Le tribunal de commerce de Ouagadougou a invalidé, le 16 juin 2026, un contrat d'achat d'or signé en 2014 entre le géant canadien Franco-Nevada et la mine Riverstone Karma, condamnant la société à verser 5,2 milliards de francs CFA (9,3 millions de dollars). Cette décision, qui sera contestée par Franco-Nevada devant les juridictions ontariennes, illustre la volonté croissante des États ouest-africains de reprendre le contrôle de leurs ressources minières. Elle s'inscrit dans un contexte de renforcement des capacités de négociation locales et de recherche de nouveaux équilibres avec les investisseurs étrangers.

Infographie — Or · Burkina Faso

Un contrat contesté de longue date

Le contrat litigieux remonte à 2014. Il prévoyait que Franco-Nevada et International Royal Corporation (anciennement Sandstorm Gold Bank) avancent jusqu'à 120 millions de dollars à Riverstone Karma en échange de livraisons annuelles fixes d'or et d'un pourcentage perpétuel de la production à prix réduit. Ce type d'accord, courant dans l'industrie minière, lie souvent les opérateurs à des obligations financières lourdes sur des décennies. Mais en septembre 2025, Riverstone a saisi la justice burkinabè pour faire reconnaître la nullité du contrat, arguant qu'il n'était plus juridiquement contraignant. La décision du tribunal de commerce de Ouagadougou donne raison à l'exploitant local.

Un précédent pour l'Afrique de l'Ouest

Cette affaire s'ajoute à une série de contentieux similaires sur le continent. Au Niger, au Zimbabwe ou en Namibie, les États utilisent leurs tribunaux et leur arsenal réglementaire pour renégocier les termes des contrats miniers. Au Burkina Faso, le secteur aurifère représente environ 10 % du PIB et près de 70 % des exportations, mais les recettes fiscales restent faibles en raison de conventions jugées déséquilibrées par les autorités. La décision de Ouagadougou pourrait inspirer d'autres pays de la zone franc, comme le Mali ou le Sénégal, où des contrats d'exploration et d'exploitation sont également contestés.

Les réactions et la bataille juridique à venir

Franco-Nevada a immédiatement annoncé son intention de ne pas reconnaître la décision burkinabè, invoquant la compétence du droit ontarien et la légitimité de la clause d'arbitrage. La maison mère canadienne a précisé qu'elle poursuivrait ses recours au Canada et ailleurs. Cette confrontation juridique transnationale met en lumière les divergences entre le droit des investissements internationaux et les aspirations de souveraineté des États africains. Le gouvernement burkinabè, de son côté, n'a pas officiellement commenté, mais il suit de près une affaire qui pourrait renforcer sa position dans les futures négociations.

Un contexte de recomposition des relations minières

Le Burkina Faso traverse une période de transition politique et sécuritaire complexe. En parallèle de ce contentieux, le pays a récemment sécurisé un soutien financier important auprès de bailleurs de fonds pour ses priorités de développement 2026-2031, et une délégation de la Banque africaine de développement a rencontré les autorités pour préparer le nouveau Document de stratégie pays. Ces signaux montrent que Ouagadougou cherche à diversifier ses partenaires et à renforcer sa capacité de négociation face aux multinationales. La décision sur l'or de Riverstone Karma s'inscrit donc dans une stratégie plus large de rééquilibrage des termes de l'échange.

Les enjeux pour la souveraineté économique

Au-delà de l'aspect juridique, cette affaire questionne la capacité des États ouest-africains à tirer profit de leurs ressources sans compromettre leur autonomie. Le secteur minier burkinabè, fragilisé par l'insécurité et la baisse des cours de l'or en 2025-2026, doit concilier attractivité pour les investisseurs et maximisation des retombées locales. La décision de Ouagadougou pourrait inciter d'autres opérateurs à renégocier leurs contrats, à l'image de ce qui s'observe dans le secteur pétrolier et gazier au Nigeria ou au Ghana.

Une dynamique régionale à suivre

La tendance n'est pas isolée. En Afrique de l'Ouest, plusieurs États révisent leurs codes miniers pour accroître les redevances et la part locale dans les projets. La décision du tribunal de commerce de Ouagadougou, bien que contestée, pourrait accélérer ce mouvement. Elle rappelle aussi que les tribunaux africains sont désormais des arènes où se jouent les rapports de force entre États et multinationales, avec des conséquences directes sur la répartition des richesses et la gouvernance des ressources.

Ce jugement, quelle que soit l'issue des recours ultérieurs, marque un jalon dans la réaffirmation de la souveraineté juridique burkinabè sur son sous-sol. Il intervient dans un contexte où les États africains cherchent à transformer leur rôle de simple fournisseur de matières premières pour devenir des acteurs à part entière de la chaîne de valeur minière. Reste à savoir si cette décision isolée annonce une vague de relecture des contrats miniers dans la région ou si elle restera un cas d'espèce, dépendant du rapport de forces entre les parties.

Données de référence : Croissance du PIB réel : 5.0% (FMI) · Croissance du PIB réel : 5.0% (FMI)