Le 18 août 2026, le trafic dans le détroit d'Ormuz est tombé à zéro, ravivant les craintes sur l'approvisionnement mondial en pétrole et en gaz. Pour l'Afrique de l'Ouest, cette crise survient alors que le Sénégal et la Mauritanie montent en puissance sur les hydrocarbures, mais que la région reste vulnérable aux chocs externes. Entre opportunités d'exportation et hausse des coûts d'importation, la région doit trouver sa place dans un monde énergétique fragmenté.

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Une paralysie stratégique aux conséquences mondiales

Les données de suivi maritime de Kpler, citées par Reuters, font état d'une chute brutale des transits dans le détroit d'Ormuz : cinq navires de marchandises samedi, aucun dimanche, contre une moyenne de plus de 130 avant le conflit. Cette paralysie partielle de la principale artère pétrolière de la planète, qui acheminait jusqu'à 20 % du pétrole et du GNL mondiaux, a immédiatement ravivé la prime de risque sur le brut et le gaz naturel liquéfié. Le Brent s'échange à 90,87 dollars le baril, en hausse de 2,65 %, dans un contexte de tensions renouvelées au Moyen-Orient.

Des producteurs du Golfe en quête d'alternatives

Face à ce blocage, les producteurs du Golfe cherchent des solutions de contournement. ADNOC a vendu 14 millions de barils au comptant à des raffineries asiatiques, tandis que Saudi Aramco propose du brut hors du détroit. Mais ces mesures ne suffisent pas à rassurer les marchés, qui intègrent une prime de risque durable. L'échec des négociations entre Washington et Téhéran, après l'expiration du délai de 60 jours fixé par l'accord de transition, a dissipé les espoirs de retour à la normale suscités par la réouverture officielle d'Ormuz en juin.

L'Afrique de l'Ouest, entre opportunité et vulnérabilité

Pour les pays ouest-africains, le contexte est doublement paradoxal. D'un côté, les prix élevés du brut profitent aux exportateurs, notamment le Sénégal, dont les exportations ont bondi de 63,7 % en octobre 2025 grâce aux ventes de pétrole brut et de produits raffinés. Le champ de Sangomar, opéré par Woodside, et le projet gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA), développé conjointement avec la Mauritanie, commencent à peine à exporter. De l'autre, les économies de la région restent dépendantes des importations de produits raffinés, dont les coûts s'envolent, pénalisant les consommateurs et les industries locales.

Une souveraineté énergétique en construction

Au-delà des opportunités commerciales, la crise d'Ormuz interroge la capacité des États ouest-africains à transformer leurs ressources en levier de souveraineté. Le Sénégal, qui a reconduit Cheikh Niane à la tête de la Société des pétroles du Sénégal (Petrosen), semble vouloir renforcer le contrôle national sur ses ressources. Mais la région doit encore développer ses capacités de raffinage et ses infrastructures pour réduire sa dépendance aux marchés internationaux volatils. La question n'est plus simplement celle des prix, mais celle de la place stratégique que l'Afrique de l'Ouest peut occuper dans un monde énergétique fragmenté.

Des perspectives contrastées pour la région

Les nouveaux producteurs ouest-africains pourraient tirer profit de la recherche de diversification des fournisseurs, dans un contexte où la fiabilité des routes et la stabilité politique deviennent des critères aussi importants que le prix. Cependant, la région reste exposée aux aléas climatiques et sécuritaires, et les investissements nécessaires pour moderniser les infrastructures énergétiques sont encore insuffisants. La crise d'Ormuz agit ainsi comme un révélateur des fragilités structurelles de l'Afrique de l'Ouest, mais aussi de son potentiel à devenir un acteur plus influent sur la scène énergétique mondiale.

Alors que la crise d'Ormuz s'installe dans la durée, l'Afrique de l'Ouest devra arbitrer entre la rente immédiate des hydrocarbures et la construction d'une véritable autonomie énergétique. Les choix faits dans les prochains mois, en matière de raffinage, de transport et de diplomatie, détermineront si la région parvient à transformer cette crise en opportunité stratégique ou si elle reste un acteur subissant les chocs externes.