Le 26 juin 2026 restera une date charnière dans les relations entre le Burkina Faso et ses partenaires miniers. Alors que la production d'or repart à la hausse grâce aux mines publiques de Wahgnion et Boungou, la montée en puissance du lithium dans le Sahel et la persistance de l'insécurité redessinent les équilibres du secteur. Entre volonté de capter davantage de valeur et risques de financement des conflits, le pays navigue en eaux troubles.

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Une reprise en main qui porte ses fruits

Le Burkina Faso a fait de Wahgnion et Boungou des vitrines de sa reprise en main du secteur minier. Relancées sous pavillon public après le départ d'opérateurs étrangers, ces deux mines d'or symbolisent une stratégie de souveraineté économique assumée. Les résultats sont tangibles : la production aurifère a contribué à une croissance du PIB estimée à 5,3 % en 2025, selon la Banque mondiale, malgré un contexte sécuritaire dégradé. Cette performance conforte l'idée que l'or peut être un levier de résilience, à condition d'en maîtriser la chaîne de valeur.

Les défis de l'exploitation publique

Mais cette reprise en main soulève des questions. L'exploitation directe par l'État implique des capacités techniques et financières que le pays ne maîtrise pas toujours. Les coûts d'extraction, la maintenance des équipements et la commercialisation sur les marchés internationaux exigent un savoir-faire que les partenaires privés apportaient. La relance de Boungou, fermée depuis 2022 après une attaque meurtrière, illustre les défis sécuritaires : les mines sont des cibles pour les groupes armés, qui y voient une source de financement. IAMGOLD, qui opère toujours Essakane, a vu ses actions rachetées par la société, mais ses résultats restent exposés aux aléas politiques et sécuritaires. Le buyback de 28 millions d'actions pour 510,4 millions de dollars canadiens témoigne d'une confiance retrouvée, mais les risques de changements de règles du jeu demeurent.

Le lithium, nouvelle frontière des convoitises

Pendant que l'or mobilise l'attention, une autre ressource émerge dans l'ombre : le lithium. La demande mondiale pour ce minéral critique explose, portée par la transition énergétique. Le Sahel, et en particulier le Burkina Faso, recèle des gisements prometteurs. Selon une étude récente, plus de 40 000 tonnes de lithium sont déjà extraites chaque année en Afrique, un chiffre qui pourrait atteindre 500 000 tonnes d'ici 2030. Mais cette ruée vers l'or blanc attire aussi les groupes armés. Boko Haram et l'État islamique en Afrique de l'Ouest (ISWAP) exploitent la faiblesse de la gouvernance pour tirer profit de ce commerce, comme ils l'ont fait avec l'or et les diamants. Le risque est réel de voir le lithium financer des conflits plutôt que le développement.

Une économie sous tension

Le contexte sécuritaire pèse lourdement sur l'économie burkinabè. Les attaques contre les sites miniers, les convois et les villages limitent l'exploration et la production. Les compagnies étrangères hésitent à investir, malgré les incitations fiscales. La Banque mondiale souligne la résilience du pays, mais cette résilience a un coût : les dépenses sécuritaires grèvent le budget, et l'aide au développement se fait plus rare. La diaspora, elle, joue un rôle croissant, à travers les transferts de fonds et les investissements dans l'immobilier ou les PME. Mais ces apports ne suffisent pas à compenser la fuite des capitaux et la baisse des investissements directs étrangers.

Vers une régionalisation des enjeux

Le Burkina Faso n'est pas isolé dans cette dynamique. Le Mali et la Guinée, eux aussi, cherchent à mieux capter la valeur de leurs ressources minières. La flambée des prix de l'or ces dernières années a renforcé cette volonté de souveraineté. Mais cette course à la valeur ajoutée se heurte à des réalités communes : insécurité, infrastructures défaillantes, gouvernance fragile. La coopération régionale, notamment au sein de l'Alliance des États du Sahel, pourrait offrir un cadre pour mutualiser les efforts et sécuriser les zones minières. Mais les divergences politiques et les rivalités historiques compliquent la donne.

L'or, un pari sur l'avenir

Le pari du Burkina Faso sur l'or est un pari sur l'avenir. Si la production publique parvient à se stabiliser et à générer des revenus substantiels, elle pourrait financer des programmes de développement et renforcer la légitimité de l'État. Mais si l'insécurité persiste et que le lithium devient une nouvelle source de conflit, le pays risque de retomber dans le piège de la malédiction des ressources. L'équation est délicate : concilier souveraineté, rentabilité et sécurité. Les prochains mois seront décisifs pour déterminer si le Burkina Faso peut transformer son sous-sol en levier de prospérité, ou s'il reste prisonnier de ses fragilités.

Au-delà du Burkina Faso, c'est tout le Sahel qui se trouve à un carrefour. La demande mondiale en minéraux critiques offre une opportunité historique, mais elle s'accompagne de risques sécuritaires majeurs. La manière dont les États sahéliens géreront cette double pression déterminera non seulement leur avenir économique, mais aussi leur stabilité politique. La communauté internationale, friande de ces ressources, devra composer avec des gouvernements qui revendiquent leur souveraineté. Le lithium, comme l'or avant lui, pourrait devenir un test de la capacité de la région à transformer ses richesses naturelles en bien commun.