Les prix élevés des métaux précieux et la volatilité géopolitique mondiale poussent les compagnies minières à consolider leurs actifs. Au Mexique, deux juniors viennent de racheter la totalité de leurs projets phares, une tendance qui trouve un écho en Afrique de l’Ouest, où la production d’or est un pilier des économies locales et un levier de souveraineté. Dans le même temps, l’entrée en production du pétrole sénégalais à Sangomar redessine les équilibres énergétiques régionaux.

Infographie — Or · Production

Une vague de consolidation portée par des prix records

Tocvan Ventures et Defiance Silver ont annoncé, à quelques heures d’intervalle, l’acquisition des parts restantes de leurs projets respectifs Gran Pilar et San Acacio, au Mexique. Tocvan paie 3,6 millions de dollars canadiens pour le solde de 49 % de la zone principale de Gran Pilar, tandis que Defiance débourse 2,3 millions de dollars américains pour le contrôle total de San Acacio. Ces opérations illustrent une tendance lourde : en période de cours élevés de l’or et de l’argent, les juniors cherchent à simplifier leurs structures de propriété pour accélérer la mise en production. Les royautés conservées par les vendeurs – 1 % pour Tocvan, 2,5 % pour Defiance – montrent que les anciens partenaires misent sur la hausse future des métaux précieux.

Un écho dans le bassin aurifère ouest-africain

Cette dynamique n’est pas propre au Mexique. En Afrique de l’Ouest, la ceinture de roches vertes birimienne concentre certains des plus grands gisements d’or non encore exploités du continent. Depuis début 2026, plusieurs juniors opérant au Burkina Faso, au Mali et au Ghana ont annoncé des rachats de participations minoritaires ou des fusions, dans le but de rationaliser l’actionnariat et de sécuriser le financement des projets. La hausse du prix de l’or, qui oscille autour de 2 400 dollars l’once, rend ces opérations plus profitables et attire des investisseurs en quête de stabilité dans un contexte géopolitique tendu.

Les États ouest-africains en quête de contrôle

Parallèlement à ces mouvements privés, les États de la région renforcent leur emprise sur les ressources extractives. Le Sénégal, par exemple, a augmenté sa participation dans le projet gazier Grand Tortue Ahmeyim, tandis que le Mali a renégocié ses codes miniers pour accroître la part de l’État dans les revenus aurifères. Cette volonté de souveraineté s’inscrit dans une tendance plus large : les gouvernements voient dans les matières premières un levier de développement et de stabilité budgétaire, d’autant que les recettes pétrolières irakiennes se sont effondrées de 90 % en avril 2026 en raison du conflit au Moyen-Orient, rappelant la fragilité des approvisionnements mondiaux.

Une complémentarité entre or et pétrole

Le Sénégal, qui a lancé la production pétrolière à Sangomar en juin 2024, bénéficie désormais d’une double manne. Mais les faibles taux d’exécution des programmes budgétaires au premier trimestre 2026, relevés par le ministre Cheikh Diba, soulignent que les rentes extractives ne suffisent pas à garantir une gestion efficace. L’or, de son côté, offre une liquidité immédiate sur les marchés internationaux et une moindre exposition aux risques géopolitiques régionaux, ce qui en fait un actif stratégique pour les banques centrales ouest-africaines, comme le montre l’augmentation des réserves d’or de la BCEAO.

Des défis de gouvernance et d’intégration locale

La consolidation en cours ne résout pas pour autant les problèmes structurels du secteur minier ouest-africain. L’artisanat minier, qui emploie des millions de personnes, reste largement informel et source de conflits fonciers. Les grands groupes, en rachetant les juniors, risquent de centraliser davantage la production sans améliorer la redistribution locale. Par ailleurs, la dépendance aux cours mondiaux expose les économies à une volatilité que les mécanismes de couverture ne peuvent totalement neutraliser.

La consolidation minière, couplée à l’essor pétrolier au Sénégal, place l’Afrique de l’Ouest au cœur des enjeux de sécurisation des approvisionnements mondiaux en ressources critiques. Mais la question de savoir si ces richesses souterraines se traduiront en développement durable et inclusif pour les populations reste ouverte, alors que les États peinent à convertir les recettes en investissements productifs.