La production industrielle d'or au Mali est tombée à 42,2 tonnes en 2025, contre environ 50 tonnes les années précédentes. Pourtant, les résultats financiers des compagnies minières comme Resolute Mining atteignent des sommets, portés par un prix de l'once qui dépasse 4 700 dollars. Cette divergence révèle une filière en pleine mutation, où la rentabilité dépend moins des volumes que de la conjoncture mondiale.
Production en baisse, profits records : le paradoxe de l'or malien
La production industrielle chute à 42,2 t en 2025, mais les compagnies minières affichent des résultats historiques. Décryptage d'une filière à la croisée des chemins.
Une production en recul structurel
La chute de la production industrielle d'or au Mali à 42,2 tonnes en 2025 n'est pas un accident conjoncturel, mais l'aboutissement de plusieurs tendances lourdes. D'un côté, les mines matures comme Syama, exploitée par Resolute Mining, voient leurs teneurs diminuer et leurs coûts d'extraction augmenter. De l'autre, les difficultés d'approvisionnement en explosifs et les retards dans la mobilisation des équipements, évoqués dans le rapport semestriel de Resolute, freinent les opérations. Ces contraintes logistiques, amplifiées par le contexte sécuritaire de la région, pèsent sur la capacité des compagnies à maintenir un rythme de production soutenu.
Parallèlement, la fin de l'exploitation en fosse à Mako, au Sénégal, contraint désormais la mine à traiter des stocks de minerai, une activité moins productive mais qui prolonge la vie de l'actif jusqu'en 2027. Cette situation illustre une tendance régionale : les gisements les plus accessibles s'épuisent et les nouvelles découvertes tardent à être mises en production. Dans ce contexte, le Mali, qui a longtemps été le troisième producteur d'or en Afrique, voit sa place contestée par des pays comme le Burkina Faso ou le Ghana, où les investissements dans l'exploration restent plus soutenus.
Des profits records portés par le prix de l'or
Malgré cette baisse des volumes, les entreprises minières affichent des résultats financiers éclatants. Resolute Mining a ainsi enregistré un bénéfice net de 162,6 millions de dollars au premier semestre 2026, plus du double de celui de l'année précédente. Le chiffre d'affaires a progressé de 31 %, porté par un prix de vente moyen de 4 712 dollars l'once, un niveau historique. Cette hausse du cours de l'or, alimentée par les tensions géopolitiques et la demande des banques centrales, compense largement la réduction des volumes extraits.
Cette dynamique se traduit par une augmentation significative des revenus pour les États hôtes. Resolute a versé 52,3 millions de dollars de redevances au premier semestre 2026, contre 31,2 millions un an plus tôt, et 92,2 millions d'impôts directs et indirects au Mali et au Sénégal. Ces montants, en hausse mécanique avec les prix, constituent une manne pour des budgets publics sous pression. Mais ils révèlent aussi une dépendance accrue des finances publiques à un facteur exogène, le cours mondial de l'or, sur lequel les pays producteurs n'ont aucune prise.
Les défis de l'après-mine et de l'orpaillage illégal
Au-delà des chiffres, cette situation pose la question de la durabilité de la filière. À Syama, les perturbations ont entraîné une hausse de 38 % du coût global de production, à 2 327 dollars l'once. Si le prix de l'or venait à fléchir, la marge se réduirait rapidement, rendant certaines opérations non rentables. Par ailleurs, la fermeture progressive de la fosse de Mako illustre le défi de l'après-mine : comment maintenir l'activité économique et les emplois une fois les réserves épuisées ?
Dans ce contexte, l'orpaillage illégal, particulièrement actif au Burkina Faso et au Mali, prend une importance croissante. Cette activité informelle échappe aux statistiques officielles et aux redevances, mais elle contribue à l'économie locale tout en alimentant des réseaux parfois liés à l'insécurité. Les gouvernements peinent à encadrer ce secteur, qui représente pourtant une part non négligeable de la production totale d'or dans la région.
La diversification, un impératif régional
Face à ces constats, la diversification des économies ouest-africaines apparaît plus que jamais comme une nécessité. Le Sénégal, par exemple, commence à exploiter son pétrole et son gaz, avec le projet Sangomar et le gaz naturel du champ GTA, qui pourraient offrir de nouvelles recettes publiques. De même, la Côte d'Ivoire développe son secteur du nickel, comme en témoigne le projet Samapleu-Grata. Ces initiatives, bien que naissantes, montrent que les pays de la région cherchent à élargir leur base productive au-delà de l'or.
L'évolution du secteur aurifère malien, entre baisse des volumes et envolée des profits, reflète une tendance plus large en Afrique de l'Ouest : la dépendance aux matières premières reste forte, mais les conditions d'exploitation changent. La hausse des prix masque temporairement les fragilités structurelles, mais elle ne les résout pas. La question de la valeur ajoutée locale, de la transformation et de la diversification reste entière pour les années à venir.
La filière aurifère ouest-africaine se trouve à un carrefour : les prix élevés de l'or offrent une fenêtre de rentabilité exceptionnelle, mais les contraintes de production et l'épuisement des gisements rappellent que cette manne n'est pas éternelle. Alors que les compagnies engrangent des profits records, les États doivent arbitrer entre maximiser les revenus immédiats et préparer l'après-mine. La diversification économique, déjà amorcée avec le pétrole sénégalais ou le nickel ivoirien, apparaît comme la seule stratégie viable à long terme pour réduire la vulnérabilité de la région aux chocs exogènes.
Données de référence : Inflation : 2.3% (FMI)