Le 5 septembre 2026, l'Afrique de l'Ouest affiche une double dynamique extractive : une ruée vers l'or qui interroge la gouvernance, et une montée en puissance des hydrocarbures, du Sénégal au Nigeria. Ces mouvements traduisent une ambition de souveraineté économique, mais aussi des défis de régulation et d'attractivité.

Infographie — Or · Production

Une région en recomposition extractive

L'Afrique de l'Ouest vit une séquence historique sur le plan des ressources naturelles. D'un côté, les cours de l'or atteignent des sommets, dopant les économies du Burkina Faso et du Mali, où l'orpaillage artisanal prospère souvent hors des circuits officiels. De l'autre, la région entre dans une nouvelle ère pétrolière et gazière : le Sénégal et la Mauritanie ont démarré leur production en 2024, tandis que le Nigeria, géant historique, cherche à attirer les capitaux pour moderniser sa filière. Cette conjonction de dynamiques, rarement observée, redessine les équilibres économiques et géopolitiques de l'espace CEDEAO.

L'or, entre opportunités et fuites de revenus

La fièvre aurifère n'est pas nouvelle, mais elle prend une ampleur inédite. Selon la Banque mondiale, l'or représente plus de 70 % des exportations du Burkina Faso, et le Mali a récemment renégocié ses contrats miniers avec les majors étrangères pour accroître sa part des revenus. Cependant, l'orpaillage illégal, qui prospère dans les zones transfrontalières, échappe largement aux circuits officiels. Ce phénomène prive les États de recettes fiscales substantielles, alimente des réseaux parallèles et crée une concurrence déloyale pour les mines industrielles. Les gouvernements tentent de formaliser ce secteur, mais les résultats restent mitigés, comme en témoignent les tensions sociales récurrentes dans les zones minières.

Hydrocarbures : la promesse d'une souveraineté énergétique

Parallèlement, la région mise sur ses hydrocarbures pour affirmer sa souveraineté énergétique. Le Sénégal et la Mauritanie, avec le projet Greater Tortue Ahmeyim, et la Côte d'Ivoire, avec ses récentes découvertes, illustrent cette ambition. Le Nigeria, de son côté, a franchi une étape symbolique en juillet 2026 en devenant le premier pays membre de l'OPEP à rejoindre l'Agence internationale de l'énergie (AIE). Cette adhésion, approuvée à l'unanimité, vise à attirer les financements internationaux pour moderniser l'ensemble de la chaîne de valeur, du pétrole au gaz. Selon le directeur exécutif de l'AIE, Fatih Birol, le Nigeria pourrait doubler ses investissements énergétiques d'ici cinq ans, un objectif ambitieux qui repose sur la crédibilité institutionnelle que confère l'agence.

Des chiffres qui éclairent les défis

Les écarts entre les ambitions et les réalités restent toutefois marqués. La production pétrolière nigériane stagne autour de 1,56 million de barils par jour en juin 2026, loin de l'objectif officiel de 3 millions de barils d'ici 2030. Le Plan directeur gazier, doté de plus de 60 milliards de dollars, vise à porter la production de gaz à 10 milliards de pieds cubes par jour en 2027, puis 12 milliards en 2030. Ces projets, notamment offshore, nécessitent des investissements estimés entre 30 et 50 milliards de dollars d'ici 2030. Mais leur financement dépendra de la capacité des États à offrir un cadre réglementaire stable et transparent, condition sine qua non pour rassurer les investisseurs internationaux.

Une stratégie régionale contrastée

À Abidjan, la 7e édition du Salon du GPL d'Afrique de l'Ouest, tenue en septembre 2026, illustre une autre facette de cette stratégie : le développement de solutions de cuisson propre pour les ménages. Ce volet social, souvent négligé dans les débats sur les hydrocarbures, révèle les priorités contrastées de la région : attirer les capitaux pour les grands projets tout en répondant aux besoins quotidiens des populations. Cette dualité reflète une approche pragmatique, où la souveraineté énergétique ne se limite pas à l'exportation, mais englobe aussi l'accès à une énergie abordable et durable pour tous.

Ces dynamiques soulèvent une question centrale pour l'avenir de la région : comment concilier la course aux revenus extractifs avec les impératifs de développement durable et de justice sociale ? La réponse pourrait déterminer si l'Afrique de l'Ouest parvient à transformer sa richesse en ressources en un levier de transformation structurelle, ou si elle reste prisonnière d'une logique de rente. Les choix faits dans les prochaines années, tant par les États que par les investisseurs, seront décisifs.