Le 20 juin 2026, la justice burkinabè a invalidé l'accord d'achat d'or conclu en 2014 entre le canadien Franco-Nevada et la mine Riverstone Karma, condamnant le groupe à verser 5,2 milliards FCFA. Cette décision inédite marque un durcissement du contrôle juridique sur les contrats miniers. Elle s'inscrit dans un mouvement plus large de revendication de souveraineté sur les ressources naturelles en Afrique de l'Ouest, où plusieurs États renégocient les conditions d'exploitation.

Infographie — Or · Burkina Faso

Le jugement du tribunal de commerce de Ouagadougou constitue un tournant dans le paysage minier burkinabè. En annulant un accord de 2014 qui prévoyait que Franco-Nevada achète la production d'or de Riverstone Karma à un prix fixe sur la durée de vie de la mine, la justice a remis en cause un mécanisme financier courant dans le secteur. Ce type de contrat, appelé stream, permet aux sociétés financières de sécuriser un approvisionnement en or à prix réduit, privant l'État d'une partie des revenus liés aux fluctuations du cours. La décision ordonne non seulement la nullité de l'accord, mais aussi le versement de 5,2 milliards FCFA de dommages, ce qui pourrait créer un précédent pour d'autres contentieux similaires.

Cette affaire révèle une évolution profonde dans la relation entre l'État burkinabè et les entreprises extractives étrangères. Depuis plusieurs années, le Burkina Faso cherche à accroître sa part des bénéfices miniers : en 2023, le code minier a été révisé pour imposer une participation minimum de 10 % de l'État et augmenter les redevances. Le jugement de juin 2026 va plus loin en s'attaquant directement à la validité des contrats, ce qui signale une volonté de reprendre le contrôle sur la chaîne de valeur aurifère. Historiquement, la production d'or – qui représente environ 70 % des exportations du pays – était dominée par des opérateurs canadiens et britanniques, souvent perçus comme captant une rente excessive.

Enjeux de souveraineté et de revenus miniers

L'impact sur les recettes budgétaires est central. En annulant l'accord de stream, l'État pourrait récupérer la différence entre le prix du marché et le prix fixe antérieur, ce qui se chiffre en centaines de millions de dollars sur la durée de vie de la mine. Ces ressources supplémentaires sont cruciales pour financer les priorités nationales, notamment le secteur énergétique. Le Burkina Faso souffre d'un déficit énergétique chronique : seulement 20 % de la population a accès à l'électricité, et les mines, grandes consommatrices d'énergie, dépendent souvent de centrales diesel importées. Une augmentation des recettes minières pourrait permettre d'investir dans des infrastructures électriques locales, renforçant la souveraineté énergétique du pays.

Géopolitique et droit des contrats

La décision s'inscrit dans un contexte géopolitique régional tendu. Plusieurs pays de la zone, comme le Mali et le Niger, ont récemment renégocié ou résilié des contrats miniers avec des sociétés occidentales, parfois en utilisant l'argument de la souveraineté. Le Burkina Faso, dirigé depuis 2022 par un régime militaire, suit cette tendance mais par la voie judiciaire, ce qui lui confère une légitimité juridique. La réaction des investisseurs sera déterminante : Franco-Nevada pourrait faire appel, mais une confirmation du jugement enverrait un signal fort aux autres sociétés, notamment Iamgold et Endeavour Mining, actives dans le pays. Le risque de fuite des capitaux est réel, mais compensé par l'intérêt croissant d'investisseurs alternatifs, notamment chinois et russes, moins regardants sur la sécurité juridique.

Parallèles régionaux et évolution temporelle

L'évolution depuis les premiers accords miniers des années 2000 est frappante. À l'époque, les États ouest-africains, en quête d'investissements, accordaient des conditions très favorables aux multinationales. Aujourd'hui, la maturité institutionnelle et la pression sociale poussent à une révision. En mai 2026, la Banque africaine de développement a préparé un nouveau cadre de partenariat avec le Burkina, mettant l'accent sur la gouvernance des ressources. Ce soutien contraste avec l'approche contentieuse de la justice burkinabè, mais témoigne d'une dynamique convergente : mieux capter la valeur ajoutée minière pour le développement local.

Alors que le Burkina Faso entame la mise en œuvre de son plan stratégique 2027-2031 avec l'appui de la Banque africaine de développement, le jugement Franco-Nevada pourrait servir de catalyseur à une refonte plus large des relations contractuelles dans le secteur extractif ouest-africain. La question ouverte est celle de l'équilibre entre attractivité des investissements et souveraineté nationale, un défi que d'autres pays de la région, comme le Sénégal et la Côte d'Ivoire, surveillent de près.