ayant tué un lycéen, illustre les risques liés à l’absence de supervision. En institutionnalisant le secteur, l’OMASP pourrait contribuer à sécuriser les sites, formaliser les emplois et réduire les financements illicites qui alimentent les groupes armés.

Enjeux géopolitiques et régionaux

Au-delà du Mali, cette réforme s’inscrit dans une tendance régionale de reprise en main des ressources extractives. Le Burkina Faso et la Guinée, également producteurs d’or, ont révisé leurs codes miniers ces dernières années pour accroître la part de l’État et des investisseurs locaux. La création d’une agence centralisée de vente d’or pourrait inspirer d’autres pays du Sahel, confrontés à des défis similaires de contrebande et de financement du terrorisme. Pour les compagnies minières étrangères, l’OMASP représente un nouveau niveau d’intermédiation étatique qui modifie les termes du jeu. Si la réforme promet une meilleure traçabilité et des recettes accrues pour l’État, elle soulève aussi des questions sur la rapidité des paiements et la marge de manœuvre des opérateurs privés. Le succès de l’OMASP dépendra de sa capacité à concilier contrôle étatique et attractivité des investissements.

L’adoption de l’OMASP marque une étape décisive dans la stratégie malienne de souveraineté minière, mais sa mise en œuvre déterminera la réalité des changements. Alors que plusieurs pays ouest-africains raffermissent leur emprise sur leurs ressources, la question du partage de la valeur dans un contexte de transition politique et sécuritaire reste entière. L’équilibre entre contrôle étatique et efficacité économique constituera le test ultime de cette réforme.