Avec 55 tonnes d'or extraites au premier semestre 2026, le Burkina Faso confirme sa place de producteur aurifère majeur en Afrique de l'Ouest. Ce chiffre, combinant 26 tonnes des mines industrielles et 29 tonnes collectées par la Société nationale des substances précieuses (SONASP), illustre la montée en puissance de l'exploitation artisanale structurée. Surtout, il intervient dans un contexte de renforcement du contrôle étatique sur la filière, marqué par l'annulation d'un accord d'achat d'or avec le canadien Franco-Nevada.

Infographie — Or · Burkina Faso

Une production en hausse, portée par la formalisation de l'artisanat

Les données publiées par le ministère des Mines lors de l'évaluation à mi-parcours du 30 juin 2026 révèlent une augmentation sensible de la production aurifère burkinabè. Les mines industrielles, opérées par des groupes internationaux comme Iamgold ou Endeavour, ont extrait 26 tonnes. Mais c'est le secteur artisanal et semi-mécanisé, via la Société Nationale des Substances Précieuses (SONASP), qui a collecté près de 29 tonnes, sur un objectif annuel de 45 tonnes. Ce poids croissant de l'artisanat – plus de la moitié de la production déclarée – est le fruit de la structuration engagée depuis l'adoption du nouveau Code minier en 2025. Neuf nouvelles coopératives minières ont vu le jour, et quatre couloirs d'exploitation ont été délimités, visant à formaliser une activité longtemps informelle.

La SONASP, pivot de la collecte artisanale

Créée pour centraliser la collecte de l'or artisanal, la SONASP a déjà atteint 64 % de son objectif annuel en six mois, signe d'une montée en puissance rapide. Cette performance résulte de la mise en place de dispositifs de contrôle, de pesée systématique et de traçabilité numérique, qui visent à canaliser la production vers des circuits légaux. L'enjeu est double : améliorer les recettes fiscales et réduire l'influence des réseaux frauduleux qui prospéraient dans l'informel. Les autorités multiplient les opérations de contrôle sur le terrain, tandis que la délimitation de couloirs dédiés et la création de coopératives doivent permettre de mieux encadrer les artisans.

Une souveraineté affirmée par la justice

Cette réorganisation s'inscrit dans une dynamique plus large de reprise en main de la filière aurifère. Le 20 juin 2026, le tribunal de commerce de Ouagadougou a annulé l'accord d'achat d'or de 2014 entre Riverstone Karma et le canadien Franco-Nevada, condamnant ce dernier à verser 5,2 milliards de FCFA. Cette décision illustre la détermination des autorités à renégocier les termes des partenariats hérités d'une époque de moindre exigence, et à maximiser les retombées locales. Elle s'ajoute à la révision du Code minier, qui a accru les obligations des compagnies en matière de contenu local et de partage des revenus.

Les défis d'une filière en mutation

Malgré ces avancées, des questions demeurent. La part de l'or artisanal reste difficile à quantifier précisément, et les circuits parallèles pourraient encore échapper à la collecte officielle. Le taux de 64 % de l'objectif annuel de la SONASP suggère une adhésion progressive des artisans, mais la pérennité du dispositif dépendra de sa capacité à offrir des prix compétitifs et à lutter contre la corruption. Par ailleurs, l'annulation du contrat avec Franco-Nevada pourrait refroidir les investisseurs étrangers, même si l'État assure vouloir des partenariats équilibrés.

Un modèle pour la sous-région ?

Le Burkina Faso n'est pas seul à chercher un meilleur contrôle de ses ressources minières. Au Mali, au Niger et au Sénégal, des réformes similaires sont en cours, avec des degrés divers de succès. La stratégie burkinabè, qui combine production industrielle et structuration de l'artisanat, pourrait inspirer d'autres pays. Mais elle nécessite un équilibre délicat entre souveraineté et attractivité, entre contrôle étatique et efficacité opérationnelle.

Alors que le Burkina Faso affine ses mécanismes de contrôle, la question centrale reste de savoir si cette reprise en main permettra de concilier augmentation des recettes publiques et maintien de l'attractivité pour les investisseurs internationaux, dans un contexte sécuritaire toujours fragile. L'expérience burkinabè sera observée de près par ses voisins, eux aussi engagés dans des processus de réforme minière.