Le 29 juin 2026, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) a annoncé son premier prêt minier en Afrique subsaharienne : 30 millions de dollars dans le cadre d'un financement syndiqué de 180 millions destiné à Polynickel West Africa Holding en Côte d'Ivoire. Ce geste institutionnel inédit met en lumière une filière nickel ivoirienne montée en puissance en moins d'une décennie, dans l'ombre d'un secteur aurifère régional qui a doublé sa production en dix ans. Cette double dynamique illustre la recomposition progressive du paysage minier ouest-africain, où les métaux de la transition énergétique gagnent du terrain sans effacer le poids historique de l'or.

Infographie — Mines · Guinée

L'annonce de la BERD intervient dans un contexte où le secteur minier ivoirien cherche à diversifier ses sources de financement et ses matières premières. Polynickel, filiale de CoreX Holding, détient une participation majoritaire dans la Compagnie minière du Bafing (CMB), principal exploitant de nickel dans le pays. Le prêt syndiqué, dont la BERD apporte 30 millions USD, doit transformer un prêt relais d'acquisition en dette de long terme, sécurisant ainsi les opérations de la société. Ce premier financement minier de la BERD en Afrique subsaharienne signale une reconnaissance internationale du potentiel du nickel ivoirien, dont la production industrielle a bondi de 379 800 tonnes en 2017 à 2,48 millions de tonnes en 2023, soit une multiplication par 6,5 en six ans.

Ce développement du nickel contraste avec la trajectoire plus ancienne et plus visible de l'or en Afrique de l'Ouest. La Côte d'Ivoire, premier producteur d'or de la région, a vu sa production passer d'environ 30 tonnes en 2015 à près de 60 tonnes en 2025. Le Ghana voisin, deuxième producteur africain derrière le Mali, continue d'attirer des investissements : en avril 2026, la multinationale Trafigura a signé un accord d'achat avec Heath Goldfields pour la mine de Bogoso-Prestea. Parallèlement, des sociétés australiennes comme Castle Minerals étendent leur présence du Ghana vers la Côte d'Ivoire, tandis que le Nigeria commence à inventorier ses ressources aurifères. Cette effervescence aurifère masque cependant des fragilités : l'exploitation illégale reste endémique, comme au Cameroun où le ministère des Mines a récemment sommé près de deux cents sociétés, majoritairement étrangères, de régulariser leur situation.

Une diversification minérale accélérée

L'irruption du nickel dans le paysage minier ivoirien n'est pas un cas isolé. Elle s'inscrit dans une tendance régionale d'exploration et de mise en valeur de minéraux autres que l'or. Au Mali, la transition énergétique pousse à rechercher le lithium ; au Burkina Faso, le zinc et le manganèse suscitent un intérêt croissant. Mais c'est le nickel ivoirien qui bénéficie de l'avantage de la proximité avec les grands ports et d'une stabilité politique relative, facteurs qui ont convaincu la BERD d'intervenir. Ce mouvement de diversification répond à deux logiques : d'une part, la demande mondiale en nickel explose sous l'effet des batteries électriques et de l'acier inoxydable ; d'autre part, la volatilité du cours de l'or – bien qu'élevé – encourage les États à élargir leur base exportatrice.

Simandou, le géant qui n'a pas encore parlé

Dans ce tableau, le projet Simandou en Guinée – le plus grand gisement de fer inexploité au monde – demeure un symbole des promesses et des lenteurs du secteur minier ouest-africain. Détenteur du bloc Simandou, Rio Tinto peine à concrétiser un projet pharaonique nécessitant des infrastructures ferroviaires et portuaires colossales. Si la Guinée pourrait devenir un acteur majeur du minerai de fer à l'horizon 2030, l'absence de progrès décisifs en juin 2026 rappelle que la diversification minière ne se décrète pas : elle exige des capitaux patients, des accords politiques solides et une coordination régionale encore balbutiante.

L'arrivée de la BERD en Côte d'Ivoire pourrait néanmoins donner un signal aux autres bailleurs. Le fait que la banque européenne, historiquement active en Europe centrale et orientale, choisisse l'Afrique de l'Ouest pour son premier prêt minier témoigne d'un intérêt croissant pour les chaînes de valeur de la transition énergétique dans la région. Cela dit, le nickel ivoirien reste dépendant de prix internationaux et de la capacité des acteurs locaux à transformer la matière première sur place plutôt que de l'exporter brute. Polynickel n'a pas encore annoncé de projet de raffinerie.

Entre or et nickel, quelles synergies ?

La coexistence de l'or et du nickel en Côte d'Ivoire illustre la complexité d'un secteur minier qui doit à la fois répondre aux besoins immédiats de devises (via l'or) et se projeter dans les technologies de demain (via le nickel). Les opérateurs miniers ne sont pas les mêmes : les grands groupes aurifères comme Endeavour, Barrick ou AngloGold Ashanti côtoient désormais des spécialistes du nickel comme Polynickel, filiale d'un fonds d'investissement international. Cette pluralité d'acteurs pose la question de la coordination des politiques minières nationales et de l'harmonisation des régimes fiscaux.

Sur le plan social, l'exploitation du nickel génère moins d'emplois que l'or artisanal, mais elle offre des revenus plus prévisibles pour l'État. La Côte d'Ivoire a ainsi perçu 70 milliards de francs CFA de recettes minières en 2024, dont la moitié provenait de l'or et un quart du nickel. La part du nickel progresse rapidement. Si cette tendance se confirme, la région pourrait voir émerger un nouveau pôle minier structurant, connecté aux marchés asiatiques et européens.

Regard sur les obstacles persistants

Malgré ces avancées, l'instabilité sécuritaire et politique demeure un frein majeur. Le Burkina Faso et le Mali, tous deux sous régimes militaires, voient leur production aurifère menacée par l'insécurité et les sanctions. La Côte d'Ivoire, plus stable, attire logiquement les capitaux, mais elle n'est pas à l'abri de tensions sociales liées à la redistribution des richesses minières. De plus, le cadre réglementaire ivoirien, bien qu'amélioré, laisse encore des zones d'incertitude pour les investisseurs étrangers.

L'épisode de la BERD montre que les institutions financières internationales sont prêtes à parier sur la diversification minière ouest-africaine, à condition que les conditions de gouvernance et de durabilité soient réunies. Le prêt de 30 millions USD, somme modeste à l'échelle des besoins d'infrastructure, est avant tout un signal politique.

Le premier prêt minier de la BERD en Afrique subsaharienne agit comme un révélateur des mutations en cours : l'Afrique de l'Ouest ne se résume plus à l'or, et la transition énergétique offre une fenêtre d'opportunité pour des métaux comme le nickel. Mais cette diversification reste fragile, tributaire de la stabilité politique, des infrastructures et de la capacité des États à négocier des contrats équitables avec des partenaires financiers de plus en plus exigeants. Simandou, toujours en attente d'un feu vert définitif, rappelle que la transformation du sous-sol en richesse partagée est un chemin semé d'obstacles, où chaque pas compte.