Le gouvernement malien et le secteur privé ont entamé des discussions pour créer un fonds d'investissement minier destiné à renforcer la participation locale dans les industries extractives. Cette initiative intervient alors que les exportations d'or du Mali ont atteint un niveau historique de 2 750 milliards de francs CFA en 2025, et s'inscrit dans la continuité des réformes entamées avec le Code minier de 2023. Le projet, bien qu'encore à l'état de planification, révèle une volonté d'articuler souveraineté nationale et attractivité des capitaux, dans un contexte géopolitique régional marqué par une montée du patriotisme économique.
Un fonds minier pour réconcilier souveraineté et investissement
Chronologie des réformes
Participation locale renforcée : État détient 10 % gratuits + option d’achat 20 % · 5 % du capital réservé aux investisseurs locaux
30 décembre 2025 : lancement d’un appel d’offres pour recruter un cabinet d’études (faisabilité & plan d’affaires)
15 juillet 2026 : le ministre Moussa Alassane Diallo reçoit le CNPM pour structurer le fonds d’investissement minier
Participation locale dans les mines (Code 2023)
Total participation locale potentielle : 35 %
Le paradoxe malien
Renforcer le contrôle national sur les ressources minières, dans un contexte de patriotisme économique régional.
Maintenir un climat favorable aux investisseurs étrangers, historiquement dominants dans le secteur.
« Le fonds minier vise à articuler souveraineté nationale et attractivité des capitaux »
Contexte macroéconomique
-1,6 %
du PIB · FMI41,9 %
du PIB · FMI6,6 Mrd USD
Banque mondiale2,3 %
FMILe 15 juillet 2026, le ministre malien de l'Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo, a reçu une délégation du Conseil national du patronat malien (CNPM) pour discuter de la mise en place d'un fonds dédié au financement du secteur minier. Selon le communiqué officiel, ce fonds aurait pour objet de faciliter l'entrée des entreprises locales dans un secteur historiquement dominé par des groupes étrangers. L'initiative fait suite à un appel d'offres lancé par le CNPM le 30 décembre 2025 pour recruter un cabinet d'études chargé de réaliser une étude de faisabilité et un plan d'affaires.
Ce projet s'inscrit dans le prolongement du Code minier de 2023, qui a considérablement accru les exigences de participation locale. Le code prévoit que l'État détienne gratuitement 10 % des parts dans les nouveaux projets, avec une option d'achat supplémentaire de 20 % en numéraire. En outre, les sociétés minières doivent réserver 5 % du capital à des investisseurs locaux via une entité publique, portant la participation malienne maximale à 35 %. Le fonds, s'il voit le jour, pourrait permettre aux entreprises maliennes de lever les capitaux nécessaires pour souscrire à ces parts.
Les exportations d'or maliennes ont atteint 2 750 milliards de francs CFA en 2025, un record qui confirme la place prépondérante de l'orpailleur dans l'économie nationale. L'or représente plus de 70 % des recettes d'exportation du pays et constitue le premier contributeur au budget de l'État via les taxes et redevances. Cependant, la part des bénéfices captée localement reste faible, les opérateurs étrangers rapatriant une large fraction de leurs profits. Le fonds vise précisément à inverser cette tendance en donnant aux acteurs nationaux les moyens financiers de monter en gamme dans la chaîne de valeur.
Les obstacles à surmonter
Le projet est encore à un stade embryonnaire : ni le montant total de la dotation, ni le statut juridique, ni la structure de gouvernance ne sont définis. Aucun calendrier de mise en œuvre n'a été annoncé. Les questions de financement sont cruciales : le fonds devra être suffisamment capitalisé pour offrir des garanties bancaires et des prêts à long terme aux PME maliennes, qui peinent souvent à obtenir des crédits. Par ailleurs, la capacité technique des entreprises locales à opérer dans un secteur aussi complexe que l'extraction minière reste à démontrer. Le CNPM a d'ailleurs évoqué la nécessité de former des compétences locales, un chantier de long terme.
Cette initiative s'inscrit dans un mouvement plus large de renégociation des contrats miniers en Afrique de l'Ouest. Le Mali n'est pas un cas isolé : le Burkina Faso, le Niger et la Guinée ont tous révisé leurs codes miniers ces dernières années pour accroître la part de l'État et des investisseurs locaux. La différence tient peut-être à la méthode : plutôt que de simplement hausser les taxes, Bamako cherche à construire un écosystème local de financement et d'expertise. Le fonds pourrait ainsi servir de levier pour structurer un secteur où l'informel occupe encore une place importante.
Un enjeu géopolitique
La mise en place de ce fonds intervient dans un contexte géopolitique tendu. Depuis le coup d'État de 2020, le Mali s'est rapproché de la Russie, notamment dans les domaines militaire et agricole. Les discussions sur les engrais avec Moscou, évoquées en mai 2026, montrent que la coopération russe s'étend au-delà de la sécurité. Parallèlement, les frappes de drones ayant causé des victimes civiles en mai 2026 dans la région de San soulèvent des questions sur la gestion de la sécurité dans les zones minières. L'instabilité chronique dans le centre et le nord du pays pèse sur l'attractivité du secteur, même si l'or continue d'affluer.
Le fonds minier pourrait aussi être vu comme un outil de souveraineté économique, dans un discours officiel qui privilégie de plus en plus les intérêts nationaux. En donnant aux acteurs locaux les moyens d'investir, l'État espère sans doute réduire la vulnérabilité aux pressions extérieures et renforcer la légitimité du régime, tant auprès des populations que du secteur privé. Mais le succès de l'opération dépendra de sa capacité à attirer des partenaires étrangers sans les braquer, tout en maintenant un cadre transparent et efficace.
Vers un nouvel équilibre ?
Le dialogue public-privé engagé par le ministre Diallo est un signe encourageant de la volonté de concertation. Cependant, la route est longue : entre l'étude de faisabilité et le fonctionnement effectif du fonds, plusieurs années peuvent s'écouler. D'ici là, les exportations d'or continueront de soutenir l'économie malienne, mais la part locale demeurera limitée sans des réformes structurelles profondes, notamment dans la gouvernance et la lutte contre la fraude.
La création d'un fonds minier au Mali illustre une tendance régionale où la souveraineté économique devient un impératif politique, mais sa concrétisation reste suspendue à des arbitrages financiers et techniques complexes. L'expérience malienne pourrait servir de test pour d'autres pays de la zone Cédéao confrontés aux mêmes dilemmes : comment concilier attractivité des investissements étrangers et émergence d'un capitalisme local capable de prendre sa part dans l'exploitation des ressources ?