Alors que l'ONHYM intensifie ses activités d'exploration minière et gazière, le Maroc se retrouve au cœur d'une controverse géopolitique : la Maison-Blanche l'a classé parmi les pays à risque de transbordement illégal vers les États-Unis. Ce double mouvement illustre les tensions entre ambitions économiques et dépendances stratégiques, dans un contexte ouest-africain marqué par la montée des souverainetés.
Maroc : entre exploration minière et accusations de transbordement
L'ONHYM intensifie ses activités, mais la Maison-Blanche pointe un risque de transbordement illégal. Un double mouvement entre ambitions économiques et dépendances stratégiques.
C'est le montant estimé des investissements attirés par le sous-sol marocain, porté par l'ONHYM (créé en 1928) et la diversification vers les minerais critiques.
L'ONHYM élargit son périmètre vers le lithium, terres rares, or, cuivre, graphite, cobalt, argent et manganèse. Le champ gazier de Tendrara doit entrer en production.
La Maison-Blanche classe le Maroc parmi les pays à risque de transbordement illégal vers les États-Unis, une controverse géopolitique qui complique la stratégie.
Repères chronologiques
Création de l'ONHYM
L'Office national des hydrocarbures et des mines voit le jour, posant les bases de l'exploration.
Course aux ressources et controverses
Le Maroc diversifie ses minerais critiques, mais fait face aux accusations de transbordement.
Acteurs clés et dynamiques
Pôles d'extraction et zones d'influence
Le paradoxe marocain
Ambition économique : attirer 32 milliards de dirhams d'investissements et diversifier les minerais critiques.
Dépendance stratégique : risque de transbordement illégal pointé par les États-Unis, dans un contexte de souverainetés régionales croissantes.
Le sous-sol marocain n'a jamais été aussi convoité. L'Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM), dont les origines remontent à 1928, élargit son périmètre d'action vers les minerais critiques et le gaz naturel, comme le souligne un récent article de Forbes Africa. Cette stratégie s'inscrit dans une dynamique régionale où la course aux ressources s'intensifie, entre l'orpaillage illégal au Burkina Faso et au Mali et les grands projets gaziers comme le GTA entre la Mauritanie et le Sénégal. Le Maroc, lui, mise sur la diversification de son portefeuille minier : lithium, terres rares, or dans les Provinces du Sud, cuivre dans l'Anti-Atlas, graphite dans les Jebilet et le Rif, sans oublier le cobalt, l'argent et le manganèse. Des investissements estimés à 32 milliards de dirhams sur deux décennies témoignent de l'attrait des opérateurs internationaux.
Cette offensive minière s'accompagne d'une montée en puissance dans le gaz naturel, avec le champ de Tendrara qui doit entrer en production en 2026 et les découvertes offshore comme Anchois. L'ONHYM étend aussi son rôle dans les infrastructures, notamment le transport et le stockage, en lien avec le projet de gazoduc Nigeria-Maroc. Ce faisant, le Royaume cherche à se positionner comme un hub énergétique régional, à l'heure où les pays ouest-africains renégocient leurs partenariats et où la production pétrolière du Sénégal à Sangomar, prévue pour le 15 août 2026, redessine les équilibres. Mais cette ambition se heurte à un nouveau front : les accusations de transbordement illégal.
Le 13 août, le Bureau de la politique commerciale et industrielle de la Maison-Blanche, dirigé par Peter Navarro, a publié un rapport intitulé « The Great Transshipment Scam », qui place le Maroc et le Kenya parmi les pays à risque élevé de servir de relais aux exportations chinoises vers les États-Unis. Le texte, non étayé par des preuves, dénonce des mécanismes de réétiquetage, de reconditionnement ou d'assemblage minimaliste qui permettraient de contourner les droits de douane américains. Pour Rabat, l'accusation est d'autant plus sensible qu'elle touche à son accord de libre-échange avec Washington et à son statut de plateforme industrielle mondiale, renforcé par l'arrivée massive d'industriels chinois.
Ce paradoxe n'est pas anodin. D'un côté, le Maroc exploite ses ressources naturelles pour attirer les investissements étrangers, notamment chinois, dans ses zones franches et ses infrastructures portuaires. De l'autre, cette même ouverture le rend vulnérable aux accusations de contournement des règles commerciales internationales. Washington classe le Maroc dans le groupe des « African Peripheral Hubs », aux côtés du Kenya, soulignant ses atouts logistiques : zones franches, entrepôts sous douane, capacités d'assemblage. Mais le rapport ne prouve rien, et Rabat dénonce une mise en cause infondée.
Cette situation intervient dans un contexte régional où la souveraineté économique est devenue un leitmotiv, comme en témoignent les débats autour du gazoduc de la CEDEAO ou les critiques sur l'empreinte carbone des projets pétroliers. Le Maroc, tout en affirmant sa propre souveraineté énergétique et minière, se retrouve pris dans une contradiction : sa stratégie de hub, qui repose sur l'ouverture, est précisément ce qui l'expose aux soupçons de transbordement. L'évolution depuis les articles de juin et juillet 2026 montre une accélération des tensions commerciales, avec des répercussions directes sur les flux d'investissement.
Pour l'Afrique de l'Ouest, ce cas illustre les dilemmes des économies qui cherchent à s'insérer dans les chaînes de valeur mondiales tout en préservant leurs intérêts. Le Maroc, par sa position géographique et ses accords commerciaux, joue un rôle de pivot entre l'Afrique, l'Europe et les Amériques. Mais cette fonction de passerelle, si elle offre des opportunités, expose aussi à des risques de réputation et de sanctions. L'ONHYM, de son côté, poursuit ses explorations, indifférent aux turbulences politiques, car les besoins mondiaux en minerais critiques restent structurels.
Les accusations de transbordement pourraient toutefois affecter les investissements étrangers au Maroc, les entreprises américaines étant susceptibles de se montrer plus prudentes. À terme, c'est toute la stratégie de hub du Royaume qui pourrait être remise en question, à moins que Rabat ne parvienne à démontrer sa bonne foi. Dans le même temps, la concurrence régionale s'intensifie : la Mauritanie et le Sénégal développent leurs ressources gazières, tandis que le Mali et le Burkina Faso luttent contre l'orpaillage illégal. Le Maroc doit donc naviguer entre ces dynamiques, en renforçant la transparence de ses opérations.
Au-delà du cas marocain, ce rapport américain révèle une tendance plus large : la militarisation croissante des outils commerciaux par les grandes puissances. La Chine, les États-Unis et l'Europe utilisent de plus en plus les barrières douanières et les listes noires pour imposer leurs intérêts. Les pays africains, qu'ils soient producteurs de ressources ou plateformes logistiques, se retrouvent au cœur de ces affrontements. Pour l'Afrique de l'Ouest, l'enjeu est de taille : comment tirer parti de ses ressources naturelles sans devenir un pion dans les guerres commerciales ?
Cette situation rappelle que la souveraineté économique ne se décrète pas, elle se construit dans un environnement contraint. Le Maroc, avec ses ambitions minières et gazières, devra démontrer sa capacité à concilier attractivité et conformité. Les mois à venir seront décisifs, tant pour l'ONHYM que pour les relations américano-marocaines. La question n'est pas de savoir si le Maroc est coupable de transbordement, mais comment il gérera cette suspicion dans un monde où les apparences comptent autant que les faits.
Le Maroc se trouve à la croisée des chemins, entre ses ambitions de hub énergétique et minier et les soupçons de transbordement qui pèsent sur lui. Cette situation illustre les contradictions des économies africaines émergentes, prises dans des logiques de puissance qui les dépassent. Alors que la région ouest-africaine affirme ses souverainetés, la manière dont Rabat répondra à ces accusations déterminera sa capacité à maintenir sa position stratégique.
Vérification : L'ONHYM a été créé en 1981, mais ses origines remontent au Bureau de recherches et de participations minières (BRPM) fondé en 1928. · La production de Sangomar a débuté en juin 2024, et non en 2026. · Le rapport a été publié le 13 août 2025, et Peter Navarro n'est pas à la tête de ce bureau (il est conseiller commercial).